AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS RETROUVÉ AU TEMPLE

1 Jn 2, 18.22-28 ; Lc 2, 41-52
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

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ne histoire de famille, une histoire classique de famille, une histoire de relation entre un enfant qui a douze ans et ses parents. Et nous retrouvons les caractéristiques des craintes, d'angoisse des parents face à l'enfant qui, apparemment, fait une fugue, qu'on cherche d'abord dans la famille, dans la parenté, dans la caravane et puis on s'aperçoit qu'il a même quitté cette famille plus lointaine et l'on part le chercher encore plus loin, à l'endroit où, finalement, lui est resté.

L'évangile de Luc est admirablement construit parce qu'il manie à la fois ce que nous savons sur le plan psychologique des relations parents-enfants. douze ans est un âge où effectivement se situe la sor­tie de l'enfance. C'est à cet âge que les enfants juifs reçoivent la Torah, la Bar-Mitzva. C'est à peu près l'âge où dans toutes les religions les enfants accèdent à l'état adolescent qui les amènera progressivement à la vie adulte. De fait l'enfant manifeste par là qu'il n'aura pas à vivre avec son père et sa mère, mais qu'il aura un jour à les quitter. Il préfigure ce départ qu'il devra faire pour s'attacher non pas à une femme mais à Jérusalem.

Et c'est là que le discours, de psychologique qu'il était, ouvre doucement des portes à un sens théologique qui est derrière, ceci dit sans jamais effa­cer ce qui s'est passé réellement sur le plan parents-enfants dans cette histoire, sans jamais effacer l'an­goisse réelle d'une mère qui perd son enfant et qui, de fait, a des raisons de se fâcher contre cet enfant. Mais l'évangile est tellement construit qu'il y a comme un contre-poids permanent qui va ouvrir à une autre si­gnification en n'effaçant jamais la première mais en donnant un sens à la première.

L'enfant reste à Jérusalem. Il n'est pas parti dans les prairies, il n'a pas fait l'école buissonnière. Il quitte son père et sa mère illustrant cette phrase de la Genèse : "L'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à celle qui sera son épouse." Or l'enfant reste à Jérusalem qui sera son épouse. Il préfigure, à l'avance, les noces de l'Agneau.

Trois jours sont nécessaires à l'homme et à la femme, au père et à la mère pour retrouver l'enfant. Trois jours qui nous mettent déjà sur le chemin de la Passion. Tous les parents vivent une passion par rap­port à leurs enfants. Le départ d'un enfant est passion pour une mère, une certaine mort en elle, dont elle peut d'ailleurs ressusciter et renaître comme femme. Et toute femme, toute mère a connu ce départ doulou­reux de son enfant. Elle le vit, mais cette passion n'est plus seulement une passion maternelle que toute femme qui est mère connaît, mais la Passion du Christ, non pas seulement pour la Sainte Famille mais pour toute la famille humaine. Trois jours, comme trois jours dans le tombeau.

Le contrepoids admirable c'est qu'on pourrait taire la fugue de l'enfant, mais on le montre dans sa sagesse, dans le Temple, au cœur de Jérusalem. Non seulement dans la ville sur laquelle Il va pleurer plus tard, juste avant sa Passion justement, mais au cœur de cette ville, au cœur même de la présence. Lui qui est la présence de Dieu. Et Il écoute et Il interroge. En bon juif qu'Il est, Il interroge, Il dérange les anciens, les sages. Il écoute. ''Ecoute Israël !" C'est le premier commandement dans la Loi. Il faut d'abord écouter. Il n'enseigne rien, mais ses questions sont preuves de sagesse et de pertinence. Ce n'est pas ce qu'Il dit, c'est ce qu'Il demande qui étonne et qui stupéfait les doc­teurs de la Loi qui sont rompus à toutes ces dialecti­ques de questions et de réponses. "La Sagesse a établi sa demeure !" Elle est présente au milieu de Jérusa­lem dans son Temple et signifie désormais que toute dialectique de rabbins va se taire devant l'immense Parole de Dieu qu'Il est, Lui le Verbe, dans cet enfant de douze ans. Angoisse de Marie et de Joseph : "Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Ton père et moi nous Te cherchions angoissés." Angoisse réelle, prototype de l'angoisse de Marie qui, au pied de la croix, perdra de nouveau son enfant.

Nous avons là, dans ce petit récit, un aperçu de la manière dont Dieu s'insère dans la vie humaine. Ce qui est de Dieu ouvre les portes du sens au fond de notre vie humaine, ne s'en tient pas à la réalité psy­chologique, familiale, sociale, mais sans l'effacer, l'approfondit de ce qui est comme cache derrière et qui est la façon dont Dieu prend vie, prend chair, vient en cette terre.

Alors, nous aussi, nous devons admettre que nous ne comprenons pas la Parole que Dieu vient de nous dire. Encore faut-il avoir accepté que cette Pa­role nous l'ayons entendue, que nous ne l'ayons pas encore comprise, mais qu'elle reste comme cette Pa­role qui, doucement, jour après jour, dans notre vie, fécondera toutes les strates de notre vie humaine. La vie spirituelle n'est pas à part, elle n'est pas un do­maine sacre, fermé sur lui-même. La façon dont Dieu prend chair en nous c'est qu'Il divinise chacune de nos strates pour que toute notre vie passe par le feu de cette divinité. Il est possible que, encore en ce jour, nous ne comprenions pas comment Dieu fait pour nous transformer, et pourtant cette Parole commence à agir, à agir profondément en toute notre vie et en chaque instant.

Demandons à Joseph et à Marie qui, angois­sés et interrogés, ont reconnu plus tard qu'ils avaient vécu là le prototype de leur angoisse, le prototype de la mort et qu'ils avaient vécu à l'avance la mort du Christ, demandons-leur de nous aider à avancer avec confiance dans une parole dont nous ne comprenons pas encore tout le mystère mais qui est pour nous et qui est le Verbe de Vie, Parole de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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