AU FIL DES HOMELIES

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LES DOCTEURS DE LA LOI

1 Jn 2, 18.22-28 ; Lc 2, 41-52
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 1994)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

V

ous avez remarqué que dans l'évangile de l'Enfance en saint Luc, Jésus monte deux fois au Temple. La première fois, il est porté par ses parents, à l'occasion de cette fête que l'on ap­pelle la Présentation de Jésus au Temple et là Jésus est révélé. Il est révélé essentiellement par les pro­phéties, par ceux qui sont les témoins de la scène de la Présentation et qui, récapitulant ainsi toute l'attente d'Israël, annoncent que Jésus sera la gloire d'Israël et la lumière des nations.

Dès que Jésus atteint non pas exactement sa majorité, bien qu'à cette époque ce devait être à peu près l'âge, mais disons sa maturité, à l'âge de douze ans, Jésus retourne au Temple. Et l'évangile nous dé­crit cette seconde scène et vous percevez tout de suite la nuance, ici ce n'est pas Jésus qui est dévoilé, mani­festé par la prophétie, mais c'est Jésus lui-même qui se manifeste. Ici on pourrait déjà parler d'un commen­cement du ministère public, au sens où Jésus prend son autonomie. Je pense que c'est un des sens du fait qu'Il se sépare de ses parents. C'est dans le Temple que, tout d'un coup, Joseph et Marie Le perdent alors que jusque-là ils avaient veillé sur Lui. Et à partir du moment où Il trouve cette autonomie, douze ans dans la tradition juive, c'est l'âge où l'enfant reçoit les commandements de la Loi, au lieu de recevoir les commandements de la Loi, Il est assis d'égal à égal, avec les Docteurs de la Loi. Là où tous les autres en­fants commencent à découvrir la Torah, Il l'a déjà en plénitude.

Or Jésus se manifeste donc à son peuple Israël. C'est le début de la révélation publique de Jé­sus dans ce qu'Il est l'égal, à douze ans, des Docteurs de la Loi qui ont passé des dizaines d'années à trimer et à bûcher sur la Loi. Or il y a double révélation. Il y a une révélation pour le grand public, la révélation par laquelle Il étonne par son intelligence et par la sagesse de ses réponses. Cette révélation-là, on la retrouvera tout au long des évangiles. Chaque fois que Jésus parlera, interviendra, fera un miracle, "tous étaient étonnés ou stupéfaits". Cette première manière de se révéler, c'est celle qui suscite simplement l'interroga­tion. "Qui est-il cet enfant", mais il y a une deuxième manière de se révéler et beaucoup plus profonde qui concerne les parents. Vous me direz qu'ils avaient des principes l'éducation un tout petit peu lâches pour que ce soit seulement au bout de trois jours qu'ils s'affo­lent un peu parce que Jésus n'est plus là. Aujourd'hui, on réagirait plus vite.

Mais ce qui est intéressant c'est que Joseph et Marie "ont perdu" l'enfant pendant trois jours. Ici la révélation est pascale. C'est l'équivalent des trois jours de la mort de Jésus. Quand Jésus est dans le Temple, qu'Il a quitté ses parents, Il n'est plus dans la cara­vane, ils ne savent plus où Il est. Et alors ils vont se mettre en quête comme Marie-Madeleine et les sain­tes femmes au matin de Pâques qui cherchaient Jésus sans le trouver. Et finalement, le troisième jour de recherche, ils le trouvent au milieu des docteurs. Mais à ce moment-là Jésus ne se révèle pas simplement en disant : voyez quelles belles réponses j'ai fait à tout cet aréopage qui m'écoute ! Jésus leur révèle, comme si c'était déjà le matin de la Résurrection, qu'Il est fait pour "accomplir le dessein du Père." On est entré dans une révélation qui est d'un autre ordre, d'un autre niveau, d'une autre profondeur. Là où tout le monde était simplement stupéfait de la sagesse et de l'intelli­gence des réponses, il ne s'agit plus du tout de cela. Il s'agit de "perdu et retrouvé", de mort et de vivant, d'absent et de présent parce que attentif à réaliser les œuvres du Père. Ici Marie et Joseph commencent à découvrir le véritable visage de Jésus. Jésus leur fait la grâce, même si c'est une grâce d'une certaine ma­nière douloureuse, de se faire comprendre dans la profondeur même de sa destinée et de sa mission. Il ne veut pas que ses parents restent simplement à la stupéfaction du prodige, du surdoué qui leur a été donné d'accompagner sur les premiers pas de la vie, mais il s'agit de découvrir véritablement le Christ dans son mystère pascal. Cet évangile qui conclut notre année est plein de richesses et d'enseignements pour nous. Nous avons deux regards sur Jésus et dans notre vie de croyants nous oscillons sans cesse entre les deux. Il y a Celui qui nous stupéfie par la sagesse de sa Parole, de sa présence, de la manière dont Il nous guide. Mais il y aussi Celui qui se révèle comme ce Jésus qui est absent pendant trois jours et qui, lorsque nous nous tournons vers Lui, nous découvre qu'Il est fait pour nous faire entrer dans sa Pâque et nous faire accéder au Père. Et cela n'est pas toujours aussi facile. Autant l'admiration ne coûte pas cher, autant le fait d'entrer avec Lui dans le mystère de sa Pâque est beaucoup plus exigeant. Ayons donc le désir d'y entrer comme Marie et Joseph.

 

AMEN

 

 
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