AU FIL DES HOMELIES

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DÉCOUVRIR LA BÉNÉDICTION

1 Jn 2, 18.22-28 ; Lc 2, 25-32
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

C

'est vrai que dans la liturgie le cantique de Siméon est chanté le soir, à la fin d'une jour­née, quand on est bien fatigué, et il est assez souvent associé aux ténèbres, à la fin d'une journée de labeur, même d'une certaine manière, à la fin de la vie, une sorte de passation de pouvoir, comme si la formule du cantique de Siméon : "Laisse ton serviteur s'en aller en paix selon ta Parole", était un manière un peu plus polie par rapport à la phrase de Pilate : "Je m'en lave les mains". Comme si on voulait se débarrasser de toutes ses fatigues, ses obligations, de tout son ministère, de toute sa vie, et de chercher la paix qui généralement est toujours synonyme de tran­quillité, de silence et de repos.

On a l'impression que ce soir est le grand soir, ou après une année, après avoir vécu de multiples événements heureux, moins heureux, parfois malheu­reux, ce dernier soir du 31 décembre, est un peu comme le cantique de Siméon, où nous aurions l'im­pression de vouloir tout remettre, de tout laisser tom­ber, de tout lâcher de tout ce qui a été vécu cette an­née, de le vivre un peu dans la fête. Peut-être parce que comme à la fin d'une journée, ou d'une année, nous avons attendu la consolation tant espérée et que cette consolation n'est pas toujours venu, ou du moins n'est pas venue telle que nous l'aurions voulue. Il peut aussi y avoir une sorte de tristesse vis-à-vis d'une année où nos résolutions de début d'année n'ont pas été tenues, en nous disant que demain on change d'année, on recommence, et va recommencer à es­sayer de tenir à bout de bras notre vie, de tenir à bout de bras toutes ces résolutions dont on pense que leur somme nous donnerons peut-être la possibilité, enfin, d'être consolés, enfin de voir la gloire d'Israël, enfin de voir Dieu. Et puis, on se rend compte qu'à force de tenir les choses à bout de bras, cela ne fonctionne pas mieux. Il y a une autre philosophie qui est de dire : laissons tout aller, peut-être pas le petit bébé qu'on tient dans les bras comme Siméon, mais du moins, mais laissons tout, lâchons tout, et pour vivre heu­reux, vivons cachés, arrêtons de nous préoccuper des autres, occupons-nous de nous, c'est déjà bien assez fatigant comme çà.

Siméon est celui qui, par rapport à ces maniè­res de voir, apporte encore une autre réponse. Siméon est celui qui voit ce que Abraham a toujours voulu voir. Le cantique de Siméon ramasse en quelques lignes toute l'attente du peuple d'Israël, mais aussi toute l'errance de la vie d'Abraham. Abraham est celui qui voulait tout tenir entre ses mains, il est celui qui avait reçu la promesse, comme nous aussi nous avons reçu la promesse de Dieu, pour chacun de nous, et Abraham est celui qui passe son temps à essayer de bricoler ses petites affaires humaines en se disant qu'ainsi peut-être, il verrait la consolation, et qu'ainsi, ce que Dieu lui avait dit allait s'accomplir. Et l'histoire d'Abraham est un lent dépouillement, un peu comme Siméon, cette même aventure humaine de celui qui croit, de celui qui a attendu. Siméon, poussé par l'Es­prit et qui va voir ce qu'Abraham attendait depuis toujours.

Ce que Siméon voir, ce n'est pas uniquement un petit enfant, c'est de comprendre enfin ce que re­couvre la bénédiction. C'est assez dangereux quand Dieu apparaît et dit : "Par toi seront bénies toutes les nations". A partir de cette déclaration, il a pu se croire le centre du monde, avoir une conception peut-être un peu élitiste de sa relation avec Dieu, et attendre que ce soient les autres qui le bénissent. Cela fait partie de l'errance d'Abraham d'avoir compris l'Alliance avec Dieu de cette manière. Siméon est celui qui comprend qu'avant d'être toujours béni par les autres, avant de se croire le centre du monde et des préoccupations, ce que Dieu attend avant tout, c'est que nous bénissions les autres. Dans le secret de la prière et dans le visage de ceux que nous rencontrons et que nous aimons, nous y voyons souvent ce petit message : tu es béni. Siméon est celui qui découvre que le cœur de la pro­messe de Dieu, et le cœur de l'accomplissement de cette promesse nous le tenons entre nos bras. C'est à nous de donner à chacun de nos frères et sœurs cette bénédiction. Bénédiction simple qui ne se révèle pas à la fin d'une journée, à la fin d'une vie, comme un ac­complissement, quand tout est fini, mais au contraire, un jour nouveau qui commence, et ce jour nouveau qui commence pour nous, c'est quand comme Siméon, nous serons capables de regarder avec émerveillement notre frère, notre sœur, et de lui dire : toi aussi tu es béni parmi toutes les nations, parmi tous les hommes et toutes les femmes.

 

AMEN


 

 

 

 

 
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