AU FIL DES HOMELIES

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C'EST L'ÉVANGILE QUI NOUS FAÇONNE

1 Jn 3, 1-10 ; Lc 2, 36-40
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Q

ue fait donc un enfant quand il est tout seul, loin de ses parents ? Il joue. Il joue à des jeux fondamentaux, à travers lesquels il imite son père son père, sa mère, son grand frère, sa grande sœur, et à travers tout cela à acquiert comme une maturité, une sorte d'accroissement de sa personnalité Le jeu c'est à la fois faire comme les grands, mais à la fois, on sait qu'à chaque instant, on peut faire "pouce", on peut arrêter les choses, calmer, réécrire les règles du jeu, pourquoi pas. Que fait donc un enfant quand il est avec ses parents ? Très souvent, il joue à l'enfant. Très souvent, il ne ressemble absolument pas à ce qu'il est dans le secret de sa chambre quand il s'amuse, quand il s'invente des histoires, mais il est alors tel qu'il sait que nous voudrions qu'il soit : propre, bien assis, pas de coudes sur la table, comme si l'enfant était domestiqué par l'adulte.

Dans la lecture de l'évangile en général, plus particulièrement dans la lecture du protévangile, de ce moment qui nous raconte l'enfance de Jésus, il y a quelque chose de similaire. En fait, nous portons l'évangile dans notre cœur comme les adultes, les parents portent leur enfant dans leur cœur. Comme dans le début des évangiles, ce sont les adultes qui parlent plus de Jésus que Jésus qui parle de lui-même, et quand Jésus commence à s'exprimer, comme nous l'avons entendu dimanche dernier, il faut que les choses soient remises sur la bonne voie par les parents qui s'inquiètent de sa disparition. Nous aussi, nous parlons très souvent "sur" l'évangile, mais je ne sais pas si nous laissons quelquefois parler l'évangile en nous. Il y a une sorte de domestication de notre part de cette parole sauvage de l'évangile qui est vraiment très loin, du côté presque benêt de cette Parole de Dieu que nous aimerions attirer à nous, façonner à notre propre image comme nous aimons façonner les enfants à notre propre image. Dans ces derniers offices, comme je le disais tout à l'heure, les évangiles et les psaumes ont résonné d'une façon très étrange en écho avec cette catastrophe, telle que nous n'en avons jamais eu aucune trace auparavant dans aucun livre d'histoire, comme en réponse de cette nature dont nous pensons domestiquer, et d'un Dieu que nous pensons domestiquer, et de cet évangile que nous pensons domestiquer, qui se réveillent comme un sursaut et qui nous montre qu'à aucun moment, nous ne pouvons avoir prise sur les autres, sur les choses et encore moins sur Dieu. Cela fait mal, non seulement dans la chair quand nous avons des êtres chers qui meurent, mais cela fait aussi mal quelquefois à notre ego. L'évangile est plutôt un lieu qui naît, se développe et grandit comme l'enfance dans un lieu secret dans lequel nous n'avons pas de prise. C'est cela le travail de la lecture de l'évangile. C'est peut-être à l'image des parents, découvrir que l'évangile nous saisit là où nous ne pensions pas qu'il viendrait, comme les parents sont parfois surpris de voir leurs enfants grandir, avoir pensé découvrir quel est le ressort de ce qui faisait fonctionner leur enfance et à un moment donné, l'enfant éclate, explose ou se révèle d'une manière totalement nouvelle ou inattendue.

C'est là qu'en relisant l'histoire de l'enfant, nous découvrons alors qu'il y avait des choses qui fonctionnaient et que nous ne les avions pas perçues. La vie avec l'évangile est indissociable avec la torpeur qui habite autant de personnages bibliques et qui nous habite bien souvent. Savoir accepter que l'évangile travaille au moment même où ne pensons pas qu'il vient. Accepter que nous n'aurons jamais prise là-dessus …

Nous avons maintenant entre la saint Sylvestre et le premier janvier, à réfléchir pour savoir ce que nous allons faire de l'année qui s'ouvre, du premier janvier à la saint Sylvestre 2005, mais vous le savez aussi bien que nous, nous avons beau essayer d'imaginer et d'avoir comme nous les appelons, des bonnes résolutions, nous savons que nous ne les atteindrons jamais, comme nous n'arriverons jamais à façonner les enfants tels que nous voudrions qu'ils soient ou que nous n'arriverons jamais à faire en sorte que l'évangile se présente comme un petit animal domestique que nous tenons au bout d'une laisse. Je crois qu'à la fois dans cette catastrophe naturelle qui ne peut que nous toucher, et à la fois dans cet évangile qui peut être lu comme une eau dormante, laissons tout simplement cette nouvelle année se dérouler comme elle se déroulera, pour laisser l'Enfant-Jésus faire son œuvre dans notre enfance spirituelle.

 

AMEN

 

 

 
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