AU FIL DES HOMELIES

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HOMME ET DIEU

1 Jn 3, 1-10 ; Lc 2, 41-52
6ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ésus, dès sa naissance, vit non pas deux vies, mais vit sur deux régimes : le régime de son incarnation, et le régime de son identité divine, fils des hommes et Fils de Dieu. Ces deux identités, ces deux natures, divine et humaine, ne rentrent pas de son côté en rivalité, en opposition, en concurrence. L’une éclaire l’autre, ce qu’il est de Dieu vient illuminer et transfigurer ce qu’il est de l’homme, mais ne l’empêche pas de le vivre comme homme. Ce sera le cas pour sa Passion, il va vraiment souffrir comme un homme, et pourtant, c’est Dieu qui est sur la croix.

La compénétration de ces deux natures, humaine et divine, fiat que Jésus ne vit pas sa divinité à côté, comme s’il y avait des moments où il était davantage Dieu, et d’autres, davantage homme. On pourrait imaginer que lorsque l’enfant qu’il était se réfugiait dans les bras de sa mère, ou travaillait avec son père, il n’était pas moins Dieu. C’est Dieu qui apprenait à raboter le bois, et c’est Dieu qui se faisait caresser par sa mère, comme n’importe quel enfant se fait caresser par sa mère. Si ces choses-là nous paraissent inconcevables, elles le sont vraiment, car c’est inconcevable que Dieu ait choisi de se faire enfant. Mais dès le début, c’est inconcevable, ce n’est pas plus maintenant qu’hier, et pas plus à la mort qu’aujourd’hui.

Ce qui m’intéresse dans cet évangile, c’est qu’il y aurait pu y avoir une sorte de déclaration : je suis maintenant aussi le Fils du Père, et je me dois aux affaires de ce Père, et je vous quitte pour aller auprès des docteurs pour apprendre et enseigner la Loi. L’événement de la disparition de l’enfant s’inscrit dans un événement humain, habituel que les parents ont connu. Il y a un rassemblement de beaucoup de familles, les enfants jouent ensemble, puis, disparaissent dans la forêt, sont en retard au rendez-vous qu’on leur a fixé, c’est humain. Cela fait même partie de l’émancipation que l’enfant construit pour se différencier de sa famille. L’enfant, effectivement, vers douze ans, a une envie d’autonomie, d’indépendance tout à fait humaine. Là-dedans, s’est nichée une autre réalité, elle s’y est cachée. Quand les parents sont inquiets, ils sont réellement inquiets comme des parents d’hommes pour un enfant qui a disparu et qu’on ne trouve plus. Au début, ils ne s’inquiètent pas puisqu’il faut quelques jours pour que Joseph et Marie s’inquiètent de l’absence de Jésus. Ils remontent la caravane et dans cette quête, il y a pour Joseph et pour Marie, tout un apprentissage. De même qu’entre des parents et un enfant, il y a toujours un apprentissage, on découvre qui il est, et l’enfant découvre qui sont ses parents, et il y a une sorte de mutuelle connaissance, reconnaissance, qui se construit et qui est un fruit qui va permettre à l’enfant d’être à la fois l’héritier, et d’être différent.

La disparition de l’enfant s’inscrit dans un événement qui, à première vue, est un événement humain. C’est là-dedans que l’enfant Jésus vit en même temps son identité de Fils de Dieu, et ses parents le retrouvent non pas en train de batifoler avec des camarades au fin fond de la caravane, mais ils le retrouvent auprès des docteurs. C’est ainsi que Dieu "joue" avec nous. Il cache dans les événements humains son intention d’être Dieu pour nous. Il n’y a pas une sorte de rupture entre les événements, mais les événements sont toujours l’un dans l’autre.

Que cette découverte de l’autre Père, l’autre identité qui s’inscrit dans l’inquiétude des parents, ne les a pas empêchés de faire grandir leur foi, ne les a pas empêchés de découvrir Jésus, et pour nous, de découvrir qu’il est venu pour nous faire découvrir le visage de Dieu.

 

AMEN

 

 

 

 
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