AU FIL DES HOMELIES

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LA PLACE DE LA FAMILLE DANS LA SOCIÉTÉ

1 Jn 3, 1-10 ; Lc 2, 41-52
7ème jour dans l'octave de Noël (31 décembre 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

I Jean 3, 1-10 ; Luc 2, 41-52

Perdu et retrouvé ! (Huy)

F

rères et sœurs, voici un épisode de l'évangile bien connu : Jésus au milieu des docteurs au temple de Jérusalem. Un passage qui fait ressortir la réflexion de l'évangéliste : "Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire : ne saviez-vous que je dois être dans la maison de mon Père". Cet évangile est donc là pour attirer notre attention sur la filiation divine de Jésus.

Cette réflexion de l'évangéliste, et ce qui nous vient généralement à l'esprit à la lecture de cet évangile : Jésus manifeste sa filiation divine au cœur même du temple, et il dit aux parents qu'il doit être aux affaires de son Père. Cela n'épuise pas bien sûr ce récit, d'autant plus qu'on peut y voir un écho de Daniel, ce jeune homme plein de sagesse et qui est capable de dénoncer les turpitudes de deux vieux sages. Mais je voudrais encore ajouter autre chose à ce récit, c'est une méditation pour continuer sur la question de la famille et sur la place de la famille dans la société. On se rend compte un peu moins aujourd'hui, mais au départ, qu'est-ce que la famille ? C'est le minimum pour la préservation de la race humaine. Face à l'adversité et face à la mort, l'homme n'a qu'une seule solution, c'est d'engendrer.

A côté de la préservation de la race humaine, il y a une autre dimension qui est peut-être plus prégnante dans les sociétés anciennes, qui est la famille en tant que transmission d'un modèle. Dans l'Antiquité et encore aujourd'hui, dans certaines civilisations, la famille est le lieu qui doit transmettre ni plus ni moins, à l'enfant, tout ce qu'il lui faut pour qu'il puisse être là où il faut dans la société. Mon père était boulanger, je serai boulanger. J'exagère ? A peine ! l'évangile d'aujourd'hui nous amène sur une autre piste beaucoup plus importante qui est la famille en tant qu'elle fait conduire l'enfant dans le temple de Dieu.

Sans remettre en cause la préservation et la transmission, ce qui devrait faire l'originalité de la famille chrétienne serait d'être comme cette porte qui fait passer de l'intérieur à l'extérieur. Les parents sont cette porte. Leur travail est de faire passer l'enfant du sein de la famille à un ailleurs qui est la société. Cette introduction dans la société ne s'arrête pas simplement à la socialisation dans le monde, c'est aussi l'introduction de l'enfant dans le temple de Dieu. Et cette introduction de l'enfant dans le temple de Dieu, on pourrait dire dans l'Église, échappe aux parents. Il y a deux introductions de l'Enfant Jésus dans cet évangile : dans la fête et dans le temple de Dieu. La première introduction se fait selon les critères festifs et familiaux, tout est balisé, on est monté à Jérusalem avec l'enfant, on l'a introduit aux célébrations, aux fêtes du judaïsme dans le temple de Dieu. Et en faisant ce geste-là, les parents ont ouvert la boîte de Pandore, ils n'arrivent plus à contrôler la situation : Jésus va aller au-delà de cette simple introduction dans le temple de Dieu. Et c'est cela qui échappe aux parents. C'est le moment où les parents vont retrouver Jésus au milieu des docteurs.

Je crois que nous faisons exactement la même chose lorsque nous inscrivons un enfant à la catéchèse, quand on l'emmène à l'église, il y a ce premier mouvement qui vient de nous, dont nous sommes responsables. Et un moment donné, il y a un débordement, il y a quelque chose que nous ne pouvons pas maîtriser et qui sera la rencontre véritable et totale de l'enfant avec le Père.

 

Frères et sœurs, c'est cela la chose extraordinaire en tant que parents ou éducateurs. Les anciens utilisaient ce terme de pédagogue, qui est le pauvre esclave qui prend l'enfant par la main et l'emmène sur le chemin de l'école. Après, adviendra ce qui adviendra dans la formation de ces enfants. C'est ce en quoi nous sommes pédagogues, humblement, nous prenons par la main les enfants, nous les emmenons à la rencontre du Père, pour d'autres rencontres avec le Père dont nous ne saurons pas grand-chose, parce que c'est de l'ordre du mystère.

Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de découvrir la véritable signification de la pédagogie, non pas de marteler et obliger les enfants à entrer dans nos catégories, mais simplement avec confiance, les emmener sur ce chemin pour qu'ensuite, ce soit le Christ qui prenne leur main et les emmène vers notre Père à tous.

AMEN

 

 

 

 
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