AU FIL DES HOMELIES

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 JESUS TENDRESSE DE DIEU POUR LA TERRE

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (24 décembre 2015)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER



Le saviez-vous ? D’après le talmud qui transmet une part de la tradition juive, la petite rigole que nous avons entre le nez et la bouche – le philtrum – serait la trace laissée par le passage d’un ange au moment de notre naissance. La trace du doigt que, dans un sourire, notre ange gardien posa sur nos lèvres au jour de notre naissance.

 Comme une invitation au silence pour que nous taisions les secrets divins entourant notre venue au monde. Merveilleuse pudeur qui sait protéger ces premiers instants connus en profondeur de Dieu seul…Dans l’obscurité de la grotte de Bethléem, l’ange du Seigneur a sans doute posé son doigt sur la bouche du nouveau-né, il a même dû le poser doublement pour garder dans le Silence le Verbe, la Parole originelle qui connaît tous les secrets du monde.

Le fait est que l’enfant puis le jeune homme demeura silencieux pendant 30 ans, à Bethleem, en Egypte et à Nazareth, jusqu’au jour de son baptême au Jourdain. Et que sa Mère en ce soir béni entra elle-même dans le silence d’une contemplation réjouissante, conservant avec soin tous ces évènements et les méditant en son cœur.

Silence de Marie qui nous invite à la contemplation pour entrer dans le mystère de Celui qui se fait pauvre, pour nous enrichir par sa pauvreté. Dépouillement, abaissement, dépossession, expropriation de soi qui disent mieux que nos mots l’amour et le confiance du Créateur pour sa créature même abîmée par le péché. Mais un appauvrissement en vue d’un enrichissement ; à commencer par celui des bergers.

Le Verbe perd la parole pour la donner aux sans toit et au sans voix de l’époque que sont les bergers ; par-delà le côté champêtre et bon-enfant qu’ils donnent à nos crèches de Provence, ils sont aussi en quelque sorte les SDF de l’époque, en marge de  la société

 En s’expropriant du ciel et de sa condition divine, Dieu en Jésus, vient d’abord rejoindre ceux qui n’ont pas de maison ni de propriété sur la terre. En perdant la parole, l’enfant de Bethléem vient réhabiliter les sans voix et les sans droits pour en faire les premiers porte-parole de l’avènement du Sauveur et du Salut en eux.

 Et comme il a de la suite dans les idées, Dieu procédera de la même manière pour annoncer l’autre grande nouvelle de la Résurrection, en choisissant d’apparaître en premier à une femme de mauvaise vie dont il avait chassé 7 démons.

 Cela dit déjà beaucoup de la façon dont Dieu vient nous sauver, en donnant la parole aux bergers, il leur donne sa place, pour qu’ils partagent déjà de sa gloire, une gloire non pas de domination mais de participation. Dieu se fait pauvre, pour nous enrichir par sa pauvreté.

Dieu le Créateur se fait petit, pour laisser sa créature advenir à elle-même.

 Mais qu’ont-ils vu les bergers, qu’ont-ils à partager… ?

 Marie-Madeleine, elle, a vu le Christ ressuscité, signe spectaculaire et définitif de la Victoire de la Vie sur la mort, de l’amour sur la haine.

 Mais les bergers ? Bien sûr, ils ont eu la visite des anges mais ce n’est pas cela qui est tangible comme signe de l’avènement du Salut.

 Le signe qui leur est laissé à eux d’abord, puis à nous ensuite, c’est celui d’un nouveau-né emmailloté, dans une mangeoire. Dieu sait si ce signe doit leur parler en premier, les bergers, eux qui font paître leur brebis à longueur de nuit et de journée. Le messie qui vient est un Messie qui est à manger.

 Signe déroutant au possible, mais qui dit mieux que tout que le salut offert sera de l’ordre d’une gloire de participation, et non de domination.

 Le mystère de l’Incarnation que nous célébrons ce soir va jusque-là. En Jésus-mangeoire, il y a l’invitation à se l’assimiler en nous comme une nourriture, pour qu’IL devienne nous et que nous devenions LUI.

 Que nous l’assimilions en nous comme un ruminant, comme un âne et un bœuf, comme des brebis qui écoutent la parole de leur berger, et qui finissent par reconnaître sa voix entre mille.

 A Bethléem, la maison du Pain, le Fils éternel du Père à pris condition d’homme et a été déposé dans une mangeoire par Marie et Joseph, pour que nous nous nourrissions de Lui,

 Le manger dans sa Parole au quotidien, dans l’Eucharistie et la liturgie de l’Eglise avec ses chants et ses prières, les sacrements et la beauté de l’art sacré, dans la culture, la peinture, la sculpture, la musique, la littérature,  sans oublier les rencontres du quotidien, surtout la rencontre du pauvre et de toutes les pauvretés qui nous feront sortir de nous-mêmes pour mieux nous trouver, pour mieux nous retrouver dans la maison du Père.

Plus je mange Jésus, plus je me l’assimile, plus il m’assimile et plus je découvre le regard aimant du Père sous lequel il vit depuis toujours comme, et sous lequel il n’a jamais cessé d’être.

 Depuis le péché du premier Adam, nous sommes tous comme des étrangers en ce monde. Le péché nous a expropriés de nous-mêmes ; et depuis nous ne nous appartenons plus vraiment,  et ce monde nous échappe, et la maison commune nous échappe.

 C’est en retrouvant la maison du Père que l’homme sera rendu à Dieu et à lui-même au cœur de la Création, et que la Création sera elle aussi rendue à elle-même. Et Jésus est le seul chemin pour retrouver place dans la maison du Père, il est la seule nourriture que le Père nous laisse pour libérer son Esprit filial en nous ; il est à la fois la nourriture et le chemin.

 Manger Jésus, se nourrir de lui chaque jour, demeurer à Bethléem, la maison du Pain, la maison du quotidien, pour se retrouver soi-même et prendre sa place dans la maison du Père, voilà l’invitation fondamentale qui nous est lancé ce soir.     Pour que le mystère de l’Incarnation trouve son aboutissement en nous, pour que la Gloire de Dieu, le rayonnement de son amour soit partagé jusqu’au bout.

 Même dans le dénuement de la crèche, le regard aimant du Père a continué d’être posé sur Jésus en Marie et Joseph.

 Sans doute sera-ce là la clef de la maison du Père retrouvé.

 Dans la tendresse d’un foyer, d’un homme et d’une femme, d’un Adam et d’une Eve retrouvés, image et ressemblance de la tendresse du Père.

 L’enfant de la Crèche est pauvre de toutes les pauvretés humaines en naissant à Bethléem, sauf de celle-ci : celle d’avoir un père et une mère qui s’aiment de la tendresse même du Père des cieux, qui s’aiment d’une tendresse égale à celle de Dieu.

 Il nous faut manger Jésus, pour que tous nos appétits de vie redeviennent  joie dans le service de l’autre dans la tendresse et la miséricorde.

 Jésus tendresse de Dieu pour la terre,

 Jésus tendresse du Père pour les hommes,

 Jésus tendresse de l’homme pour la femme

 de la femme pour l’homme

 Laissons notre cœur se réchauffer à la tendresse de Dieu ;

 Nous avons besoin de ses caresses.

 Les caresses de Dieu ne font pas de blessures :

 Les caresses de Dieu nous donnent paix et force.

  (…) Laissons-nous toucher par la bonté de Dieu.

 (Pape François, Noël 2013)

 Saint et joyeux Noël, frères et sœurs !

 Et bon appétit !

 

 
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