AU FIL DES HOMELIES

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SOUS LA CONDUITE D'UN PETIT GARÇON

Is 9, 1-6

(25 décembre 1985???)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Saint Jean de Malte : Crèche 2009 

F

rères et sœurs, on rapporte ce court dialogue entre le roi Alexandre le Grand de Macédoine et un mendiant. Le mendiant s'adresse au roi : "donne-moi de l'argent". Le roi répond :" je te donne la régence sur cinq villes de mon royaume. - "Seigneur je ne t'en ai pas demandé autant. - Tu m'as demandé selon ce que tu es et moi je te donne selon ce que je suis".

En cette nuit de Noël, l'Église rassemblée célèbre pour elle et pour l'humanité tout entière la fête d'un don, qui n'a pas grand-chose à voir avec nos demandes, avec nos désirs pour la simple raison que c'est le don de Dieu Lui-même. Cela jamais homme n'a pu seul le désirer. L'homme pouvait désirer que Dieu lui donne quelque chose, mais jamais que Dieu se donne Lui-même. C'est cela que les chrétiens, dans la nuit du monde, célèbrent ce soir. Et je voudrais méditer un instant sur ce don de Dieu Lui-même, ceci en compagnie du prophète qui nous a accompagnés pendant ces semaines de l'Avent, nourrissant notre prière de sa prière, notre espérance de son espérance et qui aussi a pu nous consoler de nos propres souffrances : Isaïe le prophète. Il nous révèle la "prima caritas" de ce don divin : le Seigneur qui t'a créé te parle, Celui qui t'a modelé, Il te dit : "Ne crains pas Je t'ai racheté, Je t'ai appelé par ton nom, tu es à Moi, Je suis ton Dieu, ton Sauveur, car tu compte beaucoup à mes yeux, tu as du prix et Je t'aime" (ch. 43). Voilà le don de la création, car sans Dieu nous ne serions pas, seulement quand à l'origine du monde ou l'origine de notre propre vie, mais sans Dieu nous ne serions pas aujourd'hui. Ce don est amour, celui d'un Dieu qui dit ce soir à chaque homme, à chacun et à chacune d'entre nous, qui que vous soyez : "Je t'aime, ta vie a du prix à mes yeux, tu comptes beaucoup pour Moi". Voilà ce que nous célébrons, le don d'un Dieu qui nous donne son amour, et notre existence est la première preuve de son amour. Mais nous sommes toujours mal croyants, nous avons de la peine à croire en Dieu parce qu'Il ne répond pas à nos demandes.

       Dieu va nous donner un signe, Il va nous faire voir quelque chose que nous saurons reconnaître parce que ce sera de chez nous. Son amour et sa vie viennent du ciel : Il va choisir un signe de la terre, et de la chair. Le prophète Isaïe l'avait annoncé : "Un rejeton sortira de la bouche de Jessé. Sur Lui repose l'Esprit, la justice sera la ceinture de ses reins, la Fidélité la ceinture de ses hanches. Le loup habitera avec l'agneau, la panthère se couchera avec le chevreau, le veau et le lionceau, la bête grasse iront ensemble sous la conduite d'un petit garçon, le lion comme le bœuf mangera de la paille, le nourrisson jouera sur le trou du serpent, sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main. Car il n'y aura plus ni mal ni violence."(chapitre 11)

       Le signe de l'amour de Dieu pour nous, le signe qui est le prix de son amour, le prophète nous l'annonce : un petit garçon, un petit garçon qui est tout de suite le symbole de la paix et d'une paix impossible aux réalités terrestres, car jamais on n'a vu un loup manger avec un agneau, un lion se nourrir de paille. Ces images prophétiques nous révèlent la nouveauté du monde lorsque Dieu vient pour habiter dans la chair humaine, nouveauté de paix, de réconciliation, de pardon : un Enfant, donc quelqu'un de notre chair désormais planté dans notre humanité, est le signe permanent, indéfectible et sûr de l'amour dont Dieu nous aime. Mais les signes, nous les regardons et nous passons. Alors Dieu ne nous a pas simplement donné un signe, posé là à un moment de l'histoire, dans la figure d'un petit garçon. Il a été encore plus loin. Et vous ne devinerez pas où : le prophète Isaïe vous demande de le croire : "Dieu pour eux marchera sur le chemin. Il n'y aura plus de lion ni de bête féroce. Les rachetés marcheront sur ce même chemin ceux que le Seigneur a libérés arriverons à Sion, criant de joie, portant avec eux une joie éternelle" (chapitre 35).

       Nous célébrons le don de l'amour de Dieu, nous célébrons le signe visible dans la chair humaine de l'amour de Dieu pour nous : Jésus le Christ, un nourrisson, un petit enfant, un petit garçon qui est berger, car Il conduit sur un chemin, un chemin qui est le nôtre, qui est le vôtre, le chemin de notre vie d'homme. Votre vie d'homme est un chemin déjà parcouru par ce don de Dieu, par ce signe de Dieu, par le Christ Seigneur. Ce qui veut dire que désormais pour nous croyants, nous ne sommes pas seuls. Le monde n'est pas vide. La souffrance n'est pas définitive, ni la mort un mur infranchissable contre lequel on se brise. Il y a en toutes ces situations quelqu'un qui nous conduit, marchant avec nous, marchant en nous parce qu'Il est Lui-même cette lumière éternelle que nous portons au fond de notre cœur de baptisé. Voilà ce que nous célébrons ce soir.

       Mais nous avons chacun à y répondre à ce don en l'accueillant. Accueillir cet amour de Dieu manifesté, donné, livré à la chair humaine, à l'humanité dans la chair humanité du Christ, du Fils de Dieu. Et cela pas à un moment unique de l'histoire, mais tout au long de l'histoire, car Il ne cesse de nous conduire de nous guider, de nous appeler, de nous prendre par la main avec toute la délicatesse, voire le silence, d'un petit garçon qui ne s'impose pas aux adultes. Ainsi pour accueillir le don de Dieu, il faut retrouver un cœur d'enfant, un goût d'enfant, un visage d'enfant. Ce don, il est accompli. Ce don n'a jamais été repris. Jésus, le Christ, est au milieu de nous, dans chacune de nos vies, sur chacun de nos chemins, avec la même présence, la même force que le jour où Il reposait, fragile et silencieux, dans la crèche.

       Mais voyez-vous, un don contient toujours une promesse. Et cette promesse doit désormais s'accomplir. Comment ? en accueillant ce don, en laissant marcher Dieu comme un enfant au milieu de notre vie, et tout simplement, frères et sœurs, en marchant humblement avec Lui, là où nous en sommes de notre vie, de notre route, retrouver la main de Dieu, écouter dans le silence et dans la paix la présence de Jésus-Christ qui nous dit : "Je t'aime. Tu as du prix à mes yeux, Tu comptes pour Moi". Ici ce n'est plus l'homme qui se penche vers le nourrisson pour lui parler, c'est le petit enfant qui parle pour dire à l'homme l'amour de Dieu. Cette promesse de communion, c'est à nous de l'accomplir puisque Dieu a fait le premier pas. Il est venu dans notre chair. Dieu s'est fait homme.

       Frères et sœurs, allons vers Dieu que l'homme devienne Dieu. A ce moment-là vraiment, ce que nous célébrons ensemble ce soir sera totalement et définitivement accompli. Alors nous pourrons chanter, non pas notre vie, car il n'y a pas grand-chose à chanter dans notre vie. Mais nous pourrons chanter la vie de Dieu avec nous, au plus profond de nous, devenue notre vie, notre espérance, notre guérison, notre force et notre lumière, c'est-à-dire notre avenir personnel et communautaire.

       Frères et sœurs chrétiens, ce soir nous recevons ensemble le don de l'amour de Dieu, dans le signe visible de Jésus-Christ qui va nous être livré dans le corps et le sang de son eucharistie. Nous sommes porteurs d'une lumière éternelle pour ce temps, pour éterniser ce temps, pour diviniser ce que nous sommes. A nous d'accomplir ce don, d'accomplir cette promesse, de vivre la communion entre nous et avec le monde pour que ce monde puisse un jour connaître le don de Dieu et se réjouir de sa paix " sous la conduite d'un petit garçon".

       AMEN

 

 
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