AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE NOEL DE MARTIN L'ANE

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 1990)
Homélie du Frère Bernard MAITTE


 

Saint Jean de Malte : Crèche 2009 
Je profite de ce que les enfants soient partis étudier sérieusement la Parole de Dieu, et parce que peut-être vous avez gardé, comme moi, une âme d'enfant, pour vous proposer un conte. Écoutez bien.

Ce jour-là, comme chaque jour, sur la route qui entourait le village, Martin l'âne trottinait ; il ne pensait à rien de particulier quand il aperçut sur le mur une affiche. Il essaya de comprendre et vit ce qui était marqué. Il lut : "on recherche bête de somme : éléphants, chameaux, dromadaires, lamas, bœufs pour transporter". Et les ânes ? Non, pas de place pour eux. Jamais rien pour eux. Nous avons beau avoir de longues oreilles, chacun nous laisse entendre qu'elles ne valent pas celles des éléphants. Et nous n'avons ni leur trompe ni leurs défenses, ni leur force. Ah ! si nous pouvions leur ressembler. Et quand on y pense, quel éclat ont nos yeux, quand on les compare aux chameaux. Et notre dos, nous n'avons pas les bosses confortables sur lesquelles on attache les sièges des voyageurs. Ah ! si nous pouvions avoir un peu leur allure. Bien sûr, nous sommes entêtés, nous le savons et l'on nous le reproche souvent, mais nous n'avons pas, hélas ! l'ardeur des bœufs ni leur superbe corps. Ah ! si nous pouvions accomplir la moitié de ce qu'ils font. Donc pas d'âne. Jamais d'âne pour transporter les personnes importantes. On leur laisse le menu fretin, les petits, les pas lourds, les manants. Eh bien ! merci, merci beaucoup !

       Alors tandis que chameaux, dromadaires, éléphants et chevaux, lamas et bœufs se regroupaient devant l'affiche pour offrir leurs services, Martin, l'âne, s'en alla amèrement brouter l'herbe des champs. Les éléphants rutilants furent expédiés en Inde pour transporter les maharadjah, et, suivis de gardes empressés vers l'Égypte, les chameaux superbes emmenèrent le pharaon et son épouse préférée. Le cheval, avec César, précédé de ses soldats aux pieds agiles, marcha sur Rome. Quant aux lamas, aux dromadaires et aux bœufs, ils s'en allèrent partout sur la terre transporter des seigneurs ou un shah, des reines, un empereur, un sultan et quelques marchands.

       Resté seul au village, Martin l'âne continue à brouter l'herbe des prés, attendant éventuellement qu'on lui demandât de transporter quelqu'un. Il n'était pas difficile, peu lui importait le rang ou la richesse de la personne qu'on lui confierait, car il n'était pas fier, pas fier du tout. A peine achevait-il ces quelques réflexions qu'un homme s'approcha de lui et l'interpella : "Je cherche une bête qui voudrait bien transporter un haut personnage". Mais l'âne lui répondit : "toutes les bêtes qui peuvent transporter les personnages importants sont déjà parties", "et toi ?", demanda l'homme. "Moi, je suis un âne. Et les ânes ne peuvent pas transporter les importantes personnes. Seulement les autres. Je sais bien, je suis fier de mes oreilles, mais je sais bien qu'elles sont ridicules à côté de celles de l'éléphant. Je suis satisfait de mes yeux, mais ils ne peuvent être comparés à ceux du chameau. C'est vrai, je n'ai pas à être mécontent de moi, je n'ai rien non plus pour être trop fier. Je n'ai ni trompe, ni défenses, ni bosses, ni cornes. Ah ! si j'étais..." L'homme éclata de rire, et il lui dit : "ce haut personnage que je souhaite que tu transportes est aussi une toute petite personne puisque c'est un enfant qui n'est pas encore né. C'est le Messie. Et son nom est Jésus. Sa mère doit parcourir un long chemin sur le dos d'une bête sans trop de fierté ou d'allure. Et c'est pourquoi je t'ai choisi. Tu l'accompagneras à Bethléem, et son Fils naîtra là-bas, parmi les humbles. Âne, c'est toi que le roi des rois a choisi pour porter Marie et son Fils. Et tu pourras en être fier à jamais".

       Frères et sœurs, en ce soir de Noël que dire de plus que ce que je viens de vous raconter. Je crois que nous sommes tous des ânes. Nous sommes, ce n'est pas une insulte, rassurez-vous, comme cet âne, des élus, c'est-à-dire des choisis. Le Christ est venu sur terre et le Christ nous a aimés. Le Christ a voulu de nous, Il n'a pas voulu des éléphants, Il n'a pas voulu des dromadaires, Il n'a pas voulu des chameaux, Il nous a voulu, Il nous a aimés, Il nous a choisis dans la petitesse, dans la faiblesse de sa chair. C'est nous qu'Il a choisis au cœur même de notre humanité, au cœur même de notre être, au cœur même de notre personne, c'est nous, et pas un autre qu'Il a voulu choisir.

       Alors nous sommes vraiment des ânes. Où courons-nous ? Quel chemin prenons-nous ? où nous mènent nos pas ? vers quoi vont nos aspirations ? où notre entêtement nous pousse-t-il ? jusqu'où ? Certes nous cherchons sûrement à transporter des hauts personnages. Nous cherchons certainement le divin. Nous essayons peut-être par tous les moyens de savoir où est Dieu. Qui est-Il ? que fait-Il ? Et pour cela on use de tous les moyens, on est capable absolument de tout, peut-être bien plus que l'âne de mon histoire. En effet nous cherchons ailleurs ce qui parfois nous est donné tout simplement, au jour le jour, aujourd'hui, ce soir. Nous cherchons, nous plongeons dans les méditations transcendantales, lorsque Celui qui est le Très-Haut est venu s'incarner sur notre terre. Nous inspectons avec notre pensée les infinis mathématiques alors que Celui qui est le Créateur de toute chose est venu pour nous aimer dans notre humanité. Nous scrutons tous les univers, tous les astres, toutes les orbites alors que le soleil levant, le Créateur du ciel et de la terre, la lumière éternelle, s'est fait pour nous lumière éternelle, lumière dans notre monde et dans notre nuit. Où courons-nous ? où nous pousse notre entêtement ? où allons-nous chercher le divin ? se perche-t-il plus haut que nous ? va-t-il au-delà du ciel ? est-il incapable de venir jusqu'à nous, que nous soyons obligés de faire des efforts parfois démesurés pour l'atteindre ? Non.

       Le Christ, Dieu, vient tout simplement dans notre chair. Et cela suffit. Et cela est la chose la plus grande, la plus importante. Il nous faudrait peut-être avoir tout simplement dans notre recherche de Dieu l'attitude des bergers. Oui, avec les bergers, courons avec nos moutons, c'est-à-dire courons avec tous nos soucis, avec toutes nos peines, avec tout ce que nous sommes, avec nos joies, nos angoisses, mais aussi nos espoirs. Et courons, et allons voir ce qui nous est donné. Et cela est palpable, ce qui nous est donné, c'est touchable. On peut le regarder, on peut l'admirer, on peut aimer tout simplement puisque c'est un Enfant. Oui, nous sommes parfois des ânes. Et nous sommes certainement des ânes, car Dieu vous a choisis, Dieu vous a élus, Dieu vous a aimés, n a voulu vous choisir pour que vous le portiez, Lui. C'est vous qui devez porter, ce soir, le Christ. C'est vous qui devez, ce soir, transporter Marie. C'est vous qui devez être, ce soir, dans l'Église et porter et transporter et manifester à tous le Sauveur qui nous est donné. Et n'allons pas le chercher ailleurs. Aujourd'hui, cette nuit, le Christ est présent parmi nous. Il nous est, ce soir, donné, Il nous est livré, Il s'est fait tout amour pour nous. Nous allons célébrer l'eucharistie, c'est-à-dire le pain et le vin qui se transforment en corps et sang du Christ. Et aujourd'hui, cette nuit, c'est le Christ livré, c'est le Christ donné pour vous, c'est le Christ que vous allez porter en vous, c'est le Christ que vous allez chérir, c'est le Christ qui, en cette nuit de Noël, vous est donné dans la pauvreté et dans l'humilité du pain et du vin et dans l'humilité de sa chair livré pour vous.

       Ainsi donc, frères et sœurs, serons-nous des crèches adéquates ? allons-nous offrir à l'Enfant Jésus la paille desséchée de nos cœurs arides ? allons-nous offrir à Dieu qui vient s'incarner les langes usés par les ténèbres de notre vie quotidienne ? allons-nous offrir à cet Enfant qui nous est donné, au corps du Christ livré pour nous, un cœur fermé ? allons-nous le réchauffer avec l'haleine épuisée de notre esprit essoufflé ? La réponse vous appartient. Et elle appartient aussi à Dieu. La réponse, c'est celle de son amour, c'est celle de son trop grand amour donné pour vous, livré pour vous, pour tous les ânes que vous êtes, pour tous ces hommes, pour toute cette humanité que vous êtes et que le Christ a aimée jusqu'à s'incarner.

       Alors, ce soir, j'affirme l'amour de Dieu pour vous. Je proclame la tendresse miséricordieuse de Dieu pour chacun d'entre vous. Je veux parler à votre cœur, et vous dire réellement que Dieu vous aime plus profondément que vous ne pourrez jamais l'aimer. Vous êtes la gloire de Dieu. Paix à vous qui l'aimez.

      AMEN


 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public