AU FIL DES HOMELIES

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CELUI QUI VIENT

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 1977)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Basilique de la Nativité : Étoile de Noël

En cette nuit de Noël, je voudrais vous parler de celui que l'Apocalypse nomme : "Celui qui vient". Dieu c'est celui qui est de toute éternité, qui est avant tous les siècles mais c'est surtout celui qui vient. Et à Noël, quand nous célébrons la naissance de cet Enfant né dans une crèche, nous célébrons dans cet Enfant Dieu qui vient. Oui, notre Dieu, c'est celui qui ne cesse de venir, qui est toujours à venir.

Dieu n'est pas un être lointain, inaccessible, Dieu n'est pas quelqu'un qui se situerait à des kilomètres de sainteté, loin de notre monde de misère et de pauvreté Dieu est là, tout près. C'est celui qui vient, qui ne cesse de venir, celui qui frappe à la porte de notre monde, à la porte de notre cœur. Depuis qu'Il a créé le monde, par amour, Dieu ne cesse de venir vers ce monde, vers ces hommes jaillis de son cœur. Sans rendez-vous, Il vient à eux, Il leur parle. Sans arrêt Il leur a envoyé les prophètes, les patriarches pour leur parler en son nom. Et comme les hommes au cœur trop lourd avaient les oreilles endurcies, comme les hommes n'entendaient pas cette voix du Seigneur qui se faisait pourtant insistante et plus pressante, Il est venu Lui-même, en personne. Il s'est fait homme. Il est Celui qui vient. Et si nous célébrons la fête de Noël, chaque année, avec une joie et une gravité renouvelée, c'est que cette venue du Seigneur n'est pas un événement révolu, n'est pas un événement d'autrefois.

Ce n'est pas seulement il y a deux mille ans qu'une fois Dieu est venu. Il est venu pour ne plus jamais cesser de venir. Il est venu et Il revient, et aujourd'hui Il vient. Il vient frapper à la porte de chacune de nos vies, en attendant de revenir pour transfigurer tout l'univers, pour nous donner la joie. Il vient dans le secret de votre âme. Il vient dans la joie commune de notre célébration. Il vient dans notre rassemblement. Il vient dans notre pauvreté. Il vient peut-être dans nos soucis, dans nos deuils, dans nos tristesses. Il vient aussi dans nos joies dans notre vie quotidienne. Il vient dans notre secret, dans ce que nous avons de plus intérieur, de plus incommunicable, dans ce que nous avons aussi de plus pauvre, de plus misérable, dans ce qui en nous est le plus obscur. C'est là que Dieu vient.

Dieu est Celui qui, sans cesse, surgit et fait luire son Nom, là où nous ne l'attendions pas. Oui, nous nous sommes fait une idée de Dieu, nous nous sommes fait une idée de Noël très commode, très facile. Nous avons des rites. Nous avons des idées toutes faites, et Dieu vient ailleurs. Dieu surgit à l'endroit ou nous ne L'attendions pas. Et cette nuit, nous sommes tous rassemblés parce que notre désir est qu'Il vienne. Oui, dans notre cœur il y a ce désir que nous ne connaissons pas très bien, ce désir que, quelquefois nous oublions, que nous renions peut-être car nous croyons être bien à l'aise dans notre vie, nous nous imaginons être bien dans notre peau et nous suffire à nous-mêmes. Nous nous faisons des tas d'illusions, nous nous racontons des tas d'histoires, et pourtant, nous sommes là pour Lui. Non pas pour en parler, mais parce que Dieu a quelque chose à nous dire, parce qu'Il a quelque chose à dire au plus profond de notre cœur. Il veut nous dire à chacun d'entre nous : "Tu ne le sais pas, tu ne peux pas le savoir, tu ne veux pas t'en rendre compte parce que ça changerait trop de choses dans ta vie, tu ne veux pas entendre cette voix parce que tu as peur, mais je tiens à le dire : Je t'aime." Oui, le Seigneur vient dire à chacun d'entre nous qu'Il nous aime. Il nous aime d'une manière qui n'a rien de commun avec ce que nous mettons sous ce mot d'amour. Il nous aime d'amour. Il nous aime à la folie. Il nous aime. Il est toute joie de nous aimer ainsi. Il vient. Il vient pour réveiller en nous ce qui dort. Il vient pour ressusciter ce qui est mort. Il vient pour relever ce qui est abattu, ce qui rampe, ce qui n'ose plus regarder en l'air. Il vient pour sauver ce qui était perdu.

Frères et sœurs, je ne sais pas si vous pensez que vous êtes perdus, si vous vous êtes rendu compte à quel point nous sommes pauvres, à quel point nous savons peu vivre, à quel point nous savons peu être heureux, parce que nous savons peu aimer. Je ne sais pas si vous vous en rendez compte, mais si nous étions un peu lucides, nous verrions que notre vie est quand même bien creuse. Il y a bien peu d'amour. Nous sommes si peu capables de donner. Nous avons besoin que quelqu'un vienne réveiller en nous la puissance d'aimer, la puissance d'être heureux, la puissance de déborder de joie et d'allégresse. Il faut que quelqu'un vienne. Il faut que quelqu'un nous apprenne comment on fait pour être heureux, pour donner son cœur, pour donner la joie, comment on fait pour se donner, car il n'y a pas d'autre secret. C'est celui-là que ce petit Enfant vient nous apprendre. Ce petit Enfant, c'est Dieu Lui-même. Dieu qui est amour. Dieu qui déborde de ce désir de partager son amour avec nous, de nous l'apprendre car il n'y a pas d'autre moyen de nous rendre heureux, parce que Dieu nous aime.

En cette nuit Dieu vient. Il vient pour chacun d'entre nous. Ne fermons pas notre cœur, ne fermons pas nos oreilles, ne fermons pas notre esprit. Écoutons dans le silence de la nuit, tout à l'heure en retournant chez nous quand ces chants de Noël continueront à résonner à nos oreilles, écoutons cette voix d'un Dieu qui parle et qui nous dit : "Je t'aime ! Si tu le veux, je viens vers toi. Je veux partager ma vie avec toi. Je veux donner ma vie pour toi. Je veux que tu donnes ta vie pour Moi. Je veux que tu donnes ta vie pour tes frères. Je veux que tu sois heureux parce que je t'aime."

 

AMEN


 
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