AU FIL DES HOMELIES

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J'AI VU SON VISAGE, JE VEUX LE VOIR, JE VEUX TOUT SAVOIR SUR LUI

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN


Saint Jean de Malte : L'Enfant de la crèche

Je laisse le prêtre orthodoxe desservant l'église Saint Nicolas de Moscou, le Père Dimitri DOUDKO, vous raconter en cette nuit de Noël cette histoire vraie d'il y a une dizaine d'années.

"Entrant en courant dans ma chambre et y apercevant des icônes l'enfant qui m'accompagnait se mit à me poser plein de questions. Ce qui m'étonna c'est que cette petite fille ne montait pas sur les chaises, ne chahutait pas, mais calme, elle regardait les visages de Jésus et de la Vierge Marie qu'elle voyait pour la première fois de sa vie. Avec difficulté, j'expliquais quand même à l'enfant, ma jeune cousine, de la façon la plus accessible pour elle ce qu'elle venait de voir au mur. "Tu sais, me dit-elle, je savais qu'Il existait et avant de m'endormir je Lui parle toujours. Je savais qu'Il était partout et voyait quand je faisais des sottises. Étonné par ces paroles enfantines, je montrais à la fillette comment faire le signe de la croix et éprouvais une émotion inhabituelle en voyant ses petites mains faisant le signe de la croix sur son corps frêle, pour la première fois. Et maintenant je peux probablement l'embrasser, continua l'enfant, à ma stupéfaction. Seulement, ce n'est pas probablement sur la figure, pas sur la joue comme ma maman, car Il est plus grand que maman, meilleur que maman, Il voit tout et Il ne se fâche pas contre moi, Il est meilleur que tout le monde et Il m'aime. Donne-le moi, s'il te plaît, je veux le voir toujours, je l'accrocherai près de mon lit et sa maman, je l'accrocherai aussi là-bas, Donne-le moi. Bouleversé par ces révélations, je décrochai du mur l'icône du Sauveur avec la Sainte Vierge et cherchai une feuille de papier pour l'envelopper. La fillette se mit à m'aider. Je veux l'envelopper dans du papier blanc. Trouve-moi du papier blanc. D'accord. Notre conversation fut interrompue par l'arrivée de sa mère, ma tante : "Maman, s'écria l'enfant, viens vite ici Embrasse-Le, Il t'aime aussi. Enfin j'ai vu son visage. Je le connais depuis longtemps. Maman achète moi une croix que je porterai au cou. Maman pourquoi tu as l'air si sévère tout d'un coup ? Ma tante, le visage allongé, se mit à habiller l'enfant, après avoir bien caché l'icône dans son sac à main qui était plein. La fillette était en plein désarroi. "Maman, pourquoi tu te tais ? Maman, parle-moi de Lui. Je veux tout savoir de Lui, j'en ai tellement besoin. Cette petite fille n'a plus jamais revu le visage du Sauveur sur l'icône du prêtre. Quelque temps après sa maman a écrit au prêtre : "Je ne vous l'ai pas amenée, je vous demande de ne pas lui parler de Dieu. Elle me harcèle de questions, elle a abandonné tous ses jouets, elle va tout raconter et l'on va me chasser de mon travail. L'icône, je ne la lui ai jamais donnée. Des enfants viennent à la maison et ils pourraient la voir. Elle n'a jamais éprouvé un si grand chagrin, elle pleure et demande que j'accroche cette icône au-dessus de son lit. "Je veux le voir, je dois Lui parler, rends-le moi, maman".

Frères et sœurs, "J'ai vu son visage, je veux le voir, je veux tout savoir de Lui." Cette petite fille, pour les circonstances que vous connaissez, n'a jamais pu revoir dans ses yeux de chair, ce visage de l'Enfant-Dieu sur l'icône. Cette petite fille porte en son cœur le désir broyé de le contempler et de tout savoir de Lui, elle ne peut même pas faire en public le signe de croix que le prêtre lui a appris.

Eh bien ! cette petite fille, c'est la figure de l'Église d'aujourd'hui, cette Eglise que nous sommes ce soir, ici rassemblée. "J'ai vu son Visage". La Vierge Marie, Joseph, les bergers, puis les mages, et bientôt les apôtres proclameront au monde : "Nous avons vu son visage. Nous sommes témoins de sa gloire Il a vraiment habité parmi nous. Dieu nous a montré sa face et nous a sauvés."

L'Église que nous sommes, par les yeux de ces premiers témoins a vu le visage de Dieu, inscrit dans la beauté des traits humains de Jésus dans la crèche. "Ce que nous avons vu du Verbe de Dieu, ce que nous avons touché de nos mains, ce que nous avons entendu de nos oreilles, nous vous l'annonçons". L'Église que nous sommes a contemplé dans la chair son Dieu éternel et invisible. L'Église que nous sommes, est aujourd'hui encore illuminée de cette gloire, bouleversée de cette lumière qui a transformé le cœur et les yeux et la vie de cette petite fille de Russie. L'Église que nous sommes porte encore au creux de son cœur les reflets jamais effacés de la splendeur de Dieu qui a brillé dans notre chair. Parce que nous sommes cette Eglise fondée et engendrée dans la manifestation de Dieu, aujourd'hui nous devons confesser et proclamer au milieu de la nuit du monde : "nous avons vu son Visage" - "Dieu, nul ne l'a jamais vu, mais Jésus Christ qui est tourné vers le sein du Père, nous l'a fait connaître."

Oui, son visage s'est reflété dans le regard des premiers témoins, ce regard devenu pour nous le miroir de notre foi. "J'ai vu son visage. Je veux le voir". Depuis que le Christ Messie venu dans la chair humaine, est retourné dans la Gloire du Père, personne n'a vu son visage. Mais aujourd'hui, au fond de notre cœur, il y a encore ce reflet réel et vrai du visage de Dieu qui nous fait murmurer et proclamer tous ensemble : "nous voulons voir Dieu".

"Voir Dieu" : qu'est-ce à dire d'un Dieu invisible ? "Nous voulons entendre Dieu" : qu'est-ce à dire d'un Dieu que nous traitons souvent de muet et d'absent ? "Nous voulons toucher Dieu": qu'est-ce à dire d'un Dieu qui ne se laisse pas attraper par nos désirs, par nos appréhensions humaines, voire par nos délires.

"Voir Dieu". Saint Grégoire de Nysse l'a exprimé de façon claire dans une homélie : "Suivre Dieu partout où Il nous mène, c'est cela même voir Dieu." Suivre le Christ partout où Il va dans sa chair humaine, c'est cela voir Dieu. Si nous sommes ici ce soir pour célébrer sa naissance, il faudra être désormais chaque jour pour célébrer sa vie. Le suivre là où Il nous mène à travers les chemins de la terre à travers ses paroles, ses actes, ses miracles, à travers son mystère, Il nous mène de son humanité, qui est la nôtre vers sa divinité pour qu'elle devienne la nôtre afin que nous puissions voir Dieu.

Suivre le Christ là où Il nous mène, c'est parcourir avec Lui, aujourd'hui encore son chemin terrestre, être témoin des noces de Cana, nous réjouir de la résurrection de Lazare, pleurer avec Lui sur Jérusalem qui lapide les prophètes, écouter sur le mont des Béatitudes les paroles de la loi nouvelle, se retirer dans sa chambre pour prier le Père qui nous répond, suivre avec Lui le chemin de sa souffrance afin d'être là au matin de sa Pâque pour nous laisser rempli de la force de son Esprit Saint. Vous voulez voir Dieu parce que dans votre cœur est inscrit ce désir de Le voir et en ce soir comme en filigrane sont gravés ses traits que les apôtres et Marie et les bergers ont contemplés. Vous voulez voir Dieu, eh bien ! suivez-le là où Il vous appelle par les paroles de son évangile. "J'ai vu son visage. Je veux le voir. Je veux tout savoir de Lui", tout savoir de Dieu. Tout savoir de Dieu, mais qu'a-t-Il donc dit de Lui ? Et les hommes depuis tant de temps qu'ils cherchent Dieu, l'ont-ils vraiment un tant soit peu trouvé ?

Frères et sœurs, ne cherchez pas Dieu là où Il n'est pas, cherchez-le où Il est. Vous voulez savoir où Il est : dans la chair humaine et pas autre part. "Le Verbe s'est fait chair et Il a habité parmi nous" et là, dans cette chair, Il demeure toujours au milieu de nous, là nous verrons sa gloire. Il n'y a pas d'autre chemin pour voir et connaître Dieu, que celui de cette humanité, parce que depuis la nuit de Noël, elle est devenue son humanité. Il n'y a pas d'autre moyen de comprendre le monde nouveau que de se pencher sur l'humanité du Christ, Il abolit le monde ancien en y entrant comme un enfant pour le renouveler, depuis son origine jusqu'à sa fin ultime.

Cherchez le Christ dans l'humanité. L'humanité, ce n'est pas une théorie philosophique, ni une explication théologique abstraite. L'humanité où vous trouverez Dieu, l'humanité où vous pourrez tout connaître et tout savoir de Dieu, c'est la vôtre, celle-là même que vous vivez en ces temps.

Alors dans votre naissance, comme en chaque naissance, découvrez la naissance de Dieu toujours renouvelée dans la vieillesse de notre monde. Dans votre croissance et dans chaque croissance, reconnaissez, cherchez et admirez la Sagesse de Dieu, Il est la vie, Il est le mouvement qui fait grandir, l'Etre qui donne l'existence. Dans votre amour, contemplez et aimez l'amour surabondant de Dieu, car Lui seul vous permet d'aimer vraiment. Dans votre souffrance physique ou morale, accueillez et laissez-vous soulager par la consolation, la compassion d'un Dieu venu pour guérir et sauver de toute langueur et maladie. Dans le péché des autres, et d'abord dans votre péché laissez la tendresse et le pardon de Dieu vous bouleverser, Dans la mort des autres pressentez et confessez la vie et la Résurrection du Christ, que vous connaîtrez au jour de votre propre mort.

Frères et sœurs, c'est là, aujourd'hui, dans votre humanité que vous trouverez Dieu car là Il demeure et là vous apprendrez déjà à tout savoir de Lui, il n'y a pas d'autre porte pour entrer dans la demeure de Dieu que celle-là même qu'Il a prise, la chair humaine. Il faut donc habiter votre vie, l'aimer, avec ses dynamismes, ses qualités, l'aimer avec ses limites avec ses péchés comme Dieu qui nous aime en prenant notre chair de péché. Il n'y a pas d'autre voie pour demeurer en Dieu que de vivre là où nous sommes, car Dieu demeure en nous, Et là seulement aujourd'hui, pour chacun d'entre vous, Il veut manifester sa gloire.

Voilà le message que cette petite fille de Russie vous laisse en cette nuit : "J'ai vu son visage ; je veux le voir ; je veux tout connaître de Lui". Quelles que soient vos situations actuelles, les conditions de votre vie, les oscillations de votre foi, gardez dans le cœur l'écho exact des paroles de cette petite fille : "j'ai vu son visage, je veux le voir, je veux tout savoir de Lui". Alors vous verrez sa gloire, non pas à côté de vous, non pas au-dessus de vous, mais dans votre cœur de chair, car c'est votre cœur de chair qui est sa demeure et là Il veut aussi que vous demeuriez avec Lui. Gardez dans votre cœur le message vivant de cette petite fille de la nuit, pas seulement la nuit qui suit ou précède le jour, mais la nuit opposée à la lumière et à la vérité. Cette petite fille garde seule, dans son cœur la seule certitude capable de faire vivre, de grandir dans la vie, et capable de mourir pour la vie c'est-à-dire pour voir Dieu.

"J'ai vu son visage, je veux le voir, je veux tout savoir de Lui", écho actuel et vrai dans le cœur des croyants que nous sommes de la prophétie d'Isaïe, huit siècles avant l'Incarnation. "Ne crains pas, car je t'ai racheté, je t'ai appelé par ton nom. Je suis ton Dieu, ton Sauveur Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix pour moi et je t'aime, car je t'ai créé pour ma gloire".

 

AMEN

 
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