AU FIL DES HOMELIES

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L'HUMANITÉ RENOUVELÉE DANS LE REGARD DE L'ENFANT-DIEU

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Une lumière a jailli dans les ténèbres, cette lumière, du fond d'une crèche, brille dans les yeux d'un enfant. Dieu regarde le monde, pour la première fois de son regard humain, ce pre­mier regard, un regard d'enfant, plein d'innocence et de confiance regarde sa mère, son père, et cette paille et cette crèche. Cette petite lumière vacillante au fond d'une crèche vous a fait venir ce soir, en pleine nuit, cette petite lumière qui a brillé si longtemps, vous fait encore vous lever, celle qui brille dans vos cœurs et qui commence en cette nuit dans le regard de l'Enfant-Dieu.

Dieu regarde le monde comme s'Il ne le connaissait pas. De son regard humain, Dieu regarde ce monde qu'Il a créé, Lui l'invisible et le Créateur. Et Il le regarde de façon nouvelle. Il voit chacun de ceux qui s'avancent vers la crèche : Marie toute neuve et resplendissante. Il voit Joseph, celui par qui l'huma­nité, la lignée d'Israël l'a adopté. Il voit ces bergers. Mais son regard fouille plus loin encore, il balaye toute la création, tous les hommes, toutes les femmes, qui vont venir à la suite des bergers, et des Mages, venir reconnaître en cet enfant emmailloté : Dieu, Jésus, "Mon nom est : Je sauve les hommes. Mon nom est : Dieu sauve".

Un regard nouveau qui fait de vous en cet instant, comme dans un miracle, quelqu'un d'entière­ment neuf.

C'est ça le regard de l'enfant, regard de celui qui perce tout au fond de nous et qui dit : "je te veux fier, grand, beau, je te veux neuf. Je connais ton passé, je connais ton cœur alourdi, je sais ta souf­france, je connais ton épreuve." Israël lui-même at­tendait dans sa souffrance et son épreuve, Israël lui-même a crié de désespoir vers son Dieu. Israël s'est inquiété de cette longue attente, il s'est désespéré que Dieu tarde tant. Et Dieu répond par ce regard d'en­fant : "Je sais tout. Je te veux tout neuf." En cette nuit, une toute petite lumière a brillé : le regard même de Dieu qui vient vous chercher, qui vient me chercher, là où nous sommes et qui fait de nous, aujourd'hui, qui que nous soyons des gens tout nouveaux, des gens tout neufs.

Frères et sœurs, dans cette crèche un enfant est couché, Celui qu'on nomme l'invisible, l'inaccessi­ble, Celui à partir de qui toutes choses ont été créées, composées, pensées, aimées, et qui revient et refait tout le chemin. Il veut reprendre ces choses comme une à une pour les polir, pour les embellir, pour les achever. Il dit de son cœur d'innocence : "Non ce n'est pas Dieu qui est responsable du mal et de la souf­france dont tu es la victime, non, je suis là, petit, et je te laisse mon corps comme un enfant laisse son corps dans les bras de sa mère, comme je te laisserai mon corps sur la croix, lors qu'on le descendra et que Ma­rie sera là aussi pour le recevoir, car toi, l'homme, si tu es là à la crèche, tu seras là aussi à la fin. Ton cœur sera le même, mais regarde-moi bien. Je suis Dieu comme un enfant, et un jour je tomberai de la croix comme un fruit mûr car tout sera achevé. Je commence tout petit, mais je n'irai jamais très haut, car je finirai encore plus petit, j'irai jusqu'au bout où tu vas aller toi aussi par la mort, par la souffrance, par l'épreuve."

Un regard d'enfant qui change tout, qui nous renouvelle radicalement.

Alors, frères et sœurs, si nous sommes venus ce soir, notre présence ici n'est pas le terme d'un che­minement, aussi long soit-il et aussi noble soit-il. Souvent nous avons l'impression que pour nous, l'Église (ou entrer dans une église c'est le fruit d'une réflexion intérieure, d'une démarche assez compliquée où il nous faut choisir pour ou contre. Pas du tout. Dieu nous attendait déjà, Il est déjà là avant que nous ayons décidé en notre propre vie, de venir ou pas, Il est là comme un enfant. Et Dieu, comme un enfant, attend, l'enfant ne fait qu'attendre, il est tellement confiant.

Frères et sœurs, nous n'avons rien décidé, même si, à l'échelle de notre vie, nous avons décidé pour l'Église ou contre l'Église, pour ou contre la foi. Mais Dieu a depuis longtemps décidé dans son cœur qu'il nous faut choisir la vie, choisir l'amour. Car l'in­verse, ce n'est rien, c'est la mort. Il n'y a rien d'autre en dehors du regard de l'enfant, de Celui qui vous embellit et qui vous achève. Qu'y a-t-il à côté ? rien. Qu'y a-t-il à côté de la beauté du regard de l'enfant ou de l'homme qui va mourir sur la croix ? Tout cela étant Dieu, qu'y a-t-il à côté ?

Et Dieu nous dit : "Choisis donc la vie, choi­sis donc le bonheur, car Je suis là qui t'attends. Cer­tes Je te laisse libre, Je ne te saisirai point, car Je suis, Moi, trop petit pour te saisir. Et c'est toi qui vas me prendre dans les bras", comme Marie prend l'en­fant dans ses bras, nous aussi nous avons à venir à la crèche, à nous avancer, à nous agenouiller. Et Dieu sait que c'est dur, et le prendre dans nos bras en di­sant : "Tu es mon Dieu et mon Seigneur ", du plus profond de nous-mêmes". Et Tu m'attends depuis si longtemps." Dieu n'est jamais pressé, jamais. C'est nous qui sommes absents par rapport à Lui. Lui, Il est toujours présent, Il a toujours ce regard innocent d'en­fant qui veut nous rejoindre en traversant ces obsta­cles de mal, de souffrance et d'épreuve, en les assu­mant, Il dit : "Je veux être avec toi et tout près de toi pour les vivre, la maladie, le doute, Je les prends sur Moi, ne t'en occupe plus. Avance toi comme un prince, comme un homme fier, car il y a en toi mon visage marqué d'un sceau. Quand je t'ai créé, rap­pelle-toi, au premier jour de la création, Je t'ai fait avec la glaise. Je t'ai fait comme Moi-même, si pro­che de Moi que si tu me voyais, tu verrais cette res­semblance, tu la reconnaîtrais et tu Me tendrais tes bras, toi aussi".

Frères et sœurs, cet Enfant dans la crèche, cette petite lumière qui, Noël après Noël, rassemble tant d'hommes et de femmes, comme nous, ce soir ici, qui nous sommes levés pour partir à sa rencontre, ce petit regard de rien du tout vient vous chercher et vous dit : "viens, maintenant : Je suis là. Laisse tom­ber cette attente, ce désir, ce cœur écartelé par tant de choses non comprises dans la vie. Je viens tout t'expliquer, Je veux être avec toi comme un compa­gnon permanent, jusqu'au bout maintenant, jusqu'à ta mort où, Je te prendrai la main plus fort pour te faire passer vers Moi".

C'est cela que le Christ veut, et qu'Il nous dit déjà dans sa crèche, comme un enfant aux pieds de sa mère, sa mère toute silencieuse, comme pour nous laisser parler, comme pour me laisser parler, pour me laisser Lui dire ces vraies paroles qui ne sont qu'un regard pour l'instant. Et puis ce long silence va durer trente ans. Jésus est resté trente ans en silence. Et ce premier regard va durer trente ans avant qu'Il ne commence à parler, à dire qui Il est. Alors vivons nous aussi ce long moment. Laissons-nous saisir par ce regard qui vient nous chercher.

Frères et sœurs, il ne s'agit pas de comprendre : c'est un mystère, c'est-à-dire quelque chose qui nous enveloppe complètement, non pas quelque chose en dessous de quoi nous sommes, mais nous sommes plongés dedans comme dans une lumière. Car un mystère c'est bien cela : une lumière, sans laquelle nous ne pouvons vivre. Ne faisons pas semblant d'être dans la lumière, mais venons aujourd'hui la chercher pour repartir.

Frères et sœurs, si nous sommes là, ce n'est pas le terme d'un cheminement, mais parce que nous savons que dans cette vie, pleine de ténèbres, il nous faut une lumière pour marcher. Cette lumière, aujourd'hui, le Christ vous la propose, elle est vacillante au fond d'une crèche. C'est la lumière de la vie du monde qui est devenue le centre de la création. Il n'y a rien de mieux, voilà l'essentiel, ce regard pétillant de l'Enfant-Dieu vous dit : "Ca y est, Je viens te sauver, car Je t'aime tellement que Je vais tout recommencer à zéro. Je te veux tout neuf, Je te veux tout nouveau. Je veux que tu dises en toi-même : "Oui je m'avance comme un prince et j'irai vers mon Seigneur et mon Dieu".

AMEN

 

 

 
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