AU FIL DES HOMELIES

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NOEL : SIGNE DE PAUVRETÉ, APPEL D'OBÉISSANCE, DON DE PAIX

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 1988)
Homélie du Frère Michel MORIN


Saint Jean de Malte : L'Enfant

 

Nous sommes un peuple de pauvres, à l'image des bergers de Bethléem, nous veillons dans la nuit de la foi, ouvrant notre cœur aux bruissements d'une brise légère, murmurant à nos oreilles l'imperceptible présence de Dieu. Les anges de Noël ne discutent pas. Ils chantent avec bonheur. Ce qu'ils donnent n'est pas une preuve, mais une nouvelle gloire à Dieu et paix aux hommes en son Amour. J'aime voir l'Église quand elle se rassemble, l'Église aux multiples visages, l'Église aux multiples âges, l'Église aux visages connus et familiers, l'Église aux visages inconnus, j'aime l'Église qui se rassemble aujourd'hui. Elle est le signe de la fécondité et de la vérité de la promesse faite aux bergers il y a 2000 ans par l'ange : "le nouveau-né sera une grande joie pour tout le peuple", l'Église, ce peuple entier, aujourd'hui se réjouit, et annonce que la bonne nouvelle est vraie.

Mais cette Bonne Nouvelle, frères et sœurs, quelle est-elle en fait ? L'Église réunit, alors que voi­sins, amis, collègues de travail, familiers ont ce soir d'autres occupations que nous, l'Église porte en elle, au cœur même de cette nuit le paradoxe de ce qu'elle est à cause de Dieu, pour Dieu, dans le monde contemporain, dans notre nation française, dans notre ville d'Aix en Provence. Ce paradoxe, je voudrais le découvrir avec vous, sous deux termes. Le premier le signe de la pauvreté, le second, un appel à l'obéis­sance. La pauvreté et l'obéissance, quand elles se ren­contrent et s'embrassent, donnent naissance à la paix sur terre, aux hommes, dans l'amour de Dieu.

Le signe de la pauvreté. Le premier Noël, ni ors, ni lumières, ni foules dans l'étable de Bethléem, autour d'un enfant innocent, gisant dans la poussière de la paille, sans autre chaleur extérieure que le souf­fle de quelques animaux. Dieu, l'infiniment Dieu, Dieu tout puissant, créateur, maître du monde et de l'histoire, naquit en ce monde, en cette histoire sous le signe de la pauvreté. Ceci pour nous dire, comme je viens de le suggérer, que nous sommes des pauvres, c'est-à-dire que seul Dieu nous fait être, lui seul nous a créés; c'est pour Lui que nous existons, vers Lui que nous allons, Il est notre vie, notre être, notre mouve­ment, notre alpha, notre oméga, nous ne décidons pas ce que nous sommes, ni même que nous sommes en cette existence, nous ne décidons pas des valeurs de notre vie, nous les recevons. La vie, l'existence, l'amour, l'intelligence, sont purs dons. Nous sommes radicalement pauvres, Dieu venant dans la vie des hommes, se devait de leur rappeler cette radicale pré­carité, cette nécessaire pauvreté, cet essentiel dé­pouillement, pourquoi ? d'abord parce que c'est vrai et ensuite parce que, sans cette pauvreté, nous ne com­prendrons jamais, jamais ce que nous célébrons ce soir. La pauvreté du Fils éternel de Dieu, nous indi­que, nous montre, nous offre l'insondable richesse de son amour. Il vient nous ouvrir l'incomparable trésor de sa divine miséricorde, nous ne pouvons en vérité L'accueillir que dans la pauvreté, en sachant que nous ne sommes rien ou plus exactement que nous sommes tout dans le don de sa grâce et de sa vérité," là où est notre trésor là est notre cœur," mais dans notre cœur repose le trésor du cœur de Dieu. La pauvreté de Jé­sus nous est rappelée par l'apôtre Paul : "Lui de glo­rieuse condition divine s'est fait homme, semblable à un serviteur, s'abaissant jusqu'à la mort" (Phil. 2,6-8). La foi chrétienne commence toujours et s'achève toujours dans le mystère divin de cette pauvreté hu­maine. Voilà le premier paradoxe : la pauvreté pour la richesse, se dépouiller pour se trouver en Dieu, seul Il est notre vie, qui que nous soyons, quel que soit ce que nous pensons ou croyons, quelles que soient nos oeuvres.

Le deuxième paradoxe dans ce signe de pau­vreté un appel d'une route à prendre et à suivre dans l'obéissance. Oui, c'est peut-être étonnant dans la nuit de Noël de parler d'obéissance, et pourtant. "Père, dit Jésus, Je suis venu pour faire ta volonté, non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux". saint Paul, évoqué à l'instant, nous le dit : "Il s'abaissa, se faisant obéis­sant jusqu'à la mort de la croix", d'où Il attire tout à Lui. Jésus s'incarnant dans notre chair d'homme obéit au Père. Tout son Etre de Fils tourné vers la face du Père, à l'écoute de l'amour et des desseins du Père, sans cesser d'être Dieu se tourne vers ses frères les hommes dans un acte d'obéissance qui est un acte d'abaissement, un geste de dépouillement, la forme la plus fine, la plus haute de la pauvreté du Fils. Le Fils éternel, Celui qui commande l'univers, et jugera le monde s'est fait obéissant, pourquoi ? pour que nous puissions, dans son obéissance, voir sa gloire, je dis bien : dans son obéissance, voir sa gloire ; car quelle est cette gloire de Dieu chantée par les anges de Be­thléem ? l'appel dans le cœur de l'homme à obéir à l'amour de Dieu. Notre obéissance dans la foi devient notre mode de participation à la gloire de Dieu : "Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel", chez les anges, chez nous, les hommes. L'obéissance : no­tre disposition incessante à accueillir, à écouter (c'est l'étymologie latine du mot obéissance, écouter quel­qu'un) notre allégeance en Dieu pour vivre ce qu'Il nous demande de vivre dans la simplicité de l'évan­gile, dans la fidélité aux valeurs que l'Église d'aujour­d'hui comme celle d'hier, comme celle de demain, ne cesse et ne cessera de proclamer à temps et à contre-courant. Notre obéissance : ce creux de notre cœur, cette crèche dans la pauvreté de notre être, réceptacle pour la gloire de Dieu qui s'incarne en nous lorsque nous accomplissons sa volonté.

La pauvreté pour la richesse, l'obéissance pour la gloire de Dieu, quand elles se rencontrent dans le cœur de l'homme engendrent cela même que furent la Chair et le sang du Fils de Dieu, Fils de l'Homme. "Dieu dans la chair du Christ a détruit toute sépara­tion, par le sang du Christ, Il a fait l'unité, Il établit la paix et la réconciliation, Il est venu annoncer la paix, à vous qui étiez loin et à ceux qui étaient pro­ches" "(Ephésiens 2,13-17). La paix, cet accord pro­fond de la divinité et de l'humanité, lentement tissé dans la chair et le sang des hommes de toujours par Celui qui est éternellement Dieu, l'impondérable œuvre du salut, l'insoupçonnable mystère dans le brouhaha infra-spirituel de l'agitation mondaine, et au plus profond de nos tremblements de terre les plus intimes. Christ est prince de la paix, principe, source unique de toute paix, nouée définitivement dans la libre pauvreté et obéissance.

Gloire à Dieu pour la richesse infinie de sa miséricorde et de son amour créateur et rédempteur, gloire à Dieu pour la pauvreté du Fils venu nous livrer la richesse de la divinité, gloire à Dieu pour cette obéissance du Fils, dans cette conformité Il nous ac­corde à son dessein bienveillant gloire à Dieu, Il en­gendre en nous, sur notre terre, sa paix, la paix sur la terre de nos relations humaines fraternelles, amicales, conjugales, laborieuses, politiques ou sociales, la paix dans notre relation avec Dieu. Cela ne peut se faire que dans l'obéissance à la volonté de Dieu, cette pau­vreté qui accueille les richesses de la grâce de son salut. Frères, qui que vous soyez, vous êtes ce soir emportés dans cette gloire de Dieu, accueillez cette gloire de Dieu par l'insensible mais réel dépouille­ment de vous-mêmes, dans l'humble obéissance à tout l'évangile de Jésus.

Au psaume 84, nous prions : "J'écoute ce que dit le Seigneur, ce que dit le Seigneur, c'est la paix pour ses proches, pour ses amis, pour ceux qui re­viennent à Lui de tout leur cœur, son salut est proche, sa gloire habite notre terre".

Oui j'aime notre rassemblement en cette nuit de Noël, nous sommes là pour écouter ce que nous dit le Seigneur dans la chair naissante de son Fils Jésus, ce qu'Il vous dit, c'est la paix, la paix pour vous qui êtes proches de Dieu, la paix pour vous qui êtes moins proches de Dieu, mais qu'est-ce que ça peut faire : Dieu est beaucoup plus proche de vous que vous ne le pensez. Ainsi Il vous sauve, l'Église que nous som­mes, par notre pauvreté, par notre péché pardonné, par notre obéissance difficile mais vraie, c'est la gloire de Dieu qui habite aujourd'hui la terre de notre monde. Que Dieu nous bénisse, que son visage s'illu­mine et que toutes les nations l'adorent.

 

AMEN

 

 

 
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