AU FIL DES HOMELIES

Photos

LES SANTONS DE LA CRÈCHE M'ONT DIT...

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 1997)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J'ai un conte de Noël à vous raconter, comme tous les contes il commence par : " Il était une fois ". Il était une fois une petite dame belge, aux yeux malicieux qui s'en alla faire un voyage en Provence. C'était l'époque de Noël et elle s'empressa d'aller re­garder les crèches des églises, dans la bonne ville d'Aix où elle se trouvait. Quelqu'un lui conseilla d'al­ler dans une église (c'est Saint Jean de Malte, mais vous ne le répéterez pas) en lui disant : "Allez dans cette église et vous verrez qu'il y a une belle crèche, très ancienne". Or qu'elle ne fut sa surprise de cons­tater que cette belle crèche était atteinte par le temps et le poids des ans. Les santons étaient poussiéreux, leurs habits en piteux état. Elle eut donc l'idée de re­faire tous ces santons à neuf afin qu'ils disent mieux la nouveauté de Noël. C'est ainsi que tous les santons, un par un se retrouvèrent avec des habits tout neufs. Comme quoi l'on a toujours besoin des "estrangers", comme on dit ici. Et puis notre amie belge rencontra un monsieur qui s'appelle Paul qui d'habitude est de par le monde mais qui connaissait et aimait bien cette église. Ensemble ils mirent tout leur savoir pour faire revivre les santons de la crèche. C'est ainsi qu'ils ont fait la crèche qu'il y a cette année dans cette église. Et ce monsieur, Paul, a fait cette crèche en reproduisant le chœur de Saint Jean de Malte, un carré aussi simple et sobre que ce chœur, il en fait l'écrin des santons tout neufs rhabillés, je dirais réenchantés, et les a po­sés sur un lit de lavande.

Mais alors ce qu'il y a de plus extraordinaire, parce que c'est un vrai conte, alors que tous les autres contes sont toujours faux. C'est un vrai conte parce que tout à l'heure, avec les enfants, je suis allé à la crèche et, vous me croirez ou pas, ces santons m'ont parlé, d'ailleurs les enfants pourraient vous le dire, il y en a un qui m'a dit : "oh ! ils ont bougé", mais moi, je les ai vus plus que bouger, ils m'ont parlé et ils m'ont dit une chose, j'ai eu du mal un petit peu à compren­dre au début parce que la calissonnière me faisait de beaux yeux, j'ai cru d'abord qu'elle attirait mon re­gard, mais c'était plus pour me dire quelque chose, et j'ai dû écouter le berger qui était plus près de moi et il m'a dit : "nous sommes là pour eux" ? Alors j'ai un petit peu réfléchi et j'ai compris que les santons de la crèche disaient tout simplement que, eux, le seul inté­rêt qu'ils avaient, surtout qu'ils étaient désormais dans leur plus beaux atours, c'était de dire que chacun d'entre eux, le berger, le meunier, le ravi, la calisson­nière, la dentellière, le porteur de laine, le potier, était là pour représenter chacun d'entre nous, pour être là ce soir comme nous à adorer l'Enfant Jésus. Nous pourrions, chacun d'entre nous, nous reconnaître dans l'un des santons de la crèche qui vient adorer un petit bébé. Ces santons m'ont dit, et c'est vrai : "nous som­mes là pour eux".

Frères et sœurs, Noël, c'est parfois un temps que l'on prend dans sa vie pour venir, et je ne porte aucun jugement, peut-être qu'une seule fois par an à l'église, et c'est ce soir que vous avez choisi pour être ici dans cette église. Mais si l'on vient à Noël dans l'église, on pourra toujours se trouver des excuses en disant : "c'est la tradition, cela ne fait de mal à personne". En principe, c'est vrai, "et puis on a tou­jours fait comme cela, alors c'est bien, nous allons revivre cette tradition.". Ou encore on se dit : "c'est tellement merveilleux pour les enfants, on y va pour eux". C'est beau, Noël, il y a quelque chose de joyeux, de merveilleux, quelque chose de magique finalement dans Noël. Et tout cela est vrai. Et peut-être que, si je vous interrogeais, tel ou tel d'entre vous dirait : " Noël, cela me fait retrouver quelque chose de mon enfance, ça me rappelle peut-être un souvenir profondément enfoui en moi, quand j'étais plus petit, quand j'étais un enfant". Et Noël, effectivement c'est le visage d'un Enfant, c'est le visage de l'enfance.

Voilà cette tradition, mais voilà qu'on se met à parler d'enfant, et c'est justement cela Noël, Noël, c'est un Enfant, mais Noël, ce n'est pas un enfant pour l'enfant, c'est pour nous rappeler, à nous, qu'un jour nous sommes nés, qu'un jour nous avons vu le jour, qu'un jour nous sommes venus à la lumière de ce monde, qu'un jour nos yeux ont découvert l'univers, qu'un jour nos yeux se sont ouverts sur la réalité de cette existence.

Et quand nous contemplons l'Enfant Jésus, je crois que ce qu'il peut y avoir de merveilleux ce soir, c'est de se dire: "ah ! si je pouvais avoir encore ces yeux de l'enfant", ces yeux émerveillés, ces yeux qui découvrent quelque chose de neuf, ces yeux presque naïfs sur l'univers, parce que parfois nous avons des yeux usés, des yeux qui en ont trop vu, qui ont vu des choses trop difficiles, trop lourdes à porter, trop péni­bles, trop usantes, trop quotidiennes, et Noël nous rappelle simplement que nous n'avons pas toujours eu ces yeux-là, nous n'avons pas toujours porté ce regard sur nous-mêmes, sur les autres et sur le monde, il y a eu un jour où nous avons porté un regard plein de promesse et d'espérance, plein de découverte et de joie, plein d'émerveillement et de paix par rapport à tout ce que l'on voyait, tout ce que l'on regardait, et c'est vrai que notre propre histoire, que l'histoire de notre monde ou l'histoire de notre société ou tout sim­plement l'histoire de notre famille a abîmé parfois notre regard.

Et pourtant Noël que nous célébrons aujour­d'hui ensemble et tous bien unis les uns aux autres, c'est pour regarder dans la même direction, c'est pour porter un même regard, un regard renouvelé, pourquoi ? parce qu'aujourd'hui ce n'est pas tant la naissance de Jésus que nous célébrons, mais c'est notre propre naissance. Dieu, en cette nuit, nous appelle à renaître. Il nous appelle à naître de nouveau, Il nous appelle à découvrir, comme si tout était nouveau, une réalité qui nous semblait pourtant approcher de sa fin. Et nous contemplons, nous qui nous croyons parfois petits dans notre vie, nous contemplons un Dieu bébé tout petit, nous qui nous croyons fragiles dans notre vie, nous venons regarder un Dieu bébé qui s'est rendu fragile parmi les hommes. Et puis nous qui croyons parfois être naïfs, nous nous laissons avoir par le pouvoir, par l'argent, par n'importe quelle autre ambition. Nous contemplons, nous regardons un bébé qui est Dieu et qui a accepté d'être entre les mains des hommes, dans leur pouvoir, dans leur puissance. Et Il s'est fait ainsi tout petit pour nous dire combien Il nous rejoint chacun d'entre nous dans notre cœur d'en­fant, dans notre cœur qui est épris de beauté, dans notre cœur qui est épris de tendresse, dans notre cœur qui recherche le bonheur, dans notre cœur qui a telle­ment besoin d'amour. Et c'est cela le message de Noël, c'est naître comme l'Enfant Jésus à cet amour, à cette remise entre les mains de l'autre, à ce don, à cette affection, à cette tendresse, à ce renouvellement, à ce monde nouveau.

Alors, frères et sœurs, il faudrait que ce soir, puisque les santons me l'ont dit, et je crois qu'ils ont raison, nous sommes venus pour eux, nous sommes là pour eux, il nous faudrait avoir le même regard que les santons, nous qui sommes dans cette église comme les santons dans leur crèche. Allez les voir, ils posent un regard beau, un regard émerveillé, un re­gard ému, un regard plein de tendresse et d'affection sur l'Enfant Jésus. Et nous sommes appelés, nous aussi, à retrouver ce regard tendre, ce regard plein d'amour, plein d'affection, et pas pour un bébé qu'on irait chercher au loin, mais pour le cœur de l'enfant qui sommeille dans celui avec qui je partage ma vie, que je côtoie, que je connais, que j'ai à côté de moi.

Frères et sœurs, et si Noël n'était pas un conte, mais la réalité ? Puisque nous sommes ici réunis pour célébrer ensemble la naissance de l'Enfant Jésus, la seule chose qui nous est demandée, c'est d'avoir ce regard illuminé, émerveillé par une naissance pour comprendre qu'aujourd'hui c'est chacun de nous que Dieu renouvelle et fait naître à sa Vie comme un bébé.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public