AU FIL DES HOMELIES

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ET SI DIEU SE LAISSAIT VOIR ?

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Et s'il nous était donné de voir Dieu ? Cela changerait peut-être, du moins l'imagine-t-on, notre vie. S'il nous était donné de voir Dieu, peut-être qu'alors, tous les désirs que nous espérons, seraient maintenant mis en œuvre, et nous ferions un effort pour changer de vie. Le désir de voir Dieu est un désir qui a parcouru l'histoire de l'humanité. Tous les hommes étant fondamentalement religieux, ont désiré être reliés à Dieu, le voir, et chacun a essayé de percevoir et de découvrir dans sa vie quel pouvait être le visage de Dieu ou des dieux. Il est certain que ce désir de voir Dieu a existé également dans tous ces hommes et toutes ces femmes dont la Bible nous raconte les péripéties.

On peut penser à quelques grandes figures, tel Abraham appelé par Dieu à quitter son pays et à découvrir une terre que Dieu veut lui donner. Un jour, sous la forme de trois hommes, de trois anges, Dieu lui rend visite. Dieu prend son repas avec lui. Abraham voit la proximité de Dieu. Il voit un Dieu qui se fait proche et qui partage son repas avec lui.

On peut penser à Moïse, lui aussi appelé à conduire tout un peuple, à le faire sortir de l'esclavage d'Égypte pour le faire rentrer dans la terre que Dieu donne. Moïse dans la flamme d'un buisson qui ne se consume pas, découvre, voit, la puissance de Dieu. Dieu qui brûle comme un feu au cœur de sa vie, un Dieu qui va révéler et montrer sa gloire, qui va découvrir sa puissance et lui faire traverser la Mer Rouge à pied sec. Moïse voit et entend un Dieu qui lui dit son nom. Découvrir le nom de Dieu, l'entendre, c'est pourvoir entrer dans une relation personnelle avec celui dont on connaît le nom.

On peut penser à David, à son fils Salomon, à ceux qui sont l'objet de la visite des peuples alentour et qui viennent voir leur gloire, comme la reine de Saba venant découvrir la gloire de Salomon. David et Salomon qui ont voulu bâtir une maison à Dieu, un temple, pour que sa présence y réside. Et Salomon a vu la gloire de Dieu, il a vu la nuée, cette vie et cet Esprit du Seigneur envahir les pierres de la maison. Ils ont vu combien Dieu était là, présent et envahissant leur vie, toute leur vie, leur vie politique, administrative, guerrière, la vie de tout un peuple, la vie du quotidien. David et Salomon ont saisi quelque chose de la gloire de Dieu, ils l'ont vue.

On peut aussi penser que l'expérience racontée par la Bible de ces hommes et de ces femmes cherchant et désirant voir Dieu, peut être négative. Les prophètes annonçant la venue d'un Messie, n'ont-ils pas fait l'expérience d'un Dieu qui, d'un seul coup, semble tellement invisible qu'on le croit même absent. L'expérience d'hommes et de femmes se rendant compte que peu ce Dieu que l'on veut, que l'on désire et que l'on cherche, parfois échappe à nos catégories.

Et puis, il y a eu une nuit. Une nuit sans doute comme les autres nuits. Une nuit où peut-être les étoiles ont brillé un tout petit peu plus, mais à peine plus qu'à l'ordinaire. Une nuit où il y a un grand silence, et dans ce grand silence, un enfant naît. Et là également, des hommes se mettent en route. Des hommes commencent à chercher. Des hommes commencent à désirer. Ils entendent, ils voient de la lumière et la parole les rejoint : "Aujourd'hui, un Sauveur vous est né, c'est le Messie". Qui est-Il ? Où est-Il ? Comment vit-Il ? "Un signe vous est donné : vous trouverez un enfant nouveau-né dans une crèche". Le Dieu de la présence, le Dieu de la victoire et de la Pâque, le Dieu des prophètes, le Dieu absent, le Dieu absent, le Dieu espéré, le Dieu qui prenait ses repas avec Abraham, le Dieu qui envahissait les pierres du Temple de Jérusalem devient si proche qu'Il en devient tout petit. Petit et donc proche. Et toute la vie de Dieu, tout ce qu'Il est, tout le désir des hommes, toute cette recherche de ces nombreux visages se concentre sur le visage d'un enfant. Des bergers vont voir un enfant nouveau-né, dans une crèche, un enfant pareil à n'importe quel autre enfant, mais cet Enfant est Dieu. C'est l'inattendu de la présence de Dieu parmi nous.

Frères et sœurs, s'il nous était possible de voir Dieu, est-ce que notre vie changerait ? S'il nous était possible d'accéder à Lui, de le rencontrer, de le voir, de le toucher est-ce que cela changerait quelque chose à notre quotidien ? Souvent, nous nous faisons cette remarque : oh ! si j'avais pu voir Jésus, si j'avais pu voir le Fils de Dieu ma vie serait plus facile. Erreur ! La vie n'aurait pas été plus facile. La vie nous apprend une chose essentielle, c'est que rien ne nous est donné, sauf un signe, celui de découvrir Dieu dans la réalité de notre vie. Nous ne sommes ni plus grands ni inférieurs à Abraham, à Moïse, à David, à Salomon, aux prophètes et aux sages. Ni plus grands ni inférieurs aux bergers, il nous est simplement dit : aujourd'hui je vous donne un signe, et ce signe, c'est une enfant nouveau-né dans une crèche. C'est-à-dire que dans le concret d'une naissance, dans le silence de cette nuit, dans l'ordinaire, de la vie, un signe vous est donné. C'est ce signe d'ailleurs qui bouleverse les bergers qui vont repartir annonçant tout ce qu'ils ont vu. Mais qu'ont-ils vu ? Ils ont vu la beauté de Dieu dans le visage d'une enfant, ils ont vu la beauté de Dieu sur le visage d'un bébé. Ils ont compris la gloire et la force de Dieu dans la fragilité d'un enfant.

Frères et sœurs, s'il nous était donné de voir Dieu et j'ai envie de dire : il nous est donné de voir Dieu. Lorsque nous venons à cette célébration, nous avons chanté cette gloire de Dieu et par ces chants nous manifestons la gloire de Dieu. Par l'écoute de sa Parole, façonnés et recréés par ce qu'Il nous dit, par ce qu'Il nous annonce, par cette Parole qui atteint au cœur de la vie de chacun, Il se laisse voir comme Il se laisse entendre. Il se laisse voir et entendre comme Moïse l'a vu et entendu. Par les simples signes du pain et du vin que nous allons prendre, Dieu manifeste à travers la fragilité de ces signes qu'aujourd'hui encore, en disant cette parole : "Ceci est mon corps, ceci est mon sang", c'est le même corps et le même sang que cet enfant qui est né dans la crèche, et qui nous a été donné comme signe de communion. Si nous cherchons Dieu, si nous désirons Dieu, si nous voulons le voir, il ne nous sera pas donné d'autre signe que cette célébration, et ce que Dieu nous appelle à vivre dans notre quotidien. Vous ne découvrirez pas Dieu dans le mensonge ou dans les tractations de toutes sortes. Vous ne trouverez pas Dieu dans les scandales, quels qu'ils soient. Vous ne trouverez pas Dieu dans la violence et dans la guerre, dans le sang répandu. Vous ne trouverez pas Dieu dans la haine et dans la discorde, mais vous le verrez dans chacun des tout petits. Dieu se laisse voir à travers l'Enfant et tous les enfants. Dieu se laisse voir à travers les partages et une main tendue. Dieu se laisse voir à travers la communion tissée les uns avec les autres, Il se laisse voir là où l'amour contrecarre la haine et la guerre. Dieu se laisse voir dans le plus petit de nos actes. Il se laisse voir dans l'honnêteté que nous avons lorsque nous travaillons, dans la rigueur dont nous faisons preuve lorsque nous sommes en train de vivre les uns avec les autres. Il se laisse voir dans l'honnêteté que nous mettons dans nos relations. Dieu se laisse voir à travers tous les petits actes quotidiens qui tissent la fraternité qu'il a voulu lui-même en nous disant qu'Il était venu pour cela.

Frères et sœurs, si vous désirez voir Dieu, si vous voulez le chercher, si vous voulez le contempler, vous le verrez aussi dans ce qu'il y a de plus fragile et de plus petit en vous-même. Là, Dieu se laisse voir, parce que sa véritable force, sa véritable gloire, sa véritable présence, c'est d'être là au milieu de nous dans nos petitesses, peut-être, mais Il les transforme, Il les sauve, et Il en fait sa gloire. Si nous désirons voir Dieu, nous le verrons dans tout acte d'amour.

 

 

AMEN

 

 
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