AU FIL DES HOMELIES

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LA RÉVOLUTION DE NOËL

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Qu'avez-vous quitté pour venir ici dans cette église ce soir à minuit passé quand tant de messes de minuit sont beaucoup plus tôt qu'à minuit ? Pour commencer le moins sérieusement, vous avez peut-être quitté des programmes télé pour le moins extraordinaires, je le sais, j'ai vérifié dans Télérama, ce soir passe le bêtisier sur la une et sur la deux. Peut-être un peu plus intéressant le chevalier à la rose … Peut-être avez-vous quitté en hâte un repas excellent et que vous n'avez même pas eu le temps de reprendre deux fois de suite de la bonne bûche ? Vous avez quand même fait promettre à ceux qui sont restés à la maison qu'ils vous en laissent au moins une part pour tout à l'heure et vous verrez s'ils ont tenu parole ?

Peut-être, pour devenir un peu plus graves, certains ont fait le choix ce soir de ne pas venir pour rester avec une famille qui ne veut pas célébrer Noël dans une église, et peut-être que d'autres ont fait le choix malgré tout de laisser des êtres chers à la maison pour venir ici dans cette église ?

Qu'avez-vous quitté ? Qu'êtes-vous venus chercher ce soir ? Etes-vous venus vous plonger dans un bain de régénération, un bain de jouvence ? La messe minuit, Noël, ce moment où après un certain âge on se plaît à se souvenir du passé, de cet âge où nous avions le sentiment d'être dans une totale innocence, sans responsabilités, sans problèmes, sans poids, et que pour nous Noël est plus particulièrement l'ambiance de la messe de minuit ? C'est une manière de revenir à nos origines, même si l'on sait que nos soucis ne nous quittent pas et que toute manière, nous les retrouverons dans quelques minutes ou quelques heures après le "pot" paroissial qui suivra la messe. Ne partez pas tout de suite après la messe, restez avec nous ! Peut-être êtes-vous venus dans cette église avec beaucoup de questions. Où va le monde ? Comment arrivons-nous à être optimistes malgré tout malgré les violences, les égoïsmes, les haines ? Peut-être que pour certains d'entre vous ce soir, c'est le moyen d'opposer une résistance face à ce monde qui nous semble si laid et qui pourtant est si souvent si beau et si généreux ?

Peut-être êtes-vous venus célébrer tout simplement la naissance de Jésus, et quand vos petits-enfants vous ont demandé ce qu'on faisait à Noël, ce qui se passait, vous leur avez répondu qu'on fêtait la naissance du petit Jésus. Cela me fait penser à une petite fille qui a entre deux et trois ans, j'ai revu sa marraine récemment, et elle a tout compris, elle dit à ses parents : "anniversaire Jésus, cadeaux pour moi !" Elle a tout compris ! Comme ça c'est clair, au moins elle sait que c'est quand même l'anniversaire de Jésus. "Anniversaire Jésus, Noël, cadeaux pour moi".

C'est vrai que nous fêtons en quelque sorte l'anniversaire de Jésus. Mais en entendant cette marraine me raconter cette histoire, je me disais : entre nous, avons-nous déjà réfléchi sur l'historique de l'anniversaire ? Cela tombe tellement sous le sens qu'on a l'impression qu'il s'agit d'une fête qui est célébrée dans toutes les sociétés depuis que l'homme est l'homme. C'est une fête qui a toujours existé, l'anniversaire, ce jour particulier dans l'année au cours duquel nous nous réjouissons autour d'un être cher de ce qu'il est venu au monde. Bien sûr, nous pensons plus particulièrement, même si c'était le vingt-quatre décembre, à Constance qui vient de fêter ses huit ans. Paradoxalement, l'anniversaire est une fête beaucoup plus récente qu'on ne le croit. On a commencé à célébrer l'anniversaire d'une manière assez tardive. Cela a commencé surtout au dix-huitième siècle, en s'accélérant au dix-neuvième.

L'anniversaire est quelque chose qui nous est familier, qui n'était pas familier chez les contemporains de Jésus. Et je vais décevoir certaines personnes parmi vous, peut-être même que je serai dénoncé à mon évêque, et qu'on fera un article dans La Provence, mais il faut savoir que Jésus n'est pas né le vingt-cinq décembre. On ne sait pas quand Jésus est né parce qu'à cette époque, ce n'était pas la date de naissance qui était la plus importante pour un individu. Je ne sais pas si vous le savez, le mot "anniversaire" et le mot "dies natalis", jour de naissance, jusqu'au dix-huitième siècle, étaient des termes qui étaient utilisés non pas pour la naissance sur cette terre, mais pour le jour de la mort. Quand quelqu'un mourrait, on se remémorait sa mort, c'était l'anniversaire de son décès.

On est mal partis ! l'anniversaire c'est quelque chose de récent, Jésus n'est pas né le vingt-cinq décembre, alors, à quoi cela sert-il de venir dans cette église ? Je vous rassure, peut-être que Jésus n'est pas né le vingt-cinq décembre, mais Jésus a vraiment existé. Je mets au défi un chercheur scientifique un tant soit peu sérieux, même athée, de remettre en question l'existence d'un homme, Jésus, qui est né à un moment donné sur la terre de Palestine et qui est vraiment mort sur la croix, car on connaît un peu mieux sa date d'exécution que sa date de naissance.

Ce que je dis, ce n'est pas pour ébranler votre foi, c'est pareil pour le père Noël. Non ! Jésus n'est pas le père Noël. On n'est pas dans la fable mais on est face à quelqu'un qui est venu véritablement au cœur de notre monde. Allons-nous repartir avec toujours la même suspicion et les mêmes doutes ? Je ne suis pas venu installer le doute dans votre cœur, je suis venu annoncer une Bonne Nouvelle. Et quelle est cette Bonne Nouvelle ? Noël, qu'est-ce que c'est ? Ce n'est pas au sens strict la commémoration de la date exacte correspondant à la naissance de Jésus. C'est encore plus fort et plus grand que cela : c'est que ce que nous fêtons ce soir, Noël, c'est une rencontre. C'est la rencontre de cette lumière qui vient éclairer les ténèbres. Si l'Église au quatrième siècle a voulu célébrer la naissance de Jésus en cette fin de mois de décembre, c'était véritablement pour marquer la venue de cette lumière au cœur des ténèbres. Vous le savez, peut-être un peu moins les provençaux, ceux qui ont la chance d'être venus nous rejoindre, vous le savez moins dans le nord, tout est question de luminosité dans notre monde. C'est la luminosité, nous le vivons chaque année dans nos corps, quand nous voyons égrener à la télévision ou ailleurs les éphémérides : le soleil vient de perdre deux minutes, le soleil vient de perdre une minute, le soleil vient de perdre trois minutes. Et vous voyez qu'aujourd'hui, le soleil va se coucher à seize heures cinquante-six, et c'est horrible. On a l'impression d'être dans un tunnel, on a l'impression que le monde n'est régi que par la nuit, et nous n'attendons qu'une seule chose, c'est qu'enfin, enfin, les jours rallongent. Ce que nous vivons au niveau du temps, nous le vivons dans notre cœur. Quand notre cœur est traversé par le doute, la difficulté, les déchirements, nos faiblesses, nous nous tournons vers Dieu et nous lui disons ces mêmes mots: quand est-ce que cela va finir ? Quand est-ce que je vais enfin voir la lumière au bout du tunnel ? Quand est-ce que les choses vont changer pour moi et ceux que j'aime ? Et la chose extraordinaire, avec Noël justement, c'est que cette fête nous fait découvrir que Noël c'est tous les jours. Nous n'avons pas à attendre un jour dans l'année pour pouvoir nous réjouir, nous n'avons pas besoin d'attendre un jour pour enfin voir le bout du tunnel et voir à la télévision dans le journal, les jours rallonger. La révolution de Noël, la révolution de la venue du Christ parmi les hommes, qu'est-ce que c'est ? C'est une rencontre, et elle ne se fait pas un jour par an mais cette rencontre face à face d'un Dieu personnel qui n'est pas une machine, qui n'est pas un principe, qui n'est pas désincarné, mais que Dieu qui est une personne, a le profond désir de vous rencontrer chacun personnellement à chaque instant de votre vie. Ce n'est pas le calendrier qui décide quand vous aurez le droit de voir ou de ne pas voir le Christ. Ce n'est pas le calendrier qui décidera de savoir quand vous verrez ou ne verrez pas la lumière du Christ. C'est cela la révolution, et c'est incroyable dans un monde de l'Antiquité où tout était régi, dans un monde où il y avait des jours fastes, où effectivement on pouvait rencontrer la divinité, dans une culture où il y avait des journées néfastes où l'on ne pouvait pas rencontrer Dieu. La révolution de Noël, la venue de Dieu parmi les hommes, nous fait découvrir que le Christ vient encore à chaque instant dans notre vie pour l'éclairer de l'intérieur, dans notre intimité au cœur même de ce que nous sommes.

Frères et sœurs, c'est ce que je vous souhaite, que cette fête de Noël ne soit pas une simple commémoration, un simple petit moment dans l'année mais qu'elle puisse être pour vous l'occasion de découvrir pour les trois cent soixante-cinq jours qui restent que ce Dieu qui est notre Créateur a le plus profond désir de vivre à vos côtés à chaque instant, de marcher en votre présence, de vous accompagner de sa lumière éternelle.

 

AMEN

 

 
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