AU FIL DES HOMELIES

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UN ENFANT NOUS EST NÉ

Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Noël - Messe de la nuit – (25 décembre 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Crèche de Saint Jean de Malte

 

Un nouveau-né enveloppé dans des langes, cela ne fait pas beaucoup de bruit. Vous me direz qu'au début, le bébé ne fait pas ses nuits, pour le plus grand désespoir de ses parents, la respiration peut être sifflante s'il est malade. Mais n'empêche, un bébé qui dort cela ne fait pas de bruit. A un tel point que quelquefois, inquiet, on est obligé de venir régulièrement (même si l'on a inventé des petits appareils pour écouter ce qui se passe dans la chambre), on est quand même inquiet, on veut être sûr que l'enfant respire, et on colle son oreille pour être sûr d'entendre la vie.

Mais les bottes de soldats, cela fait du bruit, le manteau du soldat taché de sang cela fait peur, et en ce temps de Noël nous vient à l'esprit le nom des pays en guerre, la Côte d'Ivoire qui est au bord de la guerre, l'Afghanistan, l'Irak, la Somalie, et combien d'autres pays oubliés. Les bottes d'un soldat, cela fait du bruit, et pourtant dans notre pays que l'on dit sécularisé, dans notre pays où beaucoup d'enfants ne savent pas pourquoi on s'offre des cadeaux à Noël (je le sais parce que cela s'est passé à Mignet il n'y a pas longtemps, un enfant ne savait pas pourquoi on offrait des cadeaux), malgré tout dans ce pays sécularisé, nous tenons toujours, au milieu de la violence et de la haine, à poser justement ce geste de paix qui est ce geste très simple d'offrir un cadeau. Bien sûr, ce geste peut être biaisé, on peut tomber facilement dans la société de consommation, le consumérisme, en se disant qu'il faut absolument trouver quelque chose à offrir, par ce "qu'il faut bien".

Mais en même temps, derrière ce geste le plus simple et le plus nécessaire, se cachent probablement les deux choses les plus belles et les plus importantes. C'est le pardon, car en ce temps de Noël nous le savons trop comment certaines familles peuvent être déchirées, et c'est quelquefois le moment que nous choisissons pour, à travers un geste, un cadeau, ou une invitation, essayer de dire à l'autre que rien n'est irréversible et qu'il y a à travers le pardon réciproque, une possibilité d'écrire une nouvelle histoire. Et puis, ce geste si simple et si nécessaire qui consiste à s'offrir des cadeaux ou à s'inviter, c'est aussi le signe d'une promesse, car malgré tout, malgré le bruit des bottes, malgré l'avenir incertain dans nos pays occidentaux, même si nous ne sommes pas menacés directement par la guerre, il y a une promesse indéfectible déjà entre nous.

Aujourd'hui cette promesse de pardon, cette promesse de réconciliation mais aussi cette promesse d'éternité, elle ne nous est plus simplement offerte par des cadeaux, par des objets, c'est Dieu lui-même qui prend chair, par le geste de la naissance qui dit à la fois la fragilité de notre condition humaine et en même temps, l'ouverture à tous les possibles. Je ne sais pas si vous avez été frappés comme moi par cette première lecture : que peut-on répondre au bruit de bottes ? non pas par d'autres bruits d'autres bottes de ma propre armée, mais par un enfant. C'est-à-dire que toute naissance porte en elle un avenir et un ordre des possibles époustouflant, extraordinaire, qui va au-delà de ce que vous parents ou nous adultes, nous pouvons imaginer au moment où nous avons au creux de nos mains, ce petit être de chair.

Dans la première lecture, c'est Isaïe qui le dit : "Un enfant nous est né". Dans l'évangile, c'est l'ange qui le dit en s'adressant aux bergers : "Un enfant vous est né" et non pas "un enfant est né". Je ne suis pas en train de faire un cours de grammaire mais c'est très différent. Quand Isaïe dit : "Un enfant nous est né", quand l'ange nous annonce à chacun d'entre nous : "Un enfant vous est né", cela veut dire que cette naissance nous touche chacun d'entre nous personnellement.

Je voudrais citer la réflexion d'une femme remarquable, philosophe, d'origine juive, qui s'appelle Hannah Arendt, et qui un jour de 1952 a assisté à un oratorio de Haendel, vous le connaissez tous, ou du moins la pièce principale, c'est le Messie. Dans "Le Messie" de Haendel à un moment donné, il y a cette phrase que je viens de citer : "Un enfant nous est né". Et voilà ce que dit Hannah Arendt : "Un enfant nous est né. Tout commencement est salut. C'est au nom du commencement, au nom de ce salut que Dieu crée les hommes dans le monde. Chaque nouvelle naissance est comme une garantie de salut pour le monde, comme une rédemption pour ceux qui ne sont plus un commencement".

Frères et sœurs, nous avons toujours tendance à penser que nous sommes sauvés ou nous sommes aidés par ceux qui nous précèdent et c'est vrai. Combien d'adultes ont eu un rôle important pour l'élaboration de notre personne ? Combien d'adultes ont su nous ouvrir un chemin qui nous éclaire ? Mais la révolution de Noël, c'est que le pardon et la rédemption ne viennent pas tant de ceux qui nous ont précédés, que de ceux qui vont venir, de ces enfants qui sont déjà une promesse pour le monde et pour Dieu. Dieu dans l'évangile n'a pas décidé de se donner à travers un texte de loi. Dieu ne s'est pas donné dans l'évangile à travers un livre sacré, comme dans d'autres religions, mais Dieu s'est donné à travers un Enfant.

Frères et sœurs, en cette nuit de Noël, où nous célébrons la venue de Dieu parmi les hommes, nous pouvons rendre grâces à ce Dieu qui a décidé de se faire pas simplement tout petit, mais qui à travers la naissance d'un homme nous a montré que la chose la plus merveilleuse que nous pouvons faire pour coopérer, c'est de donner la vie pour ce monde.

 

AMEN

 

 

 

 
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