AU FIL DES HOMELIES

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AVEC LE FILS, NAÎTRE DU CŒUR DU PÈRE

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Bethléem : Esplanade de la basilique de la Nativité

Cette fête de Noël que nous célébrons aujourd'hui a commencé bien avant Bethléem bien avant Marie et Joseph bien avant le jour où Jésus, petit enfant est né sur notre terre. Cette fête de Noël commence dans l'éternité de Dieu, dans le sein du Père, quand de ce sein a jailli le Fils de Dieu, Celui que l'évangile de saint Jean appelle le Verbe, la Parole, la manifestation du cœur du Père. Oui, de toute éternité le Père engendre le Fils donne naissance à son Fils, son Unique, son enfant Bien-aimé. De toute éternité le Fils se reçoit de l'amour du Père, le Fils, face à face avec le Père, reçoit de Lui, boit de son sein, à longs traits, la vie, la vie divine, la vie éternelle. Et quand je dis bien avant, quand je dis depuis l'éternité, les mots humains me manquent, et nous ne pouvons que balbutier car cette naissance éternelle du Fils jaillissant du sein du Père ne se situe pas avant l'éternité c'est cet acte unique qui remplit toutes les dimensions possibles du réel, cet acte unique qui n'a pas de durée, cet acte permanent, actuel, qui n'est ni avant ni après, mais qui est la plénitude dans laquelle le Père et le Fils vivent dans ce don mutuel qu'Ils se font l'un à l'autre. Naissance éblouissante, naissance merveilleuse quand le Fils reçoit du Père toute joie, toute lumière quand le Père donne à son Fils tout ce qu'Il est, sans rien garder pour Lui, de telle sorte que ce Fils est l'Image parfaite du Père en tout semblable à Lui, sans aucune diminution ni amoindrissement, Fils parfaitement Dieu comme le Père est Dieu parfaitement.

C'est cette naissance éternelle que nous célébrons d'abord aujourd'hui et parce que le Fils, comme vient de nous le dire l'évangéliste saint Jean, a en Lui la vie, parce que toute la vie du Père, toute cette immense émergence de vie, tout ce dynamisme vital est dans le Fils, la vie déborde en quelque sorte de ce face à face de ce cœur à cœur du Père et du Fils. Et en son Fils, Dieu devient source de vie pour tout l'univers, pour tous les mondes et tous les êtres, ceux que nous voyons et ceux que nous ne voyons pas, toute la multitude innombrable de ces mondes créés qui nous entourent, qui nous dépassent et de toutes parts et nous enserrent. Oui, du cœur du Père a jailli le Fils et du Fils jaillit cette vie qui se répand en toute chose et jusqu'aux extrémités de l'univers. En Lui, dans le Verbe nous avons tous reçu la vie.

Mais nous n'avons pas voulu aller jusqu'au bout de cette vie. "Il était dans le monde et le monde ne l'a pas connu". La lumière a brillé dans les ténèbres, mais les ténèbres n'ont pas voulu recevoir cette Lumière. Et même si les ténèbres ne peuvent pas étouffer la lumière cependant elles se replient sur leur obscurité. L'homme, entraînant avec lui toute la création s'est fermé à ce don total que Dieu voulait nous faire de son bonheur, de sa joie, de sa vie. Alors Dieu a redoublé d'amour pour ce monde fermé, pour ce monde pécheur, la vie qui jaillit sans cesse du cœur de Dieu, la vie qui se concentre dans ce Fils, Image parfaite du Père ; la vie a redoublé de tendresse pour chacun de nous et pour cet univers tout entier replié sur ses ténèbres. Et le Fils, non content d'avoir créé l'univers, le Fils non content d'être présent à cet univers comme la source jaillissante de vie qu'Il lui offre sans cesse, le Fils est venu en personne, naître comme un petit enfant, naître comme un petit homme, comme l'un l'entre nous, au milieu de nous, parmi nous, avec nous. Dieu en personne, le Verbe du Père est venu prendre dans le sein de Marie une chair d'homme pour que ce Dieu ineffable et invisible tellement éblouissant que nos yeux ne peuvent pas se fixer sur Lui, ce Dieu que personne n'a jamais vu, nous puissions, comme le dira ce même saint Jean au début de son épître : "Le voir de nos yeux, le toucher de nos mains, entendre de nos oreilles sa voix et le contempler. Dieu personne ne l'a jamais vu, mais le Fils qui repose dans le sein du Père est venu pour nous le révéler nous le faire connaître, nous permettre de le voir et le toucher de nos mains".

C'est cela Noël, la projection dans notre monde et notre histoire de cet éternel jaillissement du Fils depuis le sein du Père. Cette naissance éternelle qui comble toute joie, tout, bonheur possible et, imaginable, voici qu'elle est mise à notre potée. C'est dans le secret de l'amour du Père pour le Fils que nous sommes introduits. Car le Fils est venu parmi nous, Il est né comme l'enfant bien-aimé du Père. Et voici qu'Il est notre frère et nous entraîne à Lui pour nous guider jusqu'au Père, pour faire de nous des enfants du Père, car à tous ceux qui croient en son nom il donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

Frères et sœurs, notre monde et nous-mêmes, notre propre cœur sont toujours opaques, toujours prêts à refuser cette venue de Dieu, ce bonheur de Dieu. Le monde est toujours prêt à se refermer sur ses ténèbres, sur sa solitude et sa misère qu'il prend pour une autonomie, nous sommes toujours prêts à nous replier sur ce que nous sommes dans cet orgueil dérisoire qui nous ferme à ce don immense que Dieu veut nous faire et qu'Il nous demande d'accueillir. Toujours prêts à mettre une barrière autour de notre cœur pour clôturer notre petit jardin et y vivre tout seul, en paix croyons-nous, mais en fait dans l'isolement, la tristesse et le désespoir. Le péché, c'est cette fermeture, ce refus, refus de l'amour et donc refus de la joie de la vie. Péché absurde mais sans cesse recommencé, car si le monde n'a pas reçu le Christ, cela est vrai aujourd'hui encore, non seulement du monde en général, mais de chacun de nous. Nous ne voulons pas recevoir le bonheur. Et pourtant, si nous prêtions l'oreille à cet appel de Dieu, si nous acceptions cette visite de Dieu, si nous acceptions que le Christ nous prenne avec Lui pour nous faire connaître l'éblouissante tendresse du Père qui veut nous combler avec tant de délicatesse, tant de respect, lui qui se fait si proche, presque humble, si nous acceptions que ce petit enfant, ce Dieu qui s'est fait si peu de chose, qui s'est fait si petit entre dans notre vie. Oh ! Il ne prendrait pas beaucoup de place, Il nous apprendrait seulement à écouter plus profondément sa Parole presque silencieuse, à faire taire tous ces bruits que nous croyons importants, ces occupations que nous imaginons décisives. Il nous apprendrait seulement dans le recueillement et l'humilité, à découvrir l'essentiel, la seule chose nécessaire, cet amour que Dieu veut mettre dans notre cœur pour que nous soyons comme Lui capables d'aimer, capables de l'aimer parce que nous sommes aimés par Lui, et capables de nous aimer les uns les autres parce que Lui nous a aimés le premier et qu'Il veut que cet amour se répande dans nos cœurs et à partir de nos cœurs à travers le monde tout entier pour que le monde en soit irrigué. Ah ! oui, si nous voulions écouter, si nous voulions ouvrir notre cœur !

C'est ce que Dieu va faire maintenant avec trois enfants de notre communauté paroissiale qui vont devenir enfants de Dieu parce que leurs parents ont voulu, en leur nom, accueillir le Verbe de Dieu, le Fils du Père, pour qu'ils soient frères de Jésus, enfant du Père, remplis de la vie de Dieu et du bonheur de Dieu. Si nous voulions nous aussi écouter comme ces enfants redevenir des petits enfants, si nous voulions, comme ces enfants, accueillir le don que Dieu nous fait, alors commencerait la joie du monde, commencerait la transformation de toute chose.

Frères et sœurs, c'est dans notre cœur que se joue la destinée du monde. Ne croyons pas que cette destinée consiste en événements lointains et qui nous dépassent. Tout commence là, au plus secret de chacun de nous. Et si le feu prenait au fond de notre cœur, rien ne pourrait arrêter ce feu qui se répandrait de proche en proche. Et nous allons demander pour ces trois enfants que ce feu soit dans leur cœur et qu'ils y soient fidèles plus que nous ne l'avons été jusqu'ici, plus que nous ne le sommes, car le feu brûle si peu en nous, il se voit si peu autour de nous, et nous sommes si peu contagieux. Mais que ce baptême que nous allons célébrer en cette fête de la naissance de Jésus, soit pour nous le renouvellement de notre propre baptême, de notre propre naissance à la grâce de Dieu, que nous retrouvions au plus profond de nous-mêmes ce jaillissement du Christ, ce surgissement de Dieu cette irradiations de la Lumière divine qui nous a été donnée, et qui nous est donnée maintenant, à tout instant pour rayonner jusqu'aux extrémités du monde.

 

AMEN

 
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