AU FIL DES HOMELIES

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NOTRE DIEU EST UN DIEU PROCHE

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Auzon : Nativité

Des millions de chrétiens en cette nuit, se sont réjouis, des millions de chrétiens, en ce jour, comme nous-mêmes se réjouissent de la naissance de Jésus. Dans des milliers de cœurs, cette fête, c'est la fête de la douceur, de la paix, de l'innocence. Cette fête est une de celles qui est le plus chère à nos cœurs parce que c'est la fête de cet Enfant en qui, semble-t-il, se résument toute l'enfance, toute la douceur, toute l'innocence du monde. Et nous sommes émus par cette fête de Noël par ce mystère d'enfance et d'innocence.

Pourtant je crains que beaucoup de chrétiens, et peut-être d'un certaine manière nous-mêmes, nous n'allions pas jusqu'au bout de la signification de cette fête. Car cet enfant dont nous célébrons l'anniversaire de la naissance, il y a bientôt deux mille ans, n'est pas seulement le symbole merveilleux, le résumé parfait de cette joie de cette pureté que nous mettons sous le mot d'enfance. Il n'est pas là seulement pour nous rappeler qu'il y a en nous quelque chose qui demeure de l'enfant, malgré toutes les tristesses, malgré toutes les inquiétudes et tous les péchés. Il n'est pas là seulement pour nous apporter la paix, à nous qui vivons dans un monde déchiré, un monde de violence. Cet Enfant, qui est né, il y a bientôt deux mille ans, vous venez de l'entendre dans l'évangile de saint Jean, c'est le Verbe de Dieu, le Fils unique de Dieu. Ce Verbe qui s'est fait chair, cette Parole qui a pris chair, ce jaillissement du cœur de Dieu, c'est le Verbe qui, éternellement, avant le commencement, était auprès de Dieu qui, éternellement, avant le commencement, était Dieu. C'est Dieu Lui-même qui se fait homme. Je ne sais pas si nous nous rendons compte de la portée extraordinaire de ce message qui nous est donné, de la plénitude de cette bonne nouvelle qui nous est annoncée, de l'incroyable et incommensurable richesse qui est ainsi confiée à notre cœur Dieu l'infini, l'absolu, le créateur, la source et la fin de toute chose, Dieu s'est fait homme. Dieu est venu à notre rencontre. Dieu s'est fait proche, Dieu s'est fait notre frère, notre semblable, l'un de nous. Dieu est là, près de nous, parmi nous, à notre portée : Emmanuel, Dieu avec nous.

Sans doute, en avons-nous trop pris l'habitude, et peut-être aussi ne mesurons-nous pas la portée extraordinaire de cette annonce qui nous est faite en ce jour de Noël ! Pour les hommes, Dieu c'est le mystère, c'est quelqu'un d'infiniment lointain, inconnaissable, indescriptible. Dieu est tellement haut, tellement élevé au-dessus de nous que, dans toutes les religions, on s'est efforcé, pour tenter de rejoindre ce Dieu insaisissable, de façonner à l'intérieur de notre monde ce qu'on appelle la zone du sacré, c'est-à-dire un secteur particulier de l'espace, du temps, une catégorie d'objets, de personne, mise à part, retirée de la vie courante, pour tant bien que mal, symboliser cet éloignement de Dieu, symboliser que Dieu est tout autre, sans commune mesure avec rien de ce que nous pouvons connaître, et toucher, et pour qu'ainsi cet espace, ce temps, ces objets, ces personnes sacrée retirés de la vie courante puissent servir de tentative pour s'approcher d'un peu plus près de ce Dieu infiniment lointain.

Dieu est tellement lointain que, même dans l'Ancien Testament, même dans la religion révélée de la Bible, l'interdiction majeure est celle de faire quelque représentation que ce soit de Dieu, pour qu'on ne puisse surtout pas le confondre avec quelque chose que nous puissions toucher, voir sentir. Dieu est tellement loin que lorsqu'on interroge bon nombre de chrétiens comme cela nous arrive de le faire par exemple, quand nous préparons un couple de fiancés au mariage, la plupart d'entre eux nous disent : "oui je crois qu'il y a quelque chose", ils n'osent même pas dire quelqu'un, cela leur semblerait déjà trop proche. Quelque chose, au-dessus de nous. Mais que ce quelque chose nous connaisse, que ce quelque chose se préoccupe de nous, puisse avoir un rapport avec ces créatures infimes que nous sommes, bien peu arrivent à le concevoir, à l'imaginer. Pour l'immense majorité de ces gens, qui sont pourtant des chrétiens, peut-être pas très pratiquants, mais chrétiens d'éducation, d'origine, de tradition, Dieu reste cet infiniment lointain, pas toujours personnel, peut-être seulement une puissance, une force, un infini, quelque chose qu'on ne peut pas atteindre. Et pour nous, souvent frères et sœurs, même nous qui sommes ici rassemblés dans cette église ce matin, même nous qui sommes croyants et qui essayons de tout notre cœur et de toutes nos forces de pratiquer, de mettre en pratique, de mettre dans notre vie cette foi à laquelle nous adhérons, combien de fois, quand nous prions, quand nous nous tournons vers Dieu, n'avons-nous pas le sentiment de nous tourner vers quelqu'un de tellement infini, de tellement éloigné que nous pouvons seulement nous prosterner devant Lui en silence ?

Or, voilà la bonne nouvelle de Noël, c'est que ce Dieu que les hommes croyaient infiniment lointain, ce Dieu qui leur semblait échapper de toute manière à leurs prises, ce Dieu qu'on ne pouvait surtout pas représenter, qui n'avait rien de commun avec tout ce qui se touche et se voit, ce Dieu, voilà qu'Il est là, entre nos mains, tout petit, un enfant, un homme, notre semblable, notre frère. Et l'apôtre Jean pourra s'écrier, émerveillé : "Ce que nous avons touché de nos mains, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nos oreilles ont entendu, ce que nous avons contemplé du Verbe de Dieu ". Oui, Dieu s'est fait tellement proche qu'on peut le toucher, qu'on peut le voir, qu'on peut entendre les paroles de sa bouche, et ces paroles ont une intonation, elles traduisent des sentiments qui sont semblables à ceux que nous connaissons dans notre propre cœur. Oui, Dieu est plein de tendresse pour nous, Il nous parle comme à des amis comme à des frères, comme Il a parlé à Marie-Madeleine par son nom, comme Il a parlé à Jean l'évangéliste, son ami, comme Il a parlé à Pierre et à tous les disciples, comme Il a parlé à tant de pécheurs, à tant de pauvres, à tant de malades : Oui, Dieu est là. Dieu est entre nos mains. Tout en restant l'infini, tout en restant le créateur, la source et la fin de toute chose, Dieu nous révèle qu'Il est aussi l'infiniment proche, l'infiniment tendre, l'ami intime de chacun de nous.

Je ne sais pas si nous nous rendons compte de l'importance bouleversante de cette nouvelle qui nous est donnée et qui nous est rappelée chaque année à la fête de Noël, cette bonne nouvelle qui est l'évangile, dont la proclamation transforme complètement toute l'histoire des hommes parce qu'elle transforme complètement la relation de l'homme avec Dieu. Maintenant Dieu est là, Dieu est avec nous. Et je suis surpris d'entendre quelquefois, sous prétexte de bonne volonté et d'ouverture du cœur, dire que toutes les religions se valent, que toutes les croyances, qu'il s'agisse de la foi musulmane, de la foi juive, de la foi bouddhique, de la foi chrétienne, tout cela, c'est au fond des variantes de la même recherche de Dieu. Certes dans le cœur de chaque homme vraiment croyant, dans ce cœur droit, ouvert, sincère, qu'il soit musulman, juif, bouddhiste ou chrétien, il peut y avoir la même intensité de désir de Dieu, la même intensité de rencontrer ce qui est au centre et au cœur de toute vie, de toute existence et de toute réalité. Certes, il peut y avoir le même élan vers Dieu. Mais cette bonne nouvelle qui nous a été donnée par Jésus, cette bonne nouvelle qui est au centre de notre foi chrétienne, est incommensurable à ce que toutes les religions ont pu dire de Dieu, à ce que tous les hommes ont pu, avec le meilleur d'eux-mêmes, essayer d'imaginer de Dieu. Qui a osé penser à un Dieu si proche que notre Dieu s'est fait proche de nous ? Qui aurait pu imaginer que l'infini ce soit un homme, mon frère ? Qui aurait pu avoir l'audace de pareille pensée, si ce n'était pas Dieu Lui-même qui était venu nous le dire ? et pas seulement nous le dire avec des paroles, mais nous le dire en étant Lui-même cet homme, cet Homme-Dieu, Jésus, Emmanuel, Dieu avec nous.

Frères et sœurs, ressentons comme une joie infinie, comme un privilège extraordinaire, comme une grandeur merveilleuse, cette révélation qui nous a été faite, nous qui avons le bonheur d'être chrétiens. Non pas pour nous sentir supérieurs aux autres, mais pour comprendre à quel point Dieu nous a fait confiance pour nous confier un tel message que nous en vivons, que cela pénètre et transforme et transfigure notre vie, et que nous ayons le désir que tous les hommes, nos frères, puissent eux aussi connaître cette bonne nouvelle. Eux qui cherchent Dieu avec autant et, quelquefois peut-être plus de désir et d'intensité que nous ne le faisons, tous ces hommes qui auraient tellement besoin et qui seraient tellement heureux de savoir que Dieu s'est fait proche, que tous ces hommes puissent apprendre de notre bouche, de nos lèvres, par notre vie, cette bonne nouvelle qui nous a été confiée. Noël c'est la chose la plus merveilleuse du monde. Ne laissons pas passer cette fête sans entrer de toutes nos forces dans ce mystère qui nous est donné, sans nous laisser pénétrer et remplir par sa joie et sa lumière rayonnante. Dieu est au cœur de notre vie, Dieu nous prend entièrement dans sa vie, Il demeure en moi et je demeure en Lui. Que le Seigneur soit béni !

 

AMEN

 
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