AU FIL DES HOMELIES

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LA DOUBLE NAISSANCE DU FILS 

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Le ciel s'est déchiré …

 

Frères et sœurs, la fête de Noël est une double célébration. C'est pourquoi exceptionnellement à Noël, il y a deux célébrations eucharistiques : la messe de minuit et la messe du jour que nous sommes en train de célébrer. La messe de minuit parce que le Christ, le Verbe, le Fils de Dieu est venu sur la terre dans le silence, dans le secret, dans l'humilité d'une crèche. La messe du jour parce que le Christ, viendra à nouveau, pour tout accomplir à la fin des temps, et à ce moment-là il apparaîtra clairement qu'il est la lumière véritable qui éclaire tout homme et que par cette lumière, les confins de la terre sont illuminés.

Double venue du Christ, une venue dans l'humilité et le silence, une venue à la fin des temps dans la gloire. Double venue, et aussi double naissance du Christ car si cette nuit nous avons célébré la naissance du Christ comme venant du sein de Marie, ayant reçu de Marie la nature humaine dans sa plénitude, homme parmi les hommes, semblable à nous, si nous avons célébré cette naissance à Bethléem cette nuit, aujourd'hui nous venons d'entendre le prologue de l'évangile de saint Jean qui nous transporte au commencement, avant toutes choses, pour nous dire : "Le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était Dieu, il a été engendré non pas d'un vouloir d'homme, non pas de la chair, mais éternellement de Dieu".

Double naissance, double venue, la naissance du Christ à Bethléem, cette naissance du sein de la vierge Marie, cette naissance virginale sans qu'aucun homme ait participé au façonnement de la chair du Christ, cette naissance à Bethléem est comme l'écho de la naissance éternelle. Le Verbe, le Fils était depuis toujours et pour toujours. Sa naissance à Bethléem est comme la projection dans le temps, dans notre temps, c'est-à-dire dans la durée, la succession, la projection d'un événement qui lui, était éternel, c'est le jaillissement du Verbe, du Fils, à partir du cœur du Père. Depuis toujours et en toute éternité, depuis tout commencement, avant tout commencement, le Christ jaillit de l'amour du Père. Le cœur du Père déborde d'un amour infini et de cet amour est engendré éternellement un Fils semblable au Père, parce que le Père dans son amour lui donne tout ce qu'il est sans rien garder pour lui seul, mais engendrant un Fils qui lui est en tout égal, en tout semblable.

Cette naissance éternelle du Christ, nous avons quelquefois la tentation de nous dire qu'elle était avant la création du monde, qu'elle était avant les événements de l'histoire, qu'elle était avant toutes choses. Mais ce mot "d'avant" nous transporte déjà fallacieusement dans le temps. La naissance du Christ jaillissant du cœur de Dieu est éternelle, c'est-à-dire non pas avant le temps, non pas dans un événement qui se situerait au commencement du temps, mais au-dessus du temps. Cette naissance coïncide avec la totalité de l'histoire de l'humanité. Ce n'est pas simplement au début que le Père engendrait le Fils, il l'engendre d'un jaillissement continuel, permanent, éternel, c'est-à-dire qui n'a ni commencement ni fin, qui n'est pas un moment parmi d'autres moments, mais qui englobe toute possibilité de temps, toute possibilité d'événement. Le Christ jaillit du cœur du Père avant que le monde existe, pendant que le monde existe. Aujourd'hui, en ce moment où nous sommes dans cette église, au moment même où je vous parle, le Christ Jésus est en train de jaillir du cœur du Père, car ce jaillissement est inextinguible, il est sans commencement ni fin. Alors, la naissance de Jésus à Bethléem, la naissance humaine de Jésus est comme l'écho de cette naissance éternelle, l'écho dans notre histoire, l'écho dans notre temps, dans la succession des événements qui fait partie de notre vie Jésus, le Fils, a accepté de restreindre en quelque sorte l'immensité de son éternité à ce petit corps d'enfant, à cet homme parmi les hommes, à ce moment parmi les moments. Il a accepté de tout recevoir semblablement à nous, y compris la succession du temps, car le Fils du Père qui éternellement est l'égal du Père, a bien accepté de naître, de commencer, de grandir, d'apprendre, de connaître, de vivre, de souffrir, de mourir, pour pouvoir ressusciter.

Oui, le Christ sur la terre, c'est le même que le Christ éternellement jailli du Père, mais qui s'est mis à notre portée, qui est entré dans notre modalité de vie. Saint Paul nous dit qu'il a accepté de tout quitter de ce qu'il avait auprès du Père pour se restreindre à être proche de nous, à être comme nous (Voir Phil. 2, 6-7). Seulement, si le Christ s'est fait semblable à nous, c'est pour que nous devenions semblables à lui. C'est pour que au-delà de notre temps, au-delà de notre histoire, au-delà des événements qui ponctuent notre vie, au-delà de tout ce que nous vivons, tout ce qui fait la trame de notre existence, nous entrions nous aussi dans cette éternité de Dieu qui n'a aucun rivage, qui n'a ni commencement ni fin. Nous sommes appelés à entrer dans la plénitude de l'amour de Dieu, c'est pour cela que Dieu nous a créés, et c'est pour cela qu'il a envoyé son Fils pour nous dire qu'il nous aime. C'est pour nous faire toucher du doigt que nous sommes aimés, car comme je le lisais tout à l'heure dans le Prologue de l'évangile de saint Jean : "Dieu, personne ne l'a jamais vu, mais le Fils nous l'a fait connaître", le Fils nous a révélé l'amour du Père, et le Fils nous conduit si nous nous laissons conduire par lui, d'événement en événement, d'histoire en histoire, de vie en mort, il nous conduit jusqu'à la vie éternelle où nous serons nous aussi pris dans ce jaillissement éternel d'amour qui sort du cœur du Père, qui engendre le Fils et nous fait naître à l'intérieur de cette vie et de cette vocation du Fils.

Oui, frères et sœurs, nous sommes greffés sur cette vie éternelle, cette vie inextinguible, cette vie sans cesse jaillissante. L'éternité ne se passera pas à attendre, mais à se laisser emporter par un élan qui n'a ni début ni fin, et qui est aussi plénitude éternelle de Dieu que ce que nous venons de dire du Fils.

Si vous le voulez, laissons nos cœurs être pénétrés par ce mystère. Nous ne pouvons pas, dans l'état présent, comprendre ce qu'est cette vie éternelle à laquelle nous sommes appelés. Nous pouvons, parce que Jésus nous l'a dit, parce que Jésus s'est manifesté à nous, parce que Jésus nous l'a dit avec des mots et dans une vie d'homme, nous pouvons croire à cet immense élan qui nous prend dès maintenant et qui nous conduira pour toujours dans la plénitude de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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