AU FIL DES HOMELIES

Photos

DEUX MILLE ANS, UNE PAILLE !

Hb 1, 1-6

(25 décembre 1999???)

Homélie du Frère Bernard MAITTE 

H

ier soir, à Rome, sa Sainteté le Pape Jean-Paul II a ouvert une Année Sainte, une Année Jubilaire. Et symboliquement il a ouvert une porte que l'on n'ouvre que pour les Années Saintes. Il l'a ouverte pour nous manifester que s'ouvrait pour nous l'année qui va nous conduire à célébrer deux mille ans de christianisme, parce que Jésus-Christ Fils de Dieu est né, il y a deux mille ans. Et chaque diocèse, c'est-à-dire chaque portion du peuple de Dieu confiée à un évêque, était invité à ouvrir aussi cette Année Sainte, ce Jubilé. C'est ainsi qu'hier soir, notre archevêque, Monseigneur Claude Feidt, à l'instar de l'évêque de Rome, Jean-Paul II a ouvert le Jubilé. Il est parti de l'église de la Madeleine, il est parti en procession vers sa cathédrale, là les trompettes ont résonné et la porte de la cathédrale s'est ouverte et le jubilé a été annoncé. Et puis, pour ne pas être en reste, vos serviteurs ont aussi ouvert le Jubilé hier soir, c'est comme ça qu'à l'annonce du Jubilé en le chantant, en reprenant "Noël Alleluia" il y a une pluie d'étoiles qui sont descendues des voûtes et je crois que tout le monde était sidéré, c'est le cas de le dire, et qu'il y avait quelque chose de féerique et de merveilleux.

       Deux mille ans, cela compte dans la vie d'un homme, seulement, on n'y arrive jamais à deux mille ans. Il paraît que ceux qui naissent en 1'an deux mille pourront voir le siècle suivant, puisqu'ils vivront au moins jusqu'à cent ans. Deux mille ans, c'est long peut-être, mais pour un Dieu, qu'est-ce que c'est que deux mille ans, j'ai envie de dire : "c'est une paille", parce que deux mille ans pour Jésus, c'est un peu une éternelle jeunesse, c'est une histoire qui n'a pas pris de rides. Nous quand on regarde passer les années, on dit : "le temps passe vite" et puis on voit surtout passer le temps sur le visage des autres, et l'on se dit : "tiens, celui-là il a encore pris une ride" ! Et l'on se réjouit parfois que pour nous, on a l'impression de mieux conserver notre temps, il y en a qui ont des notions différentes du temps, qui brûlent leur vie par les deux bouts, ceux-là autant dire qu'ils ne travaillent pas sur la quantité, mais sur la qualité du temps. Ce qui veut dire qu'en fait nous avons une notion de l'histoire qui est simplement due à notre manière de voir passer le temps, à ce que j'appellerai notre subjectivité.

       Et pour Dieu, deux mille ans de christianisme? Et bien, quand on a entendu deux des lectures de la messe d'aujourd'hui, on peut se dire d'abord une chose : c'est qu'un, Dieu n'a pas peur du passé. L'épître aux Hébreux commence ainsi : "Souvent Dieu par le passé Dieu nous a parlé, il a envoyé des prophètes, des patriarches", et c'est vrai que souvent Dieu a parlé, c'est ce que nous dit la Bible, au premier homme et à la première femme, il a parlé dans un monde qui construisait des tours de Babel, il y a de cela très longtemps un homme qui s'appelait Abraham, et il l'a mis en route, il l'a mis en marche. Et puis, devant les pyramides d'Egypte, Dieu n'a pas craint de parler à Moïse, et il a attendu qu'il devienne un simple pasteur pour lui dire qui il était, et Dieu n'a pas eu peur non plus des grandes nations qui pouvaient entourer son peuple, il a pris un petit garçon aux cheveux roux, David, derrière le troupeau, et il en a fait un roi, le roi d'une grande nation.

       Et puis l'Histoire passe, Dieu parle … et un jour, il a parlé à une femme, une simple femme, un petit bout de femme, et il lui a dit : "Le Seigneur est avec toi, tu es remplie de grâce ". Autant dire, je crois que Dieu était un peu amoureux :"tu es belle, tu es une femme, et j'ai envie de te faire un cadeau". Ce cadeau, c'est un enfant, mais pas n'importe quel enfant. C'est un enfant qui existe depuis très longtemps, et c'est ce que nous dit l'évangile, avec des mots un peu plus compliqués : "Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, la Parole de Dieu, le Fils de Dieu, et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous". Oh ! à cette femme qui devait avoir entre seize et dix-huit ans, Dieu lui dit : "Je vais te donner quelqu'un qui existe depuis longtemps, il existe depuis longtemps, oui, mais attention, il a besoin d'une chose, c'est d'être dans le présent".

       Et c'est le mystère de Noël : Jésus qui naît dans une crèche, qui est dans les bras de Marie, il faut imaginer Jésus comme Toscan, qui est là, il va, il vient, il babille, il veut découvrir le monde, et Jésus, c'est cela, c'est le présent de Dieu à travers l'humanité d'un enfant. Et c'est merveilleux. C'est ce qui nous réjouit à la fête de Noël, c'est ce qui fait que parfois on retrouve un peu son cœur d'enfant. On a des images du passé peut-être qui nous bercent encore, de nos Noëls d'antan et l'on a l'impression de retrouver d'un seul coup une certaine poésie autour de l'arbre de Noël et de la crèche. On se dit, le temps passe, et qu'advient-il maintenant dans le présent ? Ce présent de Dieu, ce n'est pas deux mille ans, c'est aujourd'hui, ce n'est pas souvent dans le passé, c'est aujourd'hui, ce n'est pas "au commencement", c'est aujourd'hui.

       Alors, que signifie pour nous de célébrer aujourd'hui Noël ? Je crois que c'est donner encore à Dieu la possibilité de croire qu'il a un avenir. Avez-vous remarqué combien nous avons du mal à croire, combien nous avons du mal à prévoir, combien nous nous méfions de l'avenir ? Du coup nous faisons le minimum, nous essayons de préserver les choses, nous essayons d'épargner et nous réduisons toutes choses, nous réduisons tellement notre vie qu'on a peur que les enfants justement n'aient pas d'avenir, alors on en fait moins. Pour nous qui voulons essayer de comprendre qui est Dieu dans notre monde d'aujourd'hui, que signifie la fête de Noël ? Et bien, je crois tout simplement que Dieu a encore de l'avenir. Dieu, ce n'est pas deux mille ans d'histoire, mais Dieu, c'est l'Histoire. Dieu c'est l'Histoire avec les hommes, et pas simplement les hommes qui nous ont précédés, parce que Dieu a commencé, il y a très longtemps à marcher avec les hommes, quand on regarde la création, cela fait des milliards et des milliards d'années, cela nous dépasse, et Dieu était déjà là, et Dieu veut être encore avec nous. Il veut que nous soyons ceux qui aujourd'hui, connaissons sa vie, son présent. Mais attention, pas un Dieu qui nous dépasse, qui est trop grand, pas un Dieu dont nous aurions peur, pas le Dieu de nos idées toutes faites, d'un Dieu qui serait un magicien et qui résoudrait nos problèmes, pas d'un Dieu mécanique et horloger qui réglerait les choses, mais d'un Dieu qui comme un enfant nous dit encore dans la petitesse, qu'Il est là. Finalement tant qu'il y aura des enfants il y aura encore un avenir pour Dieu, tant qu'il y aura des petits, il y aura un présent de Dieu, tant qu'il y aura des pauvres, Il y aura la manifestation du plus pauvre et du plus petit : Dieu homme parmi les hommes.

       Oui, tant qu'il aura des hommes, il y aura cette possibilité pour Dieu de se dire et d'aimer. Si nous, nous avons une vie réduite et ratatinée, ce n'est pas le cas pour Dieu, Dieu est grand, Dieu est amoureux, Dieu est un être passionné, c'est un passionné de l'homme. Dieu est un être d'avenir, il a de l'idée, il aimera encore l'homme, il voudra pour lui, il l'appellera, il le suscitera. Il a réussi à se faire tout petit, un bébé, et l'on est obligé de craquer devant un bébé, Dieu saura encore nous séduire. La seule chose qu'il nous demande, c'est que comme pour un enfant, on espère qu'il a de l'avenir, on peut croire en Dieu en lui disant : "Seigneur ce n'est pas deux mille ans, c'est l'éternité que tu as devant toi, tu as l'avenir parce que nous t'aimons, parce que tu nous aimes et que l'amour est éternel".

       AMEN


 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public