AU FIL DES HOMELIES

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NE CHERCHONS PAS DIEU DANS LES ÉTOILES, IL EST EN TRAIN DE NOUS LAVER LES PIEDS

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL


Crèche de Saint Jean de Malte

 

La lumière de la crèche est faite pour les yeux des hommes, cette lumière si douce et si tendre qu'il faut guetter pour l'apercevoir dans la nuit, elle est faite pour nos cœurs, elle est faite pour nos vies, elle est faite pour nous attirer à elle. Quelques bergers sont venus comme en précurseurs de toute l'humanité se pencher dans une petite crèche, alors que des millions d'étoiles brillaient dans le ciel, une seule a attiré leur attention, et cette petite lumière tendre et fragile de la nuit a guidé leurs cœurs et les a réjouis. Dans la crèche, pour rentrer, il faut se pencher un peu, on ne rentre pas la tête haute, et même les rois qui viendront après les bergers enlèveront couronnes et diadèmes et les déposeront au pied de l'enfant Jésus. Noël, curieuse fête, tout autant célébrée par ceux qui ne reconnaissent pas Jésus comme Christ que par ceux qui y croient. Noël, traditionnelle fête des enfants. La fête de la tendresse entre les parents et les enfants avec ses gros rubans rouges sur des grands cadeaux pleins de surprises, c'est aussi la fête de la délicatesse, comme cette petite lumière qui brille comme si nous avions assez de la lumière du grand jour et qu'il nous fallait quelque chose de plus doux pour que nous nous penchions un peu et pour nous inviter à une conversation plus intime entre nous et avec Dieu.

Il nous faut cette nuit de Noël parce qu'il nous faut refermer les yeux pour les ouvrir, pour les rouvrir sur une lumière bien plus douce, bien moins haras­sante que celle qui souvent obscurcit notre regard tant elle est cruelle, tant elle nous inonde de sa clarté cha­que jour, il nous faut apprendre la nuit pour réappren­dre le jour, le vrai jour, celui de Dieu, celui qui com­mence à poindre, l'espérance nouvelle. Et ainsi nous sommes là dans cette crèche, au début comme pou­vant tenir l'évangile d'un seul tenant, nous sommes tout au dé-but, nous pouvons essayer de tout com­prendre d'un coup, en nous agenouillant devant la majesté d'un Dieu qui s'est fait d'abord enfant. Il nous est possible ce matin de tout reprendre, de tout com­prendre, de tout saisir en notre cœur en disant : "Il est là celui qui me tient et celui qui tient dans le monde". Et rien de plus.

"Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par Lui, ce qui fut par Lui était la vie et la vie était la lumière des hom­mes et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie".

Le chant du premier amour entre Dieu et l'homme, le chant qu'il nous faut réentendre, qui a pris naissance dans les grandes prophéties lorsque Dieu disait à son peuple : "Je t'ai choisi, Je t'ai modelé, Je te veux, je t'ai saisi par la main car tu comptes à mes yeux, tu as du prix et Je t'aime" (15. 43). Isaïe pro­clamant à son peuple cet immense amour de Dieu, préparant comme dans un écrin, l'Incarnation de notre Dieu. Mais il fallait que l'obscurité retombe pour que cette lumière si fragile, puisse de nouveau se faire voir à nos yeux. Elle est trop subtile pour que Dieu ait choisi de la mettre en plein projecteur, il fallait comme la cacher, car tout ce qui est caché nous invite à une espèce d'humilité profonde : une confidence du cœur de Dieu, de son Verbe.

"Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu. Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas sai­sie et ne le saisiront jamais". Ainsi Dieu vient visiter cette terre, Dieu prend chair, Dieu nous aime telle­ment qu'Il a décidé qu'un homme serait Dieu : Jésus Christ. Oui, frères et sœurs, mais il manque un autre élément, il manque un autre versant et si nous nous arrêtions là, nous n'aurions pas saisi l'essentiel du message de l'évangile. Pour mesurer réellement l'in­tensité de l'amour de Dieu, non seulement Dieu s'est fait homme, c'est le premier prix qu'Il paie pour nous sauver. Mais Dieu s'est fait homme afin que l'homme devienne Dieu. Nous sommes rentrés dans la crèche, nous avons goûté, nous nous sommes consolés pro­fondément aux pieds de Jésus, dans cette majesté pleine de puissance et de gloire paradoxalement au pied de cet Enfant innocent, consolés, nous pouvons repartir parce que nous savons que ce que nous som­mes, c'est Dieu, du "divinisable". Votre prochain, c'est Dieu possible, votre femme, votre enfant, vos parents, c'est Dieu possible. Et si nous repartons de la crèche, c'est avec cette conviction profonde : nous pouvons accumuler toutes nos peines, toutes nos souffrances, toutes nos misères ou nos orgueils, mais ceci reste indéracinable Dieu s'est fait homme afin que l'homme devienne Dieu.

Frères et sœurs, il n'est pas possible que vous repartiez de cette église sans vous sentir un peu sou­tenus, tirés par le haut vers le ciel, quelque part en vous Dieu commence à grandir, vous êtes des futurs de Dieu, des futurs enfants de Dieu. Et c'est là l'espoir et l'espérance nouvelle que nous pouvons avoir ce matin, il n'y en a pas d'autre, ni de plus grande. Et après notre visite intime à la crèche, la Lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont point sai­sie, nous repartons avec le Verbe qui nous ensemence comme une terre nouvelle, qui nous revêt d'une cara­pace indestructible, l'espérance de l'homme face à ce monde qui sait qu'il est appelé à devenir Dieu parce que Dieu l'a voulu. L'amour de Dieu est si profond qu'Il ne s'est pas contenté de descendre, mais en re­montant Il nous emmène avec Lui, Il nous tire avec Lui.

C'est ce qu'on va faire à l'instant pour Julie et pour Thomas, on va signifier aujourd'hui pour eux et en eux Dieu possible, ce programme étonnant d'éter­nité que Dieu commence dès cet instant en chacun de nous, qui va commencer pour Julie et pour Thomas, deux êtres aussi fragiles et aussi tendres que la nuit de Noël, aussi tendres que Jésus Lui-même dans sa crè­che. Mais, frères et sœurs, avant de devenir Dieu, ce qui est le terme, avant, maintenant, dans les jours qui suivent, dans les mois qui vont venir, dans les années, dans tout ce que nous aurons à traverser en courbant un peu l'échine ou en relevant la tête, en essayant d'éviter que l'orgueil, que la satisfaction, le bonheur d'être soi ou la souffrance, l'épreuve ou le repli, ne nous enferme et nous dessèche, et en maintenant en nous ce désir profond d'aller vers Lui, de devenir ce qu'Il est, essayons déjà de voir que chacun de nos gestes, chacune de nos démarches est déjà un reflet de Dieu. Un écrivain faisait dire à Dieu "... parce que je me suis fait homme, plus rien d'humain ne m'est étranger". Dieu est venu visiter de l'intérieur notre humanité afin d'en pénétrer tous les volumes et de ne rien laisser au hasard. C'est le programme de ce temps d'aujourd'hui, le temps de la divinisation, comme se­mer jour après jour afin qu'un jour en notre propre être éclate définitivement dans l'amour de Dieu le prix de cet amour : "tu es devenu ce que je voulais, c'est-à-dire Moi.

Frères et sœurs, voilà l'espérance que nous nous donnons ce matin, les uns aux autres, à cause du Christ. Dieu a pris chair, le Verbe s'est incarné afin que nous devenions Dieu comme Lui. Et c'est vrai qu'il nous faudra marcher maintenant jusqu'à Pâques, jusqu'à la Résurrection en passant par les années de silence à Nazareth. Alors nous tenons l'évangile d'un bout à l'autre. Noël, c'est l'occasion de tout saisir en­semble En ce temps de la crèche nous emportons avec nous toute l'histoire qui suit. Et nous irons jusqu'à la croix, celle que nous connaissons pour nous-mêmes, nous irons jusqu'à la Lumière de la Résurrection, celle-là beaucoup plus totale et beaucoup plus fulgu­rante que la lumière de Noël. Mais il nous fallait commencer par cette lumière intime de Noël pour nous habituer à devenir Dieu. Il faut bien commencer un jour, il faut bien commencer à s'apprivoiser à ce merveilleux dessein de Dieu. Alors frères et sœurs, ne cherchons pas Dieu dans la lune, nous Le trouverons en train de nous laver les pieds.

 

AMEN

 

 

 
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