AU FIL DES HOMELIES

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PAR SA NAISSANCE, IL OUVRE NOTRE AVENIR

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 1989)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

"Et le Verbe s'est fait chair et nous avons vu sa gloire, gloire du Fils Unique plein de grâce et de vérité". Frères et sœurs, qu'est-ce qui se passe dans la tête d'une mère ou d'un père lors qu'il leur arrive de se pencher sur le berceau de leur enfant nouveau-né. C'est vrai, ils sont saisis d'une sorte d'émerveillement parce que ce qui vient de s'accomplir par eux est vraiment d'eux et cependant les dépasse, c'est plus grand qu'eux. Pour un père ou pour une mère, donner vie à un enfant c'est recevoir tout à coup dans leur être même, à travers cet enfant, une sorte de dimension d'existence plus grande qu'eux-mêmes. Ils sont pour ainsi dire magnifiés, ils sont agrandis par cette vie qui pourtant est née d'eux et de leur amour. Qu'est-ce qui leur donne ce sens que dans ce tout petit enfant à qui ils ont donné la vie, il y a quelque chose de plus grand qu'eux-mêmes ? Qu'est-ce qui fait à ce moment-là que pour des parents il y a une joie si évidente, si profonde qui à la fois les concerne chacun personnellement et tous les deux ensemble ? Qu'est-ce qui fait qu'ils voient dans la naissance de cet enfant une sorte de plus par rapport à cette réalité déjà si grande qui est leur amour ?

Je crois que c'est le fait que lorsqu'un enfant naît, c'est un avenir qui s'ouvre et que les parents sont là devant cet enfant avec une sorte de vénération, plus que de la tendresse, presque une sorte de crainte, peut-être tel ou tel d'entre vous, a-t-il éprouvé cela parce que c'était trop grand, une sorte de respect infini devant cette vie qui commence à se manifester au grand jour. Devant cet enfant qui est venu au monde par eux, ils s'aperçoivent que cet enfant vient à son avenir et que même si on ne sait absolument pas de quoi cet avenir sera fait et c'est peut-être ce qui peut provoquer dans le cœur des parents une sorte de crainte mais même si on ne sait pas, on sait qu'il y a là, tout frais, intact, merveilleux, un avenir d'une vie d'homme, d'une vie humaine. Et cela pour nous, hu­mains, c'est une des choses les plus bouleversantes, de savoir que pour un père et une mère, dans leur amour, l'avenir d'un autre être à qui ils ont donné la vie leur est confié. Ils deviennent du même coup, non seulement à la dimension de leur amour à eux, mais ils deviennent à la dimension de cet avenir de leur propre enfant à qui ils ont donné la vie. Une naissance, c'est une ouverture d'avenir et c'est pour cela que c'est si grand. On ne sait absolument pas ce qui va se passer, mais on sait que là, dans cet enfant, dans cette petite chair qui commence à vivre, il y a un avenir. Et devant cela on est saisi d'une sorte d'émerveillement, de respect, de tendresse, d'amour et comme je vous le disais presque aussi de crainte. Une naissance c'est une ouverture à l'avenir.

Vous comprenez pourquoi nous célébrons aujourd'hui la naissance de Dieu. C'est la même chose, mais infiniment plus. La naissance de Jésus, c'est un mystère encore plus grand. Pourquoi ? il fal­lait avoir l'imagination de Dieu peur se dire qu'effec­tivement Il pourrait nous faire comprendre qui nous sommes en prenant exactement la même condition que nous, celle d'un enfant. Lorsque nous célébrons aujourd'hui l'Enfant de Bethléem, c'est vraiment un enfant que nous fêtons, c'est le Fils, le fils d'une femme, la vierge Marie, le fils de notre humanité, totalement solidaire de notre humanité, et lorsque Marie s'est penchée sur son enfant, elle a éprouvé peut-être encore plus fortement plus profondément cette joie et cet émerveillement que toute mère connaît, lorsqu'elle a mis son enfant au monde. Elle s'est penchée sur l'avenir de son fils Jésus, elle l'a adoré, elle s'est émerveillée devant cet avenir qui Lui était ainsi donné. Mais en même temps cet avenir du Fils de Marie est plus grand que tous les avenirs, car il est un avenir qui s'est ouvert dans notre monde, dans notre humanité mais pour nous ouvrir à tous un avenir de fils de Dieu. Le mystère même que nous fêtons aujourd'hui, c'est cela. A travers la naissance de Jésus, à travers un Dieu qui se fait homme et qui, en entrant dans notre histoire et dans notre humanité, nous montre ce que c'est vraiment que de naître, que d'être un homme, c'est-à-dire de s'ouvrir à un avenir, Il nous dit en même temps que cet avenir est infini­ment au-delà de ce que nous avions pu imaginer.

Le Verbe s'est fait chair, Il a ouvert un avenir humain, mais nous avons vu sa gloire. Car l'avenir qu'Il ouvrait n'était pas simplement de l'ordre d'une perspective humaine , "il fera Polytechnique", l'avenir qu'Il ouvrait, c'était la gloire de Dieu. Désormais tout homme a comme avenir la gloire de Dieu.

Lorsque Jésus naît à Bethléem, nous voyons se manifester la gloire. "Plein de grâce et de vérité". Mais qu'est-ce que cela veut dire : "la grâce", sinon ce rayonnement d'un être. Et qu'est-ce que veut dire : "la vérité" sinon que ce rayonnement ne peut pas être du toc, ne peut pas être du clinquant ou du strass comme au music-hall, mais que la vérité, c'est ce que nous sommes, c'est ce que Dieu va bâtir de nous. Et donc lorsque les bergers sont allés à Bethléem, lors­que les mages ont adoré l'Enfant, lorsque Marie et Joseph accueillent cette vie comme un nouvel avenir au cœur des hommes, en même temps, dans le même geste, dans la même contemplation, ils découvrent leur avenir de gloire, notre avenir de gloire.

C'est pour ça que ce matin, lorsque nous nous retrouvons dans cette église, au moment où nous allons baptiser quatre d'entre nous, c'est le plus beau Noël qui se puisse fêter. Nous sommes amenés ici, en Église comme peuple, comme les mages, comme les bergers, nous sommes venus chacun de nos diverses occupations qui ne sont plus de garder des moutons, mais qui sont les occupations de la vie courante. Cha­cun d'entre nous ici est avec tous les autres rassemblés dans cette église comme les bergers autour de la crè­che, comme Marie qui contemple son Fils, et nous contemplons désormais le Christ qui ne cesse de naî­tre, de surgir en chacun d'entre nous et d'abord dans la vie nouvelle que vont recevoir ces enfants : Charlotte et Camille, Jean-Baptiste et Arthur. C'est cela le mystère de Noël : le Christ qui naît comme avenir de l'homme, comme avenir de gloire, non pas un avenir d'ostentation, de jouer au plus fort, mais un avenir comme celui qu'on peut entrevoir lorsqu'on contemple un enfant dans son berceau. On ne pense pas d'abord à la réputation qu'il aura, on pense tout simplement qu'il est fait pour le bonheur.

C'est cela que nous fêtons ce matin dans cette église. Dieu a ouvert pour chacun de nous l'avenir de la gloire, l'avenir de l'amour de Dieu, et c'est pour cela que nous disons simplement a tous ceux qui croient en Lui, Dieu a donné de devenir enfants de Dieu ". Et à ce moment-là, on n'est plus né simplement de la chair et du sang. Tout le monde sait ce que c'est grand que la naissance de la chair et du sang, que de donner la vie, que d'avoir reçu la vie. Mais maintenant nous sommes nés de Dieu. Ce ne sont plus simplement nos parents qui nous ouvrent un avenir, c'est Dieu Lui-même qui ouvre un avenir à ses enfants.

Vous me direz : "C'est très beau quand il s'agit des enfants qu'on baptise, mais nous, notre ave­nir d'une certaine manière il est déjà un peu derrière nous, notre avenir, nous avons déjà mordu dedans à belles dents et nous ne savons plus très bien, il nous paraît terriblement conditionné par notre passé, il nous paraît terriblement limité aujourd'hui, selon l'âge qu'on a, selon les projets d'avenir que l'on a, selon la manière dont on a réussi dans la vie. Alors cet avenir de gloire, qu'est-ce que c'est aujourd'hui ?" Mais précisément si nous-mêmes, à certains moments, nous avons envie de nous lasser de notre histoire, soit parce que nous sommes fatigués de notre passé, soit par une sorte d'amertume du présent ou peut-être par désespérance vis-à-vis de l'avenir, si nous sommes lassés, c'est que nous n'avons pas encore compris le texte de saint Jean. Ce texte, il est tout simple, il nous dit qu'aujourd'hui, si limités, si pauvres et si pécheurs que nous soyons, nous avons toujours notre avenir en Dieu, et que même si, à certains moments, nous-mê­mes, nous ne croyons plus à notre avenir, eh bien Dieu continue à y croire. Et c'est cela précisément, ce que nous célébrons aussi aujourd'hui, cet avenir que Dieu nous ouvre, cet avenir de gloire nous sommes nous aussi, si pécheurs que nous soyons, destinés à la grâce, c'est-à-dire à laisser rayonner de nous ce bon­heur qui vient de Dieu, et à la vérité, c'est-à-dire à ne pas nous contenter d'illusions ou de fausses réussites, mais à trouver cet être véritable à partir duquel nous sommes bâtis en Église, en enfants de Dieu.

Frères et sœurs, quand nous nous disons au­jourd'hui : "Joyeux Noël", nous ne satisfaisons pas simplement à un rite d'une fête de l'enfance, à une sorte de nostalgie de ces bons moments que nous avions quand nous étions petits et que nous essayons de retrouver sur le visage et le sourire de nos enfants. Mais lorsque nous fêtons Noël et que nous nous di­sons "Joyeux Noël", nous disons "Joyeuse Nouvelle". Et cette nouvelle, c'est l'avenir que chacun d'entre nous, aujourd'hui, reçoit de Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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