AU FIL DES HOMELIES

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LE FILS NOUS RÉVÈLE LE PÈRE

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, cette nuit nous étions à Be­thléem, avec Marie, Joseph, avec les bergers, avec l'âne Martin. Ce matin, à la messe du jour, l'Église nous propose une méditation plus fon­damentale, plus essentielle du mystère de la naissance de Jésus. Les textes que nous venons de lire sont parmi les plus hauts, les plus profonds, les plus diffi­ciles aussi de toute l'Écriture, et ils nous invitent à creuser la signification de cet événement qui s'est passé il y a près de deux mille ans à Bethléem.

Plus précisément, ces textes mettent en rap­port cette naissance de Jésus, Fils de Marie, dans la grotte, en cette nuit de Noël, ils mettent en rapport cette naissance avec la naissance éternelle du Fils jaillissant du sein du Père.

"Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu". L'évangile de saint Jean nous transporte d'un seul coup à l'origine, au-delà de l'ori­gine de toutes choses, au sein de l'éternité même, quand le Fils sort en quelque sorte du sein même du Père. Dire que le Fils est engendré par le Père, c'est évidemment une manière approximative de s'expri­mer. Et même si c'est la Bible, donc l'Esprit Saint, qui nous transmet ces paroles, ces mots, ce ne sont que des mots humains pour essayer d'entrevoir, d'appro­cher le mystère qui est bien au-delà de ce que tout homme peut concevoir et à plus forte raison exprimer. Parler de naissance à propos du Fils et de son Père, parler de Fils et de Père, ce sont des images humaines. Ce que nous voulons dire, ce que l'Écriture veut dire, ce que le saint Esprit veut dire à travers ces mots, c'est cette intimité fondamentale, radicale de Dieu le Fils, Celui qui s'incarnera dans le sein de Marie à Bethléem, Jésus, l'intimité fondamentale, éternelle de ce Fils avec Dieu le Père.

Il y a entre le Père et le Fils une communion tellement profonde, tellement essentielle, notre foi dit : "de même nature que le Père", et encore cette traduction n'est qu'approximative, la véritable signification, c'est "consubstantiel", un mot bien difficile, que Jésus, Dieu le Fils, est Dieu avec la même intensité, la même radicalité que Dieu le Père. Et c'est ce que nous exprimons par cette image de la naissance. Et encore le même évangile de saint Jean nous dira : "le Fils qui repose dans le sein du Père", encore une image pour essayer de dire quelque chose de cette essentielle communion du Père et du Fils.

Parce que le Fils est ainsi éternellement et profondément uni au Père, Il Lui est en tout sembla­ble. Et c'est pourquoi l'épître aux Hébreux que nous lisions tout à l'heure, nous dit que : "Il est le resplen­dissement de sa gloire, l'effigie de sa substance", effi­gie, c'est comme l'image imprimée sur une monnaie et qui est le signe indiscutable, authentifié, la garantie de Celui dont l'image nous est ainsi transmise. "Effigie de la substance du Père", ailleurs saint Paul nous dira qu'Il est l'image de Dieu, l'image non pas en un sens diminué, dérivé, mais image au sens où tout ce qui est dans le Père se trouve réalisé parfaitement dans le Fils, une image qui est véritablement la reproduction à l'identique de Celui dont elle est l'image.

Et parce que le Fils est cette image parfaite du Père, Il est le resplendissement du Père c'est-à-dire Il est la communication, Il est la révélation, Il est la manifestation de cet être profond de Dieu, de ce secret intérieur de Dieu. Saint Jean nous le dit encore dans ce texte que nous venons de lire : "Dieu, personne ne L'a jamais vu". Dieu est invisible, Dieu est infini, Dieu est transcendant, Dieu est au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, imaginer, Dieu échappe totalement à nos prises, et c'est bien en quelque sorte le drame de l'homme en face de Dieu, de ne jamais pouvoir le toucher, de ne jamais pouvoir L'éteindre, de ne jamais pouvoir s'approcher de Lui. Ce Dieu en quelque sorte inaccessible, transparent, qui sans cesse est au-delà de tout ce que nous pouvons dire et penser de Lui, eh bien "Dieu, personne ne l'a révélé, le Fils nous L'a fait connaître, le Fils nous l'a manifesté.

Le Fils en prenant un visage d'homme, une chair d'homme, une chair que l'on peut toucher, que l'on peut palper, un visage que l'on peut regarder, contempler, un sourire qui peut se communiquer, une parole qui peut s'entendre, le Fils en devenant homme, Jésus Christ, nous fait connaître l'invisible de Dieu, rend visible ce qui échappe radicalement à tou­tes nos prises et à tout ce que nous sommes.

"Le Fils nous l'a révélé". Et c'est ce que veut dire saint Jean quand il appelle ce Fils, le Verbe de Dieu. Le Verbe : qu'est-ce que cela veut dire ? cela veut dire parole, la parole c'est l'expression même de notre pensée, c'est-à-dire de notre être profond. Quand notre cœur est rempli d'une pensée, elle va s'exprimer, se manifester, se communiquer par une parole. le verbe, la parole est la manifestation du secret intérieur du Père. Ce Dieu que personne n'a jamais vu, voilà que le Fils le fait visible, nous le rend accessible. C'est pour cela que le Fils est né de Marie afin de nous faire connaître ce mystère de Dieu qui est à la fois le centre de notre vie et en même temps qui jus­que-là nous était inaccessible.

Mais il y a davantage encore. Car en nous créant, le Père a eu un dessein, Il a eu un projet en créant l'homme au centre du monde, Dieu a voulu que cet homme soit en communion avec Lui, nous seule­ment puisse l'entrevoir et connaître quelque chose de Lui, mais entre en communion de vie avec Lui, en partage de vie. Dieu a voulu que nous soyons ses en­fants, des enfant vivant dans l'intimité de leurs pa­rents, des enfants ont même nature que leurs parents, des enfants reçoivent la vie de leurs parents. Dieu veut que nous soyons ses enfants, c'est-à-dire Dieu veut que notre vie jaillisse de sa vie, que notre vie soit communion avec sa joie, que notre vie soit participa­tion à son mystère, que notre vie nous fasse en vérité de la race de Dieu, enfants de Dieu, participant à toute la richesse de Dieu.

Et c'est cela qui est exprimé dans le début même de la Bible quand Dieu, S'adressant à son Fils et à l'Esprit Saint, leur dit : "faisons l'homme à notre image" (Genèse I,26). L'homme, image de Dieu, c'est-à-dire l'homme à la ressemblance de Dieu, l'homme participant à la vie même de Dieu, l'homme partici­pant à la nature de Dieu, l'homme en communion intime avec Dieu. "Faisons l'homme à notre image".

Si le Fils est l'image parfaite du Père, pour nous, être à l'image et à la ressemblance de Dieu, c'est devenir conformes au Fils, nous configurer au Fils qui est l'image même de Dieu, l'image même du Père. C'est pour cela que le Fils a pris notre ressemblance afin de faire resplendir en nous cette ressemblance de Dieu qu'Il porte en perfection en Lui-même. Le Fils est la parfaite image du Père. Et Dieu a voulu nous créer à son image. Et c'est pourquoi nous devons devenir semblables au Fils pour être parfaitement, nous aussi, image du Père, comme le Fils l'est de toute éternité. Ce mystère de communion intime, intense du Fils avec le Père, voilà que Dieu veut l'ouvrir pour nous y faire entrer, Il veut que nous devenions participants de cette intimité entre le Fils et le Père qui est, de toute éternité, la joie, le bonheur même de Dieu. Il veut que nous devenions enfants de Dieu, fils du Père comme Jésus est le Fils du Père.

Il est le Fils Unique et, dans le Fils Unique, nous sommes adoptés pour être nous aussi fils en vérité, fils en réalité, en profondeur. Jésus, le Fils du Père, a pris notre ressemblance pour nous donner sa ressemblance, pour que nous soyons semblables au Père, pour que nous soyons véritablement de la race de Dieu, de la famille de Dieu, de la nature de Dieu, enfants de Dieu.

Et le baptême que nous allons donner mainte­nant à Agnès est le geste symbolique par lequel Dieu nous communique, à travers le Fils, cette ressem­blance avec Lui. En plongeant symboliquement cette enfant dans l'eau, en l'ensevelissant dans l'eau, c'est dans la présence même de Dieu, c'est dans l'image même de Dieu que nous la plongeons, que nous l'en­sevelissons. Cette eau n'est qu'un signe, mais un signe qui nous donne la réalité dont il est porteur, cette eau est le signe de la vie même de Dieu qui nous est communiquée pour que nous soyons enfants de Dieu, fils du Père comme Jésus est le Fils unique et parfait du Père. Et dans cette eau du baptême va naître en Agnès l'image de Dieu, la ressemblance de Dieu, cette ressemblance, cette effigie cachée au fond de son cœur et qui va peu à peu grandir en elle, resplendir en elle pour qu'elle soit, comme Jésus, le resplendisse­ment de la présence de Dieu. Etre chrétien, c'est por­ter en soi cette image de Dieu, la laisser s'épanouir pour que nous puissions tout à la fois communier pleinement avec Dieu et manifester à tous nos frères, aux hommes, comme Jésus l'a fait, manifester la pré­sence de Dieu dans le monde, l'amour de Dieu pour nous, la communion de Dieu avec les hommes.

Frères et sœurs, en ce matin de Noël, rendons grâce à Dieu qui nous a adoptés pour ses enfants, qui nous a donné de participer au mystère même de son Fils, rendons grâce à Dieu qui va nous donner, en Agnès, ce rappel de notre propre baptême, de notre propre entrée dans la vie même du Père.

 

 

AMEN

 

 
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