AU FIL DES HOMELIES

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J'AI FAIT UN RÊVE : LE NOËL DES CINQ SENS

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J'ai fait un rêve assez indescriptible. Cela commençait étrangement, d'abord c'était plutôt comme une odeur, j'ai senti quelque chose et, en cherchant ce que c'était, j'ai compris que ça me rappelait l'odeur de l'encens. C'était une atmosphère que je sentais bonne, pleine de douceur, puis j'entendis une voix qui me dit : "C'est le Seigneur". Et à cette voix que j'ai entendue, tout mon corps a tressailli car j'ai senti autour de moi la présence de quelqu'un. Puis j'ai vu une grande lumière qui me montrait toutes choses dans la vérité de ce qu'elles sont. Et enfin quelque chose d'étrange encore m'est arrivé, je me demandais et je me disais : "mais où est le Seigneur " ? Et alors je ressentis en moi comme le goût intérieur de la présence de Dieu et je goûtais et je voyais que le Seigneur était bon, que le Seigneur était en moi. Au petit matin, en me levant, je n'étais pas très frais. Et je me demandais ce qui m'était arrivé. Était-ce un rêve ? ou plutôt un songe ? Mais vite, mes questions s'arrêtèrent là, je fis comme d'habitude. J'ai ouvert ma fenêtre, j'ai senti l'air frais du matin, j'ai vu la croix encore prise dans les brumes du jour, j'ai entendu l'Angélus de la cathédrale qui sonnait avant la nôtre. Puis j'ai frissonné me sentant touché par toute la solitude qui parfois qui m'étreint. Et dans la bouche, j'avais le goût à la fois familier et presque insipide des mauvais jours. Les cinq sens de mon être n'avait pas gardé trace des cinq sens de mon rêve. Mais d'un seul coup, je réalisais que c'était Noël. C'est Noël, Bernard. Qu'est-ce que cela change qu'aujourd'hui ce soit Noël ? Qu'est-ce que cela apporte de plus de savoir qu'il y a 2000 ans un homme est né que l'on dit Dieu et qui a dit des paroles étonnantes, qui a parfois bouleversé la vie de quelques-uns dont on parle encore aujourd'hui. C'est Noël. Mais Noël, est-ce que ça a changé quelque chose dans le monde depuis 2000 ans, depuis que Jésus est né ? Ce message de paix, message de vérité, qu'a-t-il transformé ? L'histoire n'a cessé de se succé­der en guerres et en mensonges. Alors qu'est-ce que Noël a changé dans ma vie et dans ce monde ?

Mon rêve alors prit un sens. Noël était un sens à ma vie. Mes cinq sens pouvaient connaître Dieu. Je me souvins alors du témoignage d'un certain saint Jean, évangéliste, qui me parle dans l'Écriture, Parole de Dieu, de ce Jésus, le Prince de Paix, de ce Jésus, le Sauveur du monde, de ce Jésus, la lumière véritable, de ce Jésus, le Verbe de Dieu, de ce Jésus qui est, qui était et qui vient, de ce Jésus qui n'est pas simplement un homme, mais qui est Dieu. Alors ce message de Noël, c'était celui de comprendre que, dans notre humanité, Dieu s'est manifesté, que Dieu a pris chair de la vierge Marie, qu'Il s'est fait homme : le Verbe s'est fait chair et Il a habité parmi nous. Dieu a donc voulu habiter, vivre, demeurer dans notre hu­manité. Et cela pour nous apporter la plénitude de sa vie, pour donner sens à notre vie et à notre monde. Et c'étaient ces vérité qui doit à la fois changer mon cœur, changer notre cœur et changer le cœur de tous les hommes, et pourquoi pas le cours de l'histoire.

"Nous avons vu sa gloire". C'est saint Jean qui le dit. Nous avons vu sa gloire, alors, frères et sœurs, ce ne sont pas aujourd'hui des paroles en l'air que nous avons entendues. Certes nous avons l'im­pression dans l'évangile de saint Jean que l'on plane un petit peu au-dessus des têtes : "Le Verbe est de Dieu, le Verbe était auprès de Dieu". Ce Verbe, c'est Jésus et Il vient en nous, dans notre chair. Mais pla­nons-nous vraiment ? le chrétien est-il celui qui plane au-dessus de toutes choses ? Je ne le crois pas, car nous avons parfois un seul regard sur l'histoire de ce Dieu qui vient nous sauver, qui vient nous sauver en la personne d'un enfant. Nous avons l'impression lorsque Dieu vient dans notre humanité, qu'Il révèle enfin la plénitude de sa divinité. Cela est vrai, frères et sœurs. Mais Jésus fait quelque chose de mieux, de plus profond. Il nous révèle, Il nous manifeste à nous-mêmes, dans tout notre corps et notre âme, la pléni­tude de notre humanité.

Jésus ne manifeste pas seulement Dieu mais aussi l'homme, Il proclame la grandeur et la dignité de notre humanité. Il manifeste, c'est-à-dire qu'Il nous révèle à nous-mêmes, il nous dit ce que nous sommes en vérité et dans la grandeur et la plénitude de ce que nous sommes. Il s'incarne en nous pour qu'à travers mes sens je le connaisse et comprenne ma vocation. C'est comme ça que nous pouvons comprendre que le christianisme n'est pas une idée, n'est pas un concept qui va nous faire planer très loin, qui va nous faire sortir enfin de ce marasme de notre humanité pour accéder à la divinité. Mais non, c'est Dieu qui atteint notre humanité pour nous révéler qu'elle est appelée à la plus grande gloire, à la gloire de sa divinité, qu'il nous faut passer par cette humanité, passer c'est-à-dire faire la Pâque en nous-mêmes pour accéder à Dieu. Et c'est cela que nous révèle aussi le message de Noël. Le christianisme n'est donc pas simplement une idée, mais il s'incarne en nous-mêmes. Mieux, c'est une personne, c'est Jésus qui, en nous-mêmes, accomplit et achève ce que nous sommes. C'est pourquoi, Si nous jetons simplement un regard sur l'histoire, nous pourrons comprendre que toutes les erreurs de notre monde ont toujours été une fausse vision de l'homme. Et je n'en prendrai que deux exemples parlants.

Le nazisme est une erreur sur ce qu'est l'homme. Le nazisme, s'appuyant sur le concept nietz­schéen du surhomme estime que tout ce qui ne correspondrait pas à ce surhomme n'est pas viable, c'est une erreur sur ce qu'est l'homme, c'est une fausse vision de la personne humaine. Le communisme aussi est une fausse vision de l'homme. Croire que le bonheur est atteignable dans notre monde et que nous sacrifions, sur l'autel du matérialisme, l'homme pour accéder à cène plénitude du bonheur, c'est encore une fausse vision de l'homme. C'est une falsification de ce qu'est l'homme. Falsification dans le nazisme de la dimension transcendantale de l'homme. Falsification dans le communisme de la béatitude éternelle qui oriente toute la vie de l'homme.

C'est pourquoi, frères et sœurs, il est impor­tant que la foi ne soit pas une idée, que la foi soit en nous vie, espérance et que cette vie et cette espérance s'enracinent et s'incarnent dans ce que nous sommes le plus profond des êtres d'amour, crées pour connaî­tre la bonheur dans l'amour de Dieu. Et c'est ça que Jésus nous apprend. Mais faisons attention. Notre monde n'est pas non plus à l'abri d'une fausse vision de l'homme. Notre société tient souvent à combler tout notre sens de Dieu et ceci en passant par nos sens. C'est pourquoi "on ne se sent plus" comme on dit, et on laisse grandir notre orgueil plutôt que d'être en odeur de sainteté. Il vaut mieux fermer ses oreilles, être dans le bruit et l'isolement de son walkman pour ne plus être apte à écouter l'autre et aussi le Tout Au­tre. Nos yeux seront rassasiés de toutes les images possibles et inimaginables qui défilent sur le nouvel autel de nos sociétés la télévision, afin de n'avoir plus à contempler en l'autre le visage de pauvreté et de dépouillement de Jésus. Nous préférerons sacrifier nos corps au laisser aller moral pour ne plus avoir à comprendre quelle est la vocation profonde de notre humanité, de notre corps appelé à la rencontre pro­fonde avec l'autre dans la communion. Nous serons gavés quitte à perdre le goût de la vie, plutôt que de goûter et apprécier la beauté de cette vie, la grandeur de notre humanité et voir et goûter combien le Sei­gneur est bon.

Frères et sœurs, cela aussi, c'est une fausse vi­sion de l'homme. Cela aussi, c'est une falsification. Cela aussi, ce n'est pas Noël ou sinon c'est Noël avorté. Alors ne soyons pas des êtres infirmes, car pour être moral, pour vivre de Dieu, Il ne faut pas couper tous nos sens. La moralité n'est pas au prix de l'infirmité. Non, notre joie, notre espérance va se nourrir de cette personne qu'est Jésus dont nous avons vu la gloire et ainsi être tout à fait orientée dans ce que nous sommes fondamentalement, c'est-à-dire des êtres bons et constitués pour la béatitude et pour la grandeur de Dieu, pour que notre humanité et tout ce que nous sommes soit récapitulé et pris en Dieu, pour que tous nos sens, tout ce que nous sommes puissent connaître et comprendre Dieu. Pour que nous puis­sions dire avec saint Jean : "Ce que nous avons en­tendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, car la vie s'est manifestée nous l'avons vu, nous en rendons témoignage et nous vous annon­çons cette vie éternelle" (I Jean l, l-2). C'est pourquoi les sacrements qui nous donnent toute cette vie éter­nelle, s'adressent aussi, non seulement à notre intelli­gence, mais aussi à nos sens, pour que notre corps soit plongé dans l'eau, dans l'amour de Dieu, pour que l'eucharistie vienne en nous et nous transforme de l'intérieur, pour que la prière soit cette bonne odeur qui monte auprès de Dieu, pour que mes oreilles puis­sent entendre et accomplir la Parole, le Verbe de Dieu, pour que je puisse dire avec saint Jean en contemplant le monde, en voyant les hommes, en les aimant "j'ai vu la gloire de Dieu.

Frères, si Noël était autre chose qu'un beau rêve, que le rêve que j'ai fait, et si Noël, c'était cette réalité de notre terre d'un enfant qui naît pour nous révéler, nous manifester, donner un sens à ce que je suis un homme, comme le disait Pascal, qui passe l'homme, c'est-à-dire appelé dans ma chair, dans mon humanité à la plénitude de la gloire de Dieu pour le salut du monde.

 

 

AMEN

 

 
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