AU FIL DES HOMELIES

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NOËL : UN DIEU JEUNE

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 1996)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Qu'est-ce qui fait courir le monde? J'ai eu une petite interprétation sur ce qui peut faire courir le monde, il me semble que ce qui fait courir le monde, c'est la jeunesse. Et notre monde finalement, depuis qu'il existe, depuis qu'il y a des hommes est comme focalisé, obnubilé par la jeunesse. Il y a une sorte de volonté pour les hommes de se retrouver toujours plus facilement et avec plus de joie, avec plus de grâce dans le visage de la jeunesse, dans ce qui apparaît comme ne pas devoir vieillir, comme ce qui apparaît comme l'instant de grâce où les choses se stabilisent et s'arrêtent en espérant que l'on effleure quelque part l'éternité.

Et notre monde, dans ce qu'il connaît de quo­tidien, de vie de tous les jours, dans ce monde de communication qui est le nôtre, ainsi que pour tout ce qui est de l'ordre de la relation, de la communication, cela s'établit sur ce désir de la jeunesse, sur cette vo­lonté de connaître quelque chose des premiers élans de la vie de l'âge des possibles. C'est ainsi que l'art, parce que c'en est un, l'art de la publicité axe toujours notre regard sur la jeunesse, y compris même lorsque l'on met quelqu'un de plus âgé sur une publicité. Et j'en ai vu une très belle dernièrement, c'est pour un parfum, je ne suis pas sponsorisé par le parfum en question, n'ayez crainte, mais je crois que c'est le par­fum "chrome" d'Azzaro où l'on voit un monsieur un peu plus âgé et puis un jeune père et un jeune enfant. Qu'est-ce qu'évoque cette publicité, si ce n'est l'éter­nelle jeunesse, la jeunesse de ce grand-père qui a un petit enfant et qui est renouvelé par la jeunesse de son petit enfant, ce père qui a un jeune enfant et cet enfant qui s'appuie sur la tradition, sur le passé et qui a tous les espoirs, les espoirs de ce père et de grand-père qui ont l'air heureux et épanoui. Notre monde, c'est celui qui veut être le monde de la jeunesse et le star-system qui est le nôtre s'appuie justement sur cela. Et ce que l'on favorise, eh bien c'est la jeune génération, c'est le dynamisme, c'est de vouloir cette effervescence et cet enthousiasme que véhicule la jeunesse.

Frères et sœurs, qu'est-ce qui nous a fait cou­rir aujourd'hui, certes ce n'est peut-être pas le bon repas que l'on a fait hier et qui a plutôt alourdi nos forces, ce n'est pas la veille, aussi sympathique fût-elle, qui nous a donné du dynamisme et de l'enthou­siasme pour courir et aller quand même à la messe parce que c'est Noël et qu'on va se déplacer, il faut faire un effort ! Non, je crois que ce qui nous a fait courir, eh bien c'est la jeunesse, et c'est la jeunesse de ce que nous célébrons aujourd'hui parce que nous célébrons la jeunesse de Dieu.

Aujourd'hui nous célébrons en fait l'enthou­siasme, le dynamisme que Dieu a mis dans ce monde par la naissance de son Fils. Nous célébrons toutes les possibilités, toutes les capacités d'un être de grandir et d'évoluer. Nous célébrons aujourd'hui le mystère même de la croissance, de l'épanouissement. Nous célébrons le cœur même d'une espérance, d'une possi­bilité d'être pour une personne. Je crois que c'est cela qui nous a fait courir. Nous, nous recherchons la jeu­nesse, nous la recherchons de toutes les manières, nous cherchons à ne pas vieillir. Alors nous pouvons employer différents moyens, et puis le monde nous y aide. Nous essayons de ne pas vieillir et puis nous utiliserons tous les artifices que la société nous donne pour ne pas vieillir, que nous fassions de la thalasso­thérapie ou que nous passions quelque crème antirides ou bien que nous nous retrouvions dans des sports un petit peu plus violents, en nous donnant l'illusion que nous avons encore du dynamisme. Nous passons no­tre temps à essayer de nous sauver du temps qui passe, à essayer de sauver notre sentiment que peu à peu nous perdons un peu plus de force, d'âge en âge, et que tout cela, entre notre balance et notre magazine nous sommes invités à faire attention parce qu'il y va quand même de notre look, de notre identité, de notre jeunesse. Nous avons besoin de jeunesse parce que nous avons besoin de vitalité, nous avons besoin d'enthousiasme et de dynamisme.

Et d'ailleurs quoi de plus triste qu'un monde qui ne vit plus avec dynamisme et jeunesse, avec en­thousiasme ? Et quand on voit que le grand problème du monde, à l'heure actuelle, c'est celui de l'éducation, ça pose justement le problème de la jeunesse, une jeunesse que l'on ne sait plus comment éduquer, pour laquelle on ne sait plus quelle pédagogie il faut utili­ser, une jeunesse qui n'a plus d'avenir, une jeunesse qui est une jeunesse «cocooning » qui préfère rester chez ses parents, une jeunesse qui a l'air déjà si vieille et qui a une mentalité plutôt rétrograde. Une jeunesse sans avenir, sans travail ni issue. Or c'est le contraire même de la jeunesse.

La jeunesse, c'est la porte ouverte à tous les espoirs, à toutes les possibilités. Et bien si, nous, nous avons abandonné le désir de la jeunesse ou bien si nous l'avons travesti, si nous l'avons parfois défiguré ou bien si nous n'y croyons plus, si quelque part en nous, quelque chose de notre vitalité ou de notre en­thousiasme s'est épuisé, s'il manque au cœur de notre vie un peu de cette croissance, de cet espoir, et bien Dieu aujourd'hui veut le remettre dans nos cœurs.

En naissant dans notre monde, Dieu a voulu marquer d'une espérance grande, forte et éternelle, ce monde. Dieu est un Dieu qui est éternel. Nous dirons avec tous ceux qui sont d'accord pour dire que Dieu existe, que Dieu est sans fin, Il est éternel. Et par un petit Enfant, Il accepte de mettre dans notre tempora­lité, dans notre finitude, dans ce qui passe et qui vieil­lit, Il accepte et bien de babiller, Il accepte de pleurer comme un petit enfant, Il accepte d'être consolé et d'être cajolé, Il accepte de grandir, Il accepte d'être élevé, Il accepte de prendre le sein de sa Mère, Il ac­cepte une humanité tout simplement. Il accepte de grandir, Il accepte de grandir en posant son regard sur un monde émerveillé, Il accepte d'apprendre, Il ac­cepte d'être enseigné, Il accepte d'ouvrir peu à peu son esprit à la connaissance du monde, Il accepte une relation avec une personne favorisée, sa Mère, puis avec celui qui accepte d'être son père adoptif. Puis peu à peu Il va accepter la relation avec une famille élargie, puis avec tous les enfants de Dieu, avec tout le Royaume, avec tous ceux qui vont l'entourer. Il accepte de remplir ce monde de capacité de Dieu, d'espoir, d'enthousiasme, de dynamisme et de vitalité. Il accepte pour notre monde de lui redonner une nou­velle jeunesse, un tempérament de joie et un tempé­rament de dynamisme.

Voilà ce que Dieu apporte. Il a accepté de faire entrer la toute puissance de Dieu, Il a accepté que la force de Dieu, la grandeur de Dieu, entre dans cette humilité, dans cette fragilité, dans ce qui peut être parfois difficile, mais qui est en même temps marqué de tous les espoirs. Car un enfant qui naît, un bébé qui vient d'apparaître à la vie est bien ce qui réjouit le cœur. Un enfant c'est l'espérance qu'un jour, il soit capable peut-être de tout ce que, nous, nous avons raté, de cette jeunesse à côté de laquelle nous sommes passés, qu'il soit capable de s'émerveiller là où notre regard s'est usé, que cet enfant soit capable de réussir là où nous n'avons fait que des actes man­qués, qu'un enfant soit capable ainsi de porter tout l'espoir que, nous, nous n'avons plus le courage de porter dans nos esprits vieillis et fatigués. Voilà ce que nous apporte Noël. Noël nous apporte un Dieu jeune.

Oui, je crois qu'aujourd'hui, frères et sœurs, ce qui nous a fait courir, c'est de croire que notre monde n'est pas un monde qui vieillit, mais c'est un monde que Dieu appelle à la jeunesse. C'est un monde que Dieu appelle à cette vitalité et à cet enthousiasme, tout simplement parce que Dieu est jeune.

Avez-vous imaginé Dieu comme un jeune père ? peut-être pas très souvent. Vous l'avez repré­senté comme en haut de ce vitrail, vieux avec une grande barbe et puis un peu pontifiant, solennel, et puis un petit peu, vieillissant, se traînant, un peu un Dieu qui serait resté dans sa sphère et qui se dit : "et puis il faut sauver les hommes, alors on va s'y mettre", un Dieu plein de sagesse, légèrement bedonnant.

Et bien non, notre Dieu est un Dieu jeune. C'est un jeune Père plein de vitalité. Il a voulu une création qui éclate. Regardez la création, elle est belle : les sources, les fontaines, les arbres, les forêts, les oiseaux chantent, le soleil brille, tout cela exprime une vitalité, un enthousiasme et un dynamisme. Une création, cela ne peut être que celle d'un type dynamique. Dieu n'est pas un vieux type. Il n'est pas en train de se complaire sur un nuage, un petit peu comme si le temps s'était arrêté et qu'Il s'ennuyait.

Et puis Dieu est jeune. Pour paraphraser Fré­déric Boyer, un écrivain, qui a écrit : "le Dieu qui était mort si jeune". Il s'agit d'un jeune Dieu, Fils, un Dieu qui a accepté de naître et qui, comme le dit saint Irénée, s'est fait nouveau-né pour sanctifier les nou­veau-nés, s'est fait enfant pour sanctifier les enfants et s'est fait jeune pour sanctifier les jeunes. Il ne parle pas des vieux, non pas que les vieux n'aient pas à être sanctifiés, mais que les vieux ont à être sanctifiés éternellement dans un esprit de jeunesse. Voilà ce que saint Irénée aussi nous révèle. Nous avons à vivre aussi jeunes que le Fils de Dieu qui apporte une bonne nouvelle, qui apporte une vitalité, qui veut la Joie pour ce monde, qui veut le bonheur, "bienheu­reux" dira-t-Il dans les béatitudes. Et puis le fait qu'II guérisse, le fait qu'II régénère, le fait qu'II aime les hommes, c'est un témoignage d'enthousiasme et de dynamisme. Il a du cœur, ce Jésus, Il veut quelque chose de bon, de beau, Il a plein d'espoirs comme peut l'être un jeune.

Et puis, nous, aujourd'hui nous sommes jeu­nes parce que nous avons l'Esprit de Dieu. Et l'Esprit de Dieu, ce n'est pas fait pour empailler, nous ne sommes pas un musée, nous ne sommes pas des têtes de cerfs dans une vieille maison des demeures fran­çaises. Mais non, nous sommes les chrétiens, c'est-à-dire la volonté d'être régénérés, d'être enfants de Dieu, c'est ce que ça veut dire d'être chrétien. Et c'est cela Noël. C'est cette vitalité, c'est cet enthousiasme, c'est cette jeunesse, c'est cet espoir, c'est cette volonté pour Dieu de Se dire dans la plus grande joie qu'il puisse y avoir, celle d'avoir un enfant, celle d'avoir la possibi­lité un jour d'avoir un avenir. L'enfant, c'est la joie de toutes les promesses. Et le chrétien, c'est celui qui accepte toutes les promesses de Dieu, qui accepte d'être renouvelé. Et cet Esprit Saint, c'est ce qui nous renouvelle aujourd'hui, c'est ce qui nous est donné, c'est l'Esprit du Seigneur. Et comme le dit l'Écriture : notre vieillesse, notre temps, notre maturité est renou­velée comme la jeunesse de l'aigle. C'est cela que nous célébrons aujourd'hui.

Alors, frères et sœurs, le message de Noël n'est pas un message qui nous arrête, qui nous fige, qui nous statufie, le message de Noël, c'est un mes­sage de jeunes parce que le Père est jeune, le Fils est jeune, l'Esprit est jeune et que Dieu nous appelle à être jeunes pour ce monde, dans un monde renouvelé, dans un monde jeune, dans un monde qui est plein d'espoir, plein de vitalité, plein de vie.

 

 

ET JOYEUX NOËL

 

 
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