AU FIL DES HOMELIES

Photos

IL EST DIFFICILE DE NAÎTRE, MÊME POUR UN DIEU

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 2001)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

Il manque un peu de guirlandes, d'étoiles brillan­tes, il manque des boules et des petits angelots dans ces récits que nous avons entendu. Ils sont loin l'âne et le bœuf, Joseph et Marie, ils sont loin ces bergers. On a entendu que les messagers ont une grande vocation : celle d'annoncer la venue du Mes­sie. On a entendu le commencement de l'épître aux Hébreux : Dieu avait parlé de manière partielle, mais maintenant, Il parle par son Fils. "Au commencement, nous dit saint Jean, était le Verbe, et le Verbe s'est fait chair, et Il a demeuré parmi nous". Nous avons l'impression que nous ne sommes pas sur le même plan que la nuit de Noël. La nuit de Noël a quelque chose de tellement familial, presque convivial, on peut toucher, on peut voir. C'est concret, voire même un peu enfantin. Et ici, au contraire, on a l'impression d'être dans les hauteurs, sur des sommets presque inatteignables. Tous les exégètes et les théologiens, ont reconnu dans ce texte de saint Jean qui ne parle ni de crèche, ni de bergers, mais qui parle de la Parole de Dieu qui se fait chair, ont tous reconnu le "com­mencement". Le commencement absolu, tel qu'il y a eu un commencement lorsque Dieu a créé ce monde, et les Pères de l'Église, ces Pères dans la foi, dans les premiers siècles, se sont plu à comparer le texte de saint Jean : "Au commencement était le Verbe" avec bien sûr, le premier des textes placé en tête de la Bi­ble, celui de la Genèse : "Au commencement la terre était informe, vide et vague". Dieu dit, Parole, Lu­mière ... La Lumière est prononcée et la lumière est créée. Parole de Dieu déjà faite, création, comme il y aura Parole de Dieu faite chair. Oui, on est peut-être loin, à priori, de la facilité de la crèche, et en même temps, il me semble que cette liturgie et ces textes, au contraire, nous font percevoir mieux encore ce que nous avons déjà essayé de célébrer : la réalité, la concrétude de cette Incarnation. Nous contemplons un Enfant qui vient de naître, mais notre regard change légèrement de position. Fini les babillages, et fini le regard compatissant sur un bébé. Voyons du côté du bébé, du côté de Jésus qui vient de naître, voyons du côté de la Parole faite chair. C'est dur de naître. Ah, on ne pose pas toujours les bonnes conditions à la naissance. On ne se rend peut-être pas compte de ce que c'est que de faire naître une vie à ce monde. Il faut se mettre cela dans la tête aussi : naître, c'est dif­ficile, naître c'est affronter dès le départ un monde inconnu, naître, c'est peu à peu grandir et s'aventurer dans des difficultés, dans des exercices de foi, dans des situations face à des obstacles et des rencontres. Il y en a certains qui ont maudit leur naissance parmi les prophètes, parce qu'ils se sont bien rendus compte qu'en recevant la vie, ce n'était pas forcément un pa­quet cadeau, avec le bonheur assuré, ce n'était pas le pac mobile qui vous met en parfaite communication. Naître et recevoir la vie cela va très loin, c'est un en­jeu, c'est une aventure, et c'est cela qu'on nous a pro­posé, sans que peut-être nos parents y réfléchissent, mais c'est à cela que nous sommes invités encore au­jourd'hui.

Ce qui est vrai de tous les hommes est vrai de l'Enfant Jésus. L'Enfant Jésus, c'est un peu plus que Harry Potter. Certes, Il aura à combattre le mal, et Il l'a combattu dès son enfance, un bébé comme Harry Potter qui fait face au pire des démons. L'évangile de saint Jean nous dit : "Il est entré dans le monde, et le monde ne l'a pas reconnu". Jésus s'affronte directe­ment avec ce qu'Il n'est pas, avec la mort, comme avec le mal. Ce qui veut dire que cette naissance mer­veilleuse, c'est aujourd'hui qu'on peut dire que la nais­sance est merveilleuse. Bien sûr, on n'aurait pas pu interroger l'Enfant Jésus, Il ne nous aurait pas ré­pondu, mais Il a dû apprendre à naître, comme Il a dû apprendre à vivre, comme Il a dû apprendre à grandir, comme Il a dû apprendre à s'affronter. Il est le Dieu qui accepte de remettre en jeu sa propre liberté. Oui, un Dieu tout-puissant, éternel, dans des commence­ments sans fin, dans un absolu, et qui se confronte à la limite humaine, à tous les aspects de la vie, qui se confronte à une aventure, et où sa propre vie est aussi un enjeu. Ce n'est pas tout fait, ce n'est pas tout donné, et Il n'a même pas de baguette magique. Il s'avance dans un monde qui n'est pas forcément un monde de lumière, Il s'avance dans un monde qui n'est pas prêt de le reconnaître, mais Il apprend en tant qu'homme, la propre limite de l'homme, mais aussi la propre liberté humaine. Il doit poser des choix, Il doit apprendre à vivre, et à rencontrer les hommes. C'est difficile aussi pour un Dieu ; Il s'avance, et c'est tout cela la Bonne Nouvelle du salut que les messagers doivent transmettre. Il s'avance à la rencontre des libertés de l'homme, de chacune de nos libertés, Il s'avance face à la liberté d'un Pierre, comme à la li­berté d'un Judas. Il s'avance face à la liberté d'une Marthe et d'une Marie, comme à la liberté d'une sa­maritaine. Et rien n'est joué, rien n'est gagné, cela demeure pour toujours, y compris pour Jésus une rencontre qui peut être affrontement, comme cela peut être aussi un engagement qui peut aller plus loin. Sa propre humanité doit faire face et doit rentrer en communication avec l'humanité des hommes. Sa pro­pre liberté doit entrer en jeu avec la liberté de chaque homme. Et c'est cela le message, l'annonce du salut, sinon pas de salut ... sauver quoi ?

Frères et sœurs la naissance de Jésus c'est extraordinaire, c'est plus loin que toutes nos petites étoiles brillantes, parce que c'est le ciel en entier qui se met au rythme de la création de l'humanité, qui se met au rythme de nos propres vies et de nos propres aventures. Alors, l'Enfant Jésus est vraiment né. Mais Il naît encore aujourd'hui dans nos cœurs. Il naît en­core dans nos vies. La foi en un Dieu qui s'incarne et se fait proche de nous, touche encore aujourd'hui le cœur de beaucoup, sans qu'on le sache, des hommes et des femmes de par le monde, voient naître aujour­d'hui ce Dieu qui se fait proche d'eux et qui en même temps respecte parfaitement ce qu'ils sont, leur propre liberté. Il est difficile de naître, et comme il fut diffi­cile de naître à ce Dieu, comme il fut difficile peut-être, à chacun d'entre nous de naître aussi. Et pour­tant, il nous est demandé aujourd'hui encore, de croire et de vivre pour nous-mêmes cette naissance. Il nous faut aujourd'hui naître à ce monde, peut-être s'affron­ter, franchir des obstacles, peut-être aller plus loin. Mais cela ouvre un avenir, c'est un chemin de salut. Cette réalité est une espérance, autant dire qu'aujour­d'hui, pour chacun d'entre nous, quand on est des hommes et des femmes de foi, c'est une aventure sans précédent, parce qu'il s'agit d'une nouvelle naissance.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public