AU FIL DES HOMELIES

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JE SUIS LÀ, OCCUPE-TOI DE MOI !

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Bien sûr, le Noël qui nous est peut-être le plus familier, c’est le récit de la naissance de Jésus, celui que nous avons écouté au cœur de la nuit, cette histoire à la fois si naturelle, si universelle qui a été partagée par nous tous, la naissance. Pour certains d’entre vous, les parents, à la fois, ce mélange d’angoisse quand arrive le moment de la naissance, d’angoisse mêlée d’espérance, de joie, car on sait bien que lorsqu’on met un enfant au monde, on est à la fois heureux de cette perspective d’ouverture, de cet avenir qui se profile à nouveau, comment la nouvelle génération engendre automatiquement une nouveauté, un avenir, une espérance, et tout en sachant très bien toutes les difficultés auxquelles ces enfants seront confrontés dans la vie quotidienne : la peur de l’avenir, la souffrance de la mort, du chômage, etc … les problèmes de la vie familiale, du couple. Ce mélange à la fois de se dire qu’il n’y a rien de plus beau que de mettre un enfant au monde, et qu’il n’y a peut-être rien de plus terrible et de plus difficile.

Noël, pour nos contemporains, c’est l’occasion de toujours revenir à cette source, à cette image de la fête de Noël, qui est comme une fête de retour aux origines de l’enfance, de l’innocence, de la joie. Quand on regarde les petits bébés, les jeunes enfants, comment ne pas se remémorer avec un mélange de joie, peut-être de tristesse, sa propre enfance, son propre passé, ce temps où tout était possible encore pour nous, alors qu’arrivés à notre âge, nous avons nos difficultés, nos malheurs, nos péchés, nos faiblesses. Comme si Noël devait être ce lieu de ressourcement, ce lieu de retour aux origines, pour essayer exactement comme quand on aime beaucoup un film, surtout une certaine scène, on la regarde en boucle en oubliant totalement le reste du film. Noël semble être un peu cela dans le cœur de nos contemporains, c’est occulter tout le reste de l’évangile, de la venue de Jésus au milieu des hommes, sa prédication, le fait qu’il n’a pas été reçu, qu’il a vécu sa Passion et qu’Il est mort. Le monde contemporain s’attache à sélectionner un seul passage et l’on se le repasse en boucle tout le temps, en se disant, : c’est beau, c’est beau, c’est beau !!! Oui, c’est beau, et c’était cette nuit, et ce matin, nous avons entendu autre chose. Peut-être que certains d’entre vous sont venus en espérant réentendre ce récit si merveilleux de la naissance de Jésus dans la crèche, avec l’âne et le bœuf, le bruit de la paille, l’odeur de l’encens, la venue des anges, le petit vieux perdu au fin fond dans la nuit, guidé par l’étoile des bergers, et nous n’avons pas écouté le récit de la Nativité. Nous avons écouté autre chose, qui, pourtant, nous dit la même chose. Un autre récit, une hymne, le Prologue de saint Jean qui nous raconte comme l’autre versant de la naissance de Jésus.

Je crois que faire alterner ou faire se correspondre ces deux récits, c’est très important, parce que cela touche quelque chose que nous vivons constamment dans nos vies : le décalage qui existe entre les événements que nous traversons, et la capacité que nous avons à essayer de les rendre clairs pour nous. Quand nous sommes au cœur de l’événement, nous sommes exactement comme au cœur du récit de la Nativité, et on passe à côté de l’essentiel. Dans notre vie, la naissance d’un enfant nous rejoint dans le souci de la nécessité quotidienne qui nous tombe dessus, par exemple, on dort beaucoup moins et cela doit un peu embrumer l’esprit, et cependant il faut que la vie continue, il faut aller au travail, continuer à ramener de l’argent pour élever les enfants. Ce sont les conséquences de la première naissance, la naissance physique de l’enfant. Mais il y a d’autres naissances qui correspondent à ce matin, à l’écoute du Prologue de saint Jean. Il faut parfois du temps, pour l’Église, il suffit de quelques heures entre le récit de cette nuit, et le Prologue de saint Jean ce matin, mais peut-être que pour la plupart d’entre nous, il a fallu du temps pour réussir à mieux comprendre et à mieux peser ce que signifie véritablement la naissance des enfants.

Ce matin, c’est exactement ce que fait l’Église en nous proposant la lecture de ce Prologue de saint Jean. Il y a la belle histoire de la naissance de Jésus, et il y a la même histoire mais cette fois que nous puisons au cœur de l’origine de Dieu, ce récit qui est comme un écho à la création du monde dans lequel nous retrouvons Dieu, comment le Créateur se fait créature, comment il est venu parmi nous, comment il a été reçu par certains, comment Il a été rejeté par d’autres, comment justement cet accueil et cette rencontre sont fondamentalement basées sur la liberté de l’homme, d’accepter ou de refuser de recevoir Dieu.

Dans ce récit aussi, quelque chose qui me tient à cœur et que je veux vraiment vous partager ce matin. Ce récit nous dit qu’aujourd’hui ce que nous célébrons, c’est l’histoire de Dieu qui vient dans l’histoire des hommes afin que l’histoire des hommes devienne une histoire divine. Je pense que dans notre vie de chrétien, nous avons une conception souvent un peu faussée de l’histoire sainte. Généralement, l’histoire sainte, elle n’est pas pour nous, elle est toujours pour les autres. L’histoire sainte, c’est l’histoire d’Abraham, de Moïse, de David, je ne vais pas vous refaire toute la Bible, à la rigueur, c’est l’histoire des grands saints, ceux que nous admirons, et nous sommes parfois un peu (excusez-moi de la référence), comme ces gens qui lisent ces magazines Gala, etc, en se disant : comme j’aimerais être aussi riche aussi beau ! mais cela ne m’arrivera jamais à moi. Quand on lit la Bible et les récits de saints, très souvent, c’est ce que nous disons : l’histoire de David, c’est merveilleux, l’histoire de tel ou tel saint, saint François, c’est tellement beau ! Mais à moi, cela ne m’arrivera jamais, ce n’est pas possible. Alors, ma vie de chrétien, c’est me contenter de tourner les belles pages illustrées de la Bible et de l’histoire des saints. Et aujourd’hui, ce que Dieu vient nous dire en son Incarnation, en venant au cœur de l’humanité pour y planter l’histoire de Dieu, ce que Dieu vient nous dire, c’est que votre histoire à chacun d’entre vous, est une histoire sainte, avec toute sa beauté, toutes ses difficultés, tous ses drames, exactement comme l’histoire sainte de tous ceux que nous admirons, sans penser que nous pourrions être comme eux. L’irruption de Dieu comme bébé dans notre vie, dans la célébration de Noël, c’est ça. Cette belle histoire, ce n’est pas pour les autres, c’est pour vous. Comme le disait une amie à sa petite fille avant-hier, en voyant dans une crèche qu’il n’y avait pas l’Enfant Jésus, elle dit : c’est comme ta petite sœur, à un moment donné elle n’était pas là, puis, un jour, elle est arrivée, et après, cela n’a plus été comme avant. Je crois que c’est ça Noël, c’est de dire que quels que soient notre niveau de foi, nos doutes, nos problèmes, nos péchés, une fois que Dieu est rentré dans nos vies, il ne peut plus en ressortir, c’est impossible. C’est comme un bébé, quand on devient parent, comme on le dit un peu vulgairement, on a nos enfants pour la vie, pour toujours, que cela aille bien, ou que cela aille mal, ou que cela aille mieux, cela fait partie de votre chair, de votre humanité de parents, vous ne pouvez plus vous en débarrasser. Dieu, c’est ce petit bébé qui vient dans notre vie, tout chambouler et nous dire : "je suis là, maintenant, occupe-toi de moi !"

Frères et sœurs, que le regard de Dieu aujourd’hui, dans cette fête de Noël soit exactement comme le regard d’un bébé. Le regard que Dieu nous jette, c’est un regard captateur, un regard qui vous dit : "maintenant, plus rien ne sera comme avant, tu es avec moi, je suis avec toi pour toujours".

 

 

AMEN

 
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