AU FIL DES HOMELIES

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AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE VERBE

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, après avoir au cœur de cette nuit médité sur le récit de la naissance de Jésus du sein de Marie à Bethléem, dans une grotte, ce matin l'Église nous propose une vision apparemment très différente et pourtant profondément la même, ce début de l'évangile de saint Jean qui nous parle du "Verbe qui était auprès du Père", auprès de Dieu.

Ce qui me semble le plus étonnant c'est cette qualification qu'a choisi saint Jean pour nous parler du Christ, de Dieu le Fils : il l'appelle le Verbe. Ce n'est pas simplement comme par hasard une fois en passant. Non seulement le début solennel de l'évangile de Jean proclame : "Le Verbe était au commencement, Il était auprès de Dieu". Mais encore dans sa première épître, le même saint Jean nous dira: "Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé du Verbe de Vie" (I Jn 1, 1). Dans l'Apocalypse, qui est le troisième document de cette tradition johannique, il nous est dit : "Je vis le ciel ouvert et voici un cheval blanc. Celui qui le monte est fidèle et vrai. Le manteau qui l'enveloppe est trempé de sang. Et son nom : le Verbe de Dieu" (Apoc.19, 11-13).

Par conséquent, c'est sciemment que saint Jean à tous les tournants de la Révélation emploie ce nom de "Verbe". En français et probablement dans l'ensemble des langues modernes, le terme "verbe", sert à désigner une catégorie de mots qui à côté des substantifs et des adjectifs, désignent l'action qu'accomplit le sujet ou éventuellement que le sujet subit. Un verbe, c'est : je mange, je dors, je prie. Un verbe c'est aussi : je suis rempli de la présence de Dieu, je suis sauvé, je suis justifié. Donc une action que nous accomplissons ou que nous subissons. Dans les langues anciennes, le mot "verbum" en latin d'où est venu "verbe" en français, ou le mot "logos" en grec (celui qu'emploie saint Jean puisque l'évangile est écrit en grec)."Verbum, logos", cela ne désigne pas seulement les mots d'action, mais tous les mots quels qu'ils soient, y compris ceux que nous appelons des adjectifs, des substantifs. Plus généralement d'ailleurs, "verbum" désigne la phrase dans son entier, l'expression de notre pensée, ce que nous appellerions normalement la parole. Quand saint Jean dit : "Au commencement était le Verbe", nous pourrions traduire : "Au commencement était la Parole", si ce n'est que le mot Parole est au féminin, c'est un peu difficile pour désigner le Fils.

Le Verbe, la Parole : Dieu dès le commencement est Parole. Cela veut dire que Jésus le Fils, la deuxième personne de la Trinité est la révélation, la manifestation de Dieu. Une parole c'est quelque chose qui nous introduit au cœur d'une pensée. Cette pensée peut être nouvelle, mystérieuse, profonde, elle peut nous conduire très loin au-delà de ce dont nous avons l'habitude. C'est alors une révélation. C'est très exactement ce que saint Jean nous dit à propos de ce Verbe. Si vous l'avez remarqué la dernière phrase du Prologue est la suivante : "Dieu personne ne l'a jamais vu" (Jn 1, 18). C'est pour nous tout le problème de cette relation avec Dieu, nous ne l'avons jamais vu ni entendu, jamais touché, et par conséquent la relation avec lui est quelque chose d'extrêmement difficile et mystérieux. "Dieu personne ne l'a jamais vu mais le Fils unique, lui qui est dans le sein du Père (lui qui repose sur le cœur du Père) nous l'a révélé". Jésus c'est celui qui nous l'a fait connaître et qui révèle la chose la plus importante au monde : le mystère de sa relation avec le Père qui est notre relation à nous aussi avec le Père, et qui est le sens profond de notre vie et de la vie du monde. Il est donc celui qui révèle et c'est pourquoi au début de sa première épître, saint Jean s'écrie : "Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons entendu, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, car la vie s'est manifestée" (I Jn I, 1). La vie s'est fait connaître, et "nous vous annonçons cette vie qui s'est manifestée, et ainsi notre joie est parfaite". Le Christ manifestation, révélation du Père. Suivre le Christ, essayer de discerner les traits de son visage, lire l'évangile pour établir une relation avec le Christ, c'est nous avancer vers le Père qui nous a créés, le Père de qui jaillit toute réalité, le Père en qui se rassembleront toutes choses, le Père qui sera notre bonheur éternel parce que l'amour du Père est le sens de toute vie.

Le Christ révélateur du Père. Cette idée du Christ Parole, Verbe connote encore une autre dimension. Vous l'avez entendu : "Au commencement, était le Verbe, tout ce qui a été fait a été fait par lui, et sans lui, rien n'a été fait". Cela prouve que Jean en écrivant ce Prologue : "Au commencement était le Verbe" se souvient du début de la Bible, des premières paroles du livre de la Genèse : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre" (Gn. I, 1). Dans ce récit de la Genèse : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre" nous savons que c'est par la Parole que Dieu crée toutes choses : "Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fut. Dieu dit : qu'il y ait un firmament au-dessus des eaux, et il en fut ainsi. Dieu dit : que les eaux se rassemblent en une seule masse et qu'apparaisse le continent et il en fut ainsi" (Gn. I, 1, 3, 6-7, 9). Toute la création est scandée par cette Parole de Dieu qui est créatrice. Pour nous, quand nous parlons, ce que nous disons est le fruit de notre expérience, nous avons connu un certain nombre de choses, d'êtres, de personnes, et les ayant connus nous pouvons plus ou moins bien en parler. Notre parole est la conséquence de l'expérience que nous avons des êtres et des choses. En Dieu la Parole n'est pas née de son expérience, elle est la source de l'existence de toutes choses. Ce n'est pas parce que les choses existent que Dieu peut en parler, c'est parce que Dieu parle que les choses existent : "Dieu dit et il en fut ainsi".

"Au commencement était le Verbe, tout fut par lui et sans lui rien ne fut". Le Christ est donc tout à la fois celui qui crée, celui qui donne la vie, car "ce qui fut en lui était vie et la vie était la lumière des hommes". Le Christ est donc celui qui crée toutes choses, celui qui nous crée chacun de nous au plus profond de notre être. Depuis le sein de notre mère jusqu'à travers tous les développements de notre vie, nous sommes sans cesse créés au plus profond de nous par la présence vivifiante de Dieu, la présence vivifiante du Verbe, de la Parole de Dieu qui nous crée. Cette Parole, qui est aussi révélation du Père, nous conduit jusqu'à l'accomplissement de nous-même.

Il y a encore une autre dimension dans ce texte, plus mystérieuse, plus difficile à pénétrer. Si l'on fait bien attention à ce Prologue de saint Jean, avant d'avoir parlé de la manifestation du Père par le Fils qui est dans le sein du Père et qui nous l'a révélé, avant d'avoir parlé de la création du monde et de toutes choses par le Verbe, la Parole de Dieu ("Tout fut par lui et sans lui rien ne fut"), avant tout cela, dès la première phrase, saint Jean nous dit : "Au commencement était le Verbe, et le Verbe (la Parole) était auprès de Dieu". Un peu plus loin, il nous dira : "Le Fils repose dans le sein du Père". Le Fils, le Verbe, la Parole est dans le cœur de Dieu. Chez nous aussi d'ailleurs, quand nous parlons, avant de prononcer des mots, le sens de nos paroles naît dans notre cœur et l'on peut dire que cette parole, ce verbe est d'abord à l'intérieur de notre propre cœur avant de se traduire à l'extérieur par des mots ou des paroles qui permettront de communiquer avec ceux qui nous écoutent, avec nos frères. La parole est communication parce qu'elle est d'abord née à l'intérieur de nous-même, et une parole que nous dirions sans d'abord l'avoir pensée n'aurait aucun intérêt, ce serait un simple bruit ou du verbiage. La parole naît d'abord à l'intérieur du cœur et c'est pourquoi Jésus le Verbe est dans le sein du Père. Mystérieusement cela veut dire qu'il y a déjà entre le Père, le Fils et le saint Esprit, avant toute création du monde, avant toute projection de la vie à l'extérieur de la Trinité, il y a depuis toujours entre le Père, le Fils et l'Esprit Saint, une conversation, une communion, une Parole, un échange. Là nous touchons au mystère et nos paroles qui ne sont que des paroles humaines s'arrêtent et nous ne pouvons pas dire ce que contient tout ce mystère, mais nous savons déjà qu'il y a parole, communication, partage, communion à l'intérieur de la relation du Père, du Fils et de l'Esprit et par conséquent, nous serons introduits par le Fils dans le mystère du Père, c'est-à-dire dans le mystère de cette communion éternelle du Père, du Fils et de l'Esprit qui se parlent, qui échangent, qui communient éternellement et cet acte d'amour remplit tout l'univers, remplit toute notre existence. C'est à cela que nous sommes appelés : entrer dans une communion qui nous permettra d'aimer sans limites, totalement, comme Dieu nous aime, comme le Père aime le Fils, comme le Fils aime le Père, dans un acte éternel infini de jaillissement d'amour.

Que cette fête de Noël nous invite à partir de la naissance de ce Verbe qui s'est fait chair, à partir de la naissance de ce Fils de Dieu qui se fait homme, que cette fête de Noël nous invite à comprendre la vocation qui est la nôtre, l'appel que Dieu nous adresse, cette Parole que Dieu nous dit et qui nous appelle pour que nous entrions dans ce bonheur éternel, dans ce mystère du Père, du Fils et de l'Esprit.

 

AMEN

 

 

 
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