AU FIL DES HOMELIES

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NAÎTRE

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Vous, la famille de Roman, et vous la famille de Maylis et d'Alan, vous le savez peut-être mieux que quiconque ici ce matin, hormis les femmes qui viennent d'enfanter en cette nuit de Noël, vous savez mieux que quiconque ce qu'est la joie, le bonheur, l'espérance, que contient ce tout petit bout de chair que l'on serre contre sa poitrine et dont on est toujours étonné de voir toute la force et la puissance de la petite main qui s'agrippe à votre doigt, de sentir toute cette vitalité qui n'en est qu'à ses débuts et qui n'a qu'un seul désir, s'épanouir et grandir. J'ai envie de dire en même temps que cela correspond à la naissance au monde la plus traditionnelle, la plus palpable et la plus visible : un enfant naît.

Vous le savez mieux que moi, chères familles, un enfant ne naît pas uniquement le jour où il sort du sein de sa mère, il est comme engendré avant même sa naissance, et même avant sa conception, le couple porte dans son cœur le désir de voir cet amour qui les unit comme fécondé et fécondant comme une autre partie de soi-même : donner la vie, que le couple puisse prolonger en que cet amour qui vous unit puisse prendre le visage d'un autre que vous-même, un enfant. Mais il n'y a pas que cette naissance avant la naissance, il n'y a pas uniquement la naissance dans le monde, il y a aussi une autre naissance, et il faut le dire, peut-être plus difficile, plus ardu, plus longue, c'est la naissance de l'enfant dans la société. Autant, il y a du plaisir à avoir un petit enfant, mais nous savons que ce plaisir et cette joie sont mêlés comme par une petite pointe de peur ou de crainte en se demandant ce que va devenir cet enfant. Je vais essayer de lui donner le meilleur de moi-même et en même temps, il va m'échapper. Que va-t-il se passer dans son avenir ?

Ce déroulement très simple de la vie humaine, avec ce désir qui est dans l'âme humaine avant même la conception de l'enfant, cette naissance dans le monde, à la clinique ou à la maison, car maintenant on revient de plus n plus à l'accouchement à la maison, et cette naissance que nous confions à la société et à d'autres adultes, en fait, le Christ l'a vécu. Nous nous focalisons souvent sur la messe de minuit qui est par ailleurs très belle, mais qui fait référence à cette naissance dans le monde. C'est une peu un épiphénomène : le petit Jésus tout babillant est posé dans la crèche. Pour vous frères et sœurs, et pour vous les familles, cette naissance correspond à la naissance habituelle, celle que l'on porte sur notre carte d'identité, tel jour, telle année.

C'est cela qui est important dans l'évangile que nous avons entendu ce matin. Peut-être que certains d'entre vous ont été un peu surpris que le jour de Noël nous ne lisions pas le cortège des bergers, les flûtes, les anges, le petit Jésus à Bethléem, et vous avez entendu un texte magnifique mais très étrange qui est le Prologue de saint Jean. Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire un cours d'exégèse ce matin, parce que pour certains la nuit a été courte, mais je crois qu'il faut retenir ceci de cet évangile : cet évangile nous donne accès à deux autres naissances du Christ. Si vous y avez fait attention vous aurez entendu qu'il a été question de l'existence éternelle du Christ auprès de son Père avant même la création du monde. Avant que le monde soit, avant que les mers s'ouvrent, avant que les arbres poussent et que les petits poissons s'ébattent dans la mer, avant tout cela, Dieu le Père vivant avec son Fils et le Saint Esprit. Ils portaient dans leur cœur, avant même la conception du monde la création de ce monde, de sa beauté, de la mise en place de l'homme et de la femme, visages et icônes de cet amour de communion dans la Trinité. Ce projet de la Trinité, au point de vue humain reprend aussi le vôtre : avant même la conception de votre enfant, alors que vous ne savez même avec la génétique on ne sait pas s'il aura les yeux bleus, les cheveux blonds ou bruns, avant même qu'il ne soit conçu, vous avez déjà comme un projet, comme un désir dans cette vie que vous voulez donner. C'est ce que nous avons entendu au tout début du Prologue de saint Jean.

En plein milieu de ce Prologue, alors qu'on est complètement hors de la création et de l'espace temps, on parle de saint Jean-Baptiste. Un homme parle, saint Jean. Quelle est la mission de saint Jean-Baptiste ? C'est de révéler la mission du Fils de Dieu aux hommes. En vous parlant tout à l'heure de cette conception avant la conception de votre enfant, comme de la naissance de l'Enfant-Jésus dans la crèche, comme de la naissance de votre enfant, et comme je vous disais aussi il y a un instant, que cette naissance se prolonge dans la société, et qu'un enfant naît aussi parce qu'il trouve sa place dans cette société et qu'il y est accueilli, le prologue de saint Jean nous dit exactement la même chose pour Jésus. Il ne fallait pas uniquement que le petit Jésus naisse dans la crèche, mais encore fallait-il que dans la suite, il soit accompagné et emmené par un projet humain, le projet de la société hébraïque, juive du temps de Jésus avec son fonctionnement économique, social, sa religion, ses rites, et l'éducation que les familles donnait aux enfants à cette époque. C'est saint Jean-Baptiste, un homme, un prophète qui est chargé de préparer la naissance de Jésus dans le cœur des hommes, de sa révélation à tous les hommes et du fait que Jésus, Dieu se révélant aux hommes, nous sommes renvoyés à notre propre liberté : Dieu vient à moi, qu'est-ce que je fais ? Vais-je l'accepter, ou le refuser ? Après cette nuit de Noël qui est toujours très belle et qui renvoie souvent à notre propre petite enfance, il y a une petite pointe de difficulté qui rejoint aussi votre souci : est-ce que mon enfant en grandissant sera accueilli par la société ? Aura-t-il sa place ? Pourra-t-il grandir et être heureux ? Va-t-il pouvoir aimer ? Est-ce qu'on va lui donner cette possibilité ? Et moi en tant que parent, frère et sœur, est-ce que je vais être capable de le faire ? Grâce à Dieu ( c'est le cas en France), il faut laisser aussi un peu de côté les soucis et les problèmes, car on ne s'en sort jamais. Je ne sais pas si vous le savez mais en Europe, actuellement, c'est en France que l'on fait le plus de bébés, on en arrive à un quatre-vingt dix-huit, je ne sais pas comment on peut arriver à ce chiffre, mais c'est le taux le plus élevé d'Europe avec encore une petit peu l'Irlande. Et par rapport à l'Irlande, ceci dit sans tirer la couverture sur l'Église, je ne crois pas qu'en France, qui n'est pas tellement portée sur la religion, ce ne soit pas d'abord le souci d'obéir au pape qui fait faire des enfants ! Cela correspond aussi à quelque chose de très juste, l'Église aussi doit rappeler et à mettre en exergue chez vous, les parents, que lorsqu'on aime, on n'a qu'une seule envie c'est que cet amour puisse se prolonger, et que malgré tous les risques, on y va parce qu'il n'y a pas plus de bonheur malgré les craintes. Le bonheur est encore plus fort et plus grand. L'enfant va grandir, et au bout d'un moment, j'accepte que mon enfant ne grandisse pas uniquement avec moi, mai je le confie à d'autres.

Frères et sœurs, vous soyez que la fête de Noël n'est pas uniquement la venue de Dieu parmi les hommes. Bien sûr c'est cela, le cœur c'est l'Incarnation de Dieu parmi les homes mais c'est encore plus profondément l'immense confiance que Dieu met dans l'homme, car en somme Dieu confie son Fils à la société humaine pour que ce soit la société humaine qui le fasse grandir, qui le fasse s'épanouir. En définitive, ce que nous appelons dans les évangiles la vie publique du Christ, c'est-à-dire quand il arrive à peu près à l'âge de trente ans, quittant Nazareth pour aller sur les routes pour évangéliser, cette route est inaugurée par un homme, certes habité par l'Esprit Saint, mais ce n'est pas Dieu lui-même qui descend de son ciel et qui fait du ménage pour que les hommes soient obligés d'accueillir Dieu.

C'est cela que nous célébrons aujourd'hui, c'est cela que vous célébrez aussi vous les familles qui présentez votre enfant au Seigneur, une confiance qui vient à la fois de votre couple et que vous remettez dans les mains de Dieu qui lui-même va venir donner sa grâce gratuitement à vos enfants en les faisant renaître à la vie, en les baptisant, en les appelant enfants de Dieu? En même temps, ces enfants sous allez les confier à d'autres personnes.

Que cette fête de Noël soit pour nous l'occasion de méditer cette grâce, ce don extraordinaire que le Seigneur fait à chacun d'entre nous de nous donner la possibilité de participer à son œuvre de création et de nous donner cette possibilité d'offrir aussi l'amour que nous avons aux enfants et aux plus âgés.

 

AMEN

 

 

 
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