AU FIL DES HOMELIES

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LAISSONS-NOUS ÉTONNER !

Is 52,7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-5.9-14
Noël - Messe du jour – (25 décembre 2013)
Homélie du Père Raphaël BOUVIER


L'étonnement des pauvres
Pourquoi Dieu ne s’est il pas fait ange ? Question étrange voire saugrenue me direz-vous en ce jour de Noël. Pourtant au-delà de l’effet de surprise cette drôle d’interrogation vient nous provoquer à un accueil approfondi et renouvelé de la foi que nous célébrons dans la joie avec toute l’Eglise.

C’est que la liturgie de ce matin invite elle-même à l’approfondissement avec la très belle et inépuisable contemplation du prologue de l’Evangile selon saint Jean, ou même déjà avec le commencement de la lettre aux Hébreux.

Oui, au fond, pourquoi Dieu s’est-il fait homme, plutôt que ange ? Les anges, ces créatures spirituelles dont la vocation consiste à la fois à louer Dieu d’une louange éternelle tout en étant ses messagers auprès des hommes.

Notez bien qu’ils ne sont pas en reste depuis hier soir. Ils sont même dans les premiers rôles, en tenue de gala, pour jouer leur partition la plus importante dans la grande saga de l’histoire Sainte.

Messagers auprès des bergers pour en faire les premiers témoins humains du Messie, ils laissent éclater leur Gloria céleste dans un chant choral à nul autre pareil. Depuis 2000 ans le Gloria résonne jusque dans nos églises pour que leur joie soit la nôtre jusqu’à ce que la paix gagne tous les cœurs humains de notre terre.

Loin d’en vouloir à Dieu, les anges se réjouissent et se mettent ainsi au service du Fils de Dieu, pour que la nouvelle de sa venue parmi les hommes ne passe pas complètement inaperçue. Pour qu’à peine arrivée au monde dans une étable obscure de Judée, la nouvelle soit portée par de simples bergers à ceux qui voudront bien se laisser étonner.

Se laisser étonner que le Verbe qui est à l’origine de toute chose puisse venir si humble et pauvre planter sa tente parmi nous, pour nous révéler combien il nous aime et nous sauver du hasard et de la nécessité qui finissent toujours par normaliser le mal et le péché (jusqu’à en faire la caractéristique propre de ce qui définit l’homme).

Mais il est vrai, que si belle soit elle, de cette révélation là, les anges n’en ont pas besoin. Ils voient Dieu face à face depuis toujours et contemplent le mystère de l’amour trinitaire d’un Dieu qui est Père et qui engendre éternellement un Fils dans la puissance de l’Esprit Saint.

Ils sont en live et sans chaîne cryptée les contemporains permanents de ce spectacle grandiose et sans cesse nouveau d’un amour vivant qui ne lasse jamais de se donner et de se redonner ; ils boivent à la source d’une joie parfaite parce qu’elle ne manque de rien si ce n’est de se partager encore et toujours.

Alors, pourquoi Dieu ne s’est-il pas fait ange… ? Réponse simple en fait, si simple que là une question en viendrait vraiment à paraître, si ce n’est saugrenue, pour le moins ingénue, ne valant même pas la peine d’une homélie de Noël.

Pourtant j’insiste et persiste. Car on aurait pu alors penser que Dieu se fasse ange pour ceux d’entre eux qui sont passés de la lumière aux ténèbres. Afin que la lumière luise dans les ténèbres sans que les ténèbres ne puissent l’arrêter. Pour éclairer ceux d’entre eux qui ont machiavéliquement enchaînés à leur suite l’humanité dans le péché cherchant à la maintenir dans l’obscurité ; pour qu’ils soient eux-mêmes éclairés, en mettant la lumière dans le trou noir des ténèbres qui cherche à tout aspirer dans la haine et le désespoir.

Oui mais voilà, si enviable que puisse paraître à l’homme la condition angélique, elle porte la limite inhérente à son caractère purement spirituel de ne pas être inscrite dans l’histoire. A l’instant même de leur création les anges déchus ont posé un choix définitif avec son poids d’éternité. Pour Lucifer et ses légions, il n’y pas de marche à reculons ou de conversion, car l’histoire leur fait défaut. Et soudain, ce qui nous semblait une loi pesante et peu enviable de la condition humaine apparaît comme une grâce. C’est déjà pour nous l’une des révélations (apocalypse) parmi bien d’autres qu’apporte le mystère de l’incarnation. Pour l’homme, rien n’est jamais fini, rien n’est jamais perdu. Car sa vocation et son sort s’inscrivent dans un déroulé qui, aussi sinueux puisse-il paraître, laisse toujours à Dieu la possibilité de le rejoindre ; aussi éloigné soit-il, aussi perdu semble-t-il.

Demandez donc au bon larron ce qu’il en pense ? Vous pourrez d’ailleurs le lui demander une fois au Paradis, lui qui en fut le premier pensionnaire béni, en se laissant rejoindre au plus bas par celui qui a pris notre condition pour cela.

En ce faisant petit enfant, le Fils unique du Père se donne les moyens de nous rejoindre au plus bas de notre condition humaine marquée par le péché, pour nous élever avec lui au plus haut de la condition divine.

Et c’est là, précisément là que les anges risqueraient presque de nous jalouser. Car en effet, comme l’affirme l’épître aux hébreux, Dieu n’a jamais dit à un ange : "Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré". Ou bien : "Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils".

Au contraire, au moment d’introduire le Premier-né dans le monde à venir, il dit : "Que tous les anges de Dieu se prosternent devant lui", par lui, avec lui et en lui, c'est-à-dire chacun d’entre nous, les baptisés, au nez à la barbe des anges et de leurs troupes célestes ( cf.Ps 2, antienne d’ouverture de la messe du 24 au soir).

De toute éternité le Père engendre son fils unique qui par ce fait même n’est pas créature, mais co-éternel du Père, se recevant du Père sans commencement. En naissant d’une Vierge à Noël, Jésus le Fils unique, rend visible la génération éternelle du Verbe qui était à l’origine auprès de Dieu, qui était Dieu. L’aujourd’hui éternel de Dieu descend dans l’aujourd’hui éphémère du monde et il entraîne notre aujourd’hui passager dans l’aujourd’hui éternel de Dieu (Benoît XVI).

Au Paradis, lorsque nous retrouverons le bon larron avec la Vierge Marie et saint Joseph…nous ne serons pas au même pupitre que les anges pour chanter ad vitam eternam.Nous serons au même pupitre que le Fils unique recevant paternellement de la même manière que lui la mélodie de l’Esprit, étant incorporé dans la Trinité elle même, sans faire davantage nombre en elle, mais chantant par le Fils, avec lui et en lui, Lui en nous, et nous en Lui.

Dieu pouvait-il faire briller sur nous une grâce plus grande que celle-ci : son Fils unique, il en fait un fils d’homme et, en retour, il transforme des fils d’hommes en fils de Dieu ? "Cherche où est le mérite, où est le motif, où est la justice, et vois si tu découvres autre chose que la grâce" (Homélie de Saint Augustin pour Noël).

 

AMEN

 

 

 

 
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