AU FIL DES HOMELIES

la sainteté : scruter les secrets de Dieu

Homélie du frère Daniel Bourgeois pour la fête de la Toussaint (1er novembre 2014)

(Apocalypse 7, 2-14 ; I lettre de s ; Jean 3, 1-3 ; Matthieu 5, 1-9)

« Car ce que nous sommes
n’a pas encore été clairement manifesté »

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rères et sœurs, je ne sais pas quelle impression vous ressentez lorsqu’on parle de sainteté, mais personnellement, j’ai vraiment l’impression que pour la plupart de nos contemporains, la sainteté  est une idée qui sent la naphtaline : comment échapper, même si c’est une image magnifique, à ces alignements géométriques de figures figées, avec leurs auréoles qui leur servent de serre-tête, avec de  regard un peu fixe, un peu paralysé, et surtout ces couleurs ! … quand c’est Fra Angelico, ce sont des couleurs vives et pleines de vitalité, mais quand on en arrive à l’école raphaëlite du XIXe siècle, les tonalités évoquent irrésistiblement les couleurs sucre d’orge, avec les sentiments infantilisants qui vont avec. Plus grave encore : on a l’impression que la sainteté et la vocation chrétienne sont représentées comme des attitudes et des comportements pieusement codifiés, avec les dévotions métronomiques, les bonnes intentions aussi édifiantes qu’inefficaces et dont on sait trop bien qu’elles pavent le chemin de l’enfer, avec enfin cette discrète autosatisfaction irritante de ceux qui se croient justes : cela déjà mettait Jésus dans de mémorables colères qu’on n’a jamais pu biffer de la tradition primitive.

Cette sainteté imaginaire qui, hélas, a pris le pas sur toutes les autres représentations de la sainteté chrétienne, est-ce vraiment la sainteté ? Est-ce que l’on peut encore supporter cette sainteté là ? En clair : c’est non. C’est du « sur mesure », c’est trop cadré, c’est trop artificiel par  pour qu’on puisse imaginer un instant que Dieu ait voulu cela comme idéal de vie pour nous, ses enfants. Heureusement,  il y a la plaisante sagesse lyonnaise qui, comme vous le savez, c’est le deuxième guide de spiritualité après la Bible (même s’il est peu connu, car diffusé uniquement à Lyon, dans la presqu’île !!!!) qui nous apprend cette sentense sublime de profondeur et de vérité : « au Paradis, on sera si heureux, si heureux, que l’éternité sera bien vite passée ». Quand même, les canuts de Lyon, avaient de la religion une vision nettement plus juste ! C’est vrai, il y a des perles « humaines », tirées de la sagesse populaire, qui nous rappellent qu’au fond la sainteté, c’est le bonheur : mais comment concevoir ce bonheur ?

Il nous faut pour cela repartir de quelque chose d’une expérience humaine assez fondamentale : quand peut-on véritablement éprouver un vrai de vrai bonheur ? Le  bonheur, tout comme la sainteté, n’est pas de l’ordre de l’édification, il ne relève en aucun cas de la construction d’un personnage en fonction des exigences que l’on s’imposerait et des codes que l’on voudrait suivre. Précisément, la sainteté c’est l’expérience de se tenir en face de quelqu’un. Quand on est en vérité en face de quelqu’un, pas simplement en fonction de relations commerciales et de contrats ; quand je me trouve en face de quelqu’un que je connais – il se produit, à certains moment, pas tous les jours hélas –un véritable bouleversement : « Qui es-tu, toi, pour que je t’aime et pour que tu m’aimes ?  Qui es-tu toi (même si ce n’est pas une relation amoureuse), qui es-tu, toi en face de moi, pour que je puisse m’approcher du mystère de ta personne, du mystère de ce que tu es ? Qui es tu, toi, pour que j’aie envie de savoir quelque chose de  toi qui, à première vue est insaisissable et qui apparaît comme insaisissable ? Qui es tu, toi,  pour que je discerne en toi « ce qui n’est pas encore manifesté » ? Nous touchons là ce que saint Jean voulait dire lorsqu’il écrivait : « ce que nous serons n’est pas encore clairement manifesté ». Il peut exister une forme de relation entre les humains d’un style tout à fait unique, une relation dans laquelle lorsqu’on est vraiment en face d’une personne on est plus ébloui par ce qu’on ne voit pas d’elle que par ce que l’on en voit. D’ailleurs, à certains moments, il se trouve qu’on n’a pas le courage d’aller chercher dans le cœur de l’autre ce que l’on ne voit pas …

Cette manifestation de l’autre dans son secret et son mystère peut échouer ou ne pas aboutir, mais si vraiment en face de quelqu’un, on commence à pressentir la profondeur de cette expérience, – appelez-la comme vous voudrez : le regard, le visage, le cœur, peu importent les mots à ce stade de la rencontre ! –, si dans cette expérience du face à face, se déploie ou se propose à nous quelque chose de lui ou d’elle dont nous savons que nous ne pourrons jamais nous en emparer pour en devenir les maîtres ou les propriétaires, si on comprend d’une façon ou d’une autre l’étrangeté de cette rencontre, alors je crois qu’on a commencé à pressentir de très loin ce qui constitue le projet de sainteté que Dieu a mis en chacun d’entre nous. Car la vraie sainteté ce n’est pas nous qui en détenons la clef, comme si nous pouvions forcer l’entrée du cœur de Dieu : tel est sans doute un peu le péché et la tentation les plus difficiles à extirper de notre vie et de notre cœur. Nous ne devons en aucun cas croire que la sainteté est notre affaire”. Non, c’est Dieu qui, par anticipation, voit en nous ce qui n’est pas encore manifesté, et par ricochet, c’est nous qui voyons à la fois dans le cœur de nos frères et dans notre propre cœur ce qui n’est pas encore manifesté.

Vous objecterez peut-être : mais comment croire à des choses pareilles, quand il s’agit de Dieu ? précisément, c’est de foi qu’il s’agit … c’est l’attitude de foi que l’on assume quand on dit : « je crois en Dieu ». On ne se contente pas d’affirmer le contenu des aux articles du credo que je peux comprendre et analyser comme des thèmes de savoir théologique. Mais quand je dis « je crois en Dieu » c’est d’abord le geste de me reconnaître en présence de cette réalité invisible qui est le secret de la personne d’un Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux. Le processus même par lequel Dieu s’est révélé, c’est un processus de sainteté, une quête du bonheur par le seul fait de venir à notre rencontre et de nous donner d’avoir accès à son mystère. C’est pourquoi nous disons que Dieu est saint : Dieu, sa vie personnelle, son intimité, constitue une réalité inaccessible, et pourtant il nous a laissé en entrevoir quelque chose, comme un visage et un regard dans sa lumière nous laissent pressentir le mystère d’une personne en face de nous. La sainteté c’est le mouvement par lequel la grâce de Dieu nous conduit du visible à l’invisible. Quand on a pressenti cela, on peut le comprendre et l’approfondir à travers toute expérience humaine d’une relation personnelle, qu’il s’agisse de l’amitié, de l’amour, de la confiance. Mais l’essentiel est de le saisir dans notre relation avec Dieu ; car, dans cette perspective, la sainteté « change de sens », elle n’est plus ce projet du self made man dans l’ordre de la vertu et de la sainteté, elle est accueil reconnaissant de ce Dieu qui se donne à nous pour approfondir et hâter en nous ce désir de le voir tel qu’il est. C’est précisément parce que nous le verrons tel qu’il est, qu’il nous sera donné d’êtres manifestés dans notre vérité et notre vrai visage. Car ce qui fait encore aujourd’hui l’opacité mystérieuse de notre personne, ce qui nous empêche d’être manifestés dans notre être le plus intime et le plus personnel, vient de ce que Dieu a entamé dès ici-bas ce processus de manifestation mais en respectant la progressivité et le tâtonnement du temps : tout ce que nous vivons, tout ce que nous construisons dans notre vie, tout ce que nous ébauchons et même tout ce qui en nous échoue et ne marche pas, peu importe, tout cela constitue les étapes de cette marche vers le plus intérieur et le plus intime de nous-mêmes, vers ce point ou Dieu nous donne le rendez-vous pour la pleine manifestation de notre personne.

Frères et sœurs, cela peut nous paraître bizarre que Dieu ait mis un tel enjeu dans le fait de créer les êtres humains : il nous a créés de telle sorte que nous sommes opaques, même à notre propre regard. Nous ne sommes pas capables actuellement de nous saisir dans la pleine transparence de ce que nous sommes : il y a toujours en nous quelque chose de sacré et d’intouchable, inatteignable. Or, c’est à cause de cette opacité que se déploient notre désir de bonheur, notre désir de vivre, et surtout ce désir secret d’aller jusqu’au fond de nous-mêmes, illuminé par l’accueil et la présence de l’autre. Nous avons vraiment envie d’aller le plus loin possible dans la découverte du mystère de la personne de l’autre, qu’il s’agisse de Dieu ou des frères en humanité : nous sommes tenaillés par notre souci d’aller jusqu’au bout de la découverte du secret de Dieu. Il ne s’agit pas de curiosité, mais c’est une conception chrétienne de l’existence que le monde antique ne connaissait pas à ce degré de profondeur. En fait, il n’y a rien de plus passionné et passionnant que la conception chrétienne de l’amour de Dieu et de l’amour des autres car il s’agit d’une passion pour le secret de ceux que je peux rencontrer. C’est la question « qui es-tu ? » qui précède probablement la question « qui suis-je ? ».

Quand Dieu a commencé à se révéler à nous par la grâce du baptême, il a fait surgir en nous une telle mise en appétit, qu’à partir de ce moment là, on ne peut pas s’arrêter dans cette quête. Il y a peut-être en nous le réflexe tout simple de se  dire que ce n’est pas très important, puisqu’on n’y arrivera jamais ici bas sur la terre ; on se dit aussi qu’il y a beaucoup d’autres choses plus urgentes à réaliser dans la vie que cette quête de l’inatteignable, de l’invisible, du secret … Pourtant si l’on y regarde de près, il n’y a rien de plus essentiel. La preuve : quand on se démène ou qu’on essaye de chercher des choses superficielles qui ne révèlent que la surface des, leur vérité et leur sainteté, on finit par se lasser, on se retrouve les mains et le cœur vides : c’est le début de l’enfer : l’enfer n’est sûrement une chaudière à gaz ou au fioul, il n’y a pas de flammes, car l’enfer est écologique : économie d’énergie totale, pas d’énergie fossile ! L’enfer est simplement le fait qu’on a renoncé définitivement à connaître le secret de Dieu et de ceux avec lesquelles on a vécu autres, notre propre secret et le secret de Dieu. Alors, frères et sœurs, quand on fête la Toussaint et qu’on se rend compte de cela, à ce moment là évidemment c’est un challenge, c’est un challenge parce que, si véritablement Dieu s’est révélé de telle sorte que nous sommes sans arrêt en quête de ce qu’il est, et il nous a garanti que l’on y arriverait, c’est cela sa promesse, c’est cela l’accomplissement, c’est cela le Royaume, alors effectivement tout dans notre vie, dans notre vie personnelle, dans notre vie avec les autres, devient cette quête passionnée du mystère, et du secret de la sainteté de chacun d’entre nous.

Aujourd’hui, nous fêtons une sainteté en route, en marche, mais ce n’est pas une sainteté qui va n’importe où, c’est une sainteté qui va déjà dans le cœur de Dieu et le peu de signes que nous avons ici bas sur la terre, dans nos vies, dans la charité, dans la foi, et les quelques signes que nous avons pour nous guider. Mais ce sont pourtant déjà des signes de la réalité de la sainteté de Dieu et de notre propre sainteté, il ne faut jamais l’oublier. Il ne faut pas hésiter : il n’y a qu’une solution, c’est d’être des saints, selon la façon que Dieu nous offre de le devenir : il faut être saints dans le sens où nous sommes des passionnés du cœur et du secret de Dieu, du cœur et du secret des autres, du cœur et du secret de notre propre personne. Amen.

Un sanctoral, est-ce bien utile ?

 

            Dans le cadre de l'année liturgique, l'Église nous invite chaque année à "revisiter" tout le dessein de Salut à travers les temps de l'Avent, de Noël, de l'Epiphanie, du Carême, de Pâques et de Pentecôte. N'est-ce pas suffisant pour nourrir notre vie spirituelle ?

 

            L'Église, comme une mère, ouvre pour nous l'album de notre famille chrétienne, un peu comme on aime feuilleter un album de photos pour y découvrir les visages de ceux qui nous ont précédés. Chaque saint est unique mais il est comme une facette d'un diamant précieux, taillé par la main de Dieu, façonné par la grâce particulière et personnelle accueillie dans le cœur de chaque chrétien.

 

            Certains saints nous sont familiers, d'autres sont moins connus. Tout au long de l'année liturgique, ils jalonnent notre chemin, étincelants ou humbles compagnons, témoins de la Parole de l'évangile. Peu importe l'époque à laquelle ils ont vécu, leur message est toujours actuel parce qu'il plonge ses racines dans la Parole vivante de l'évangile.

 

            Les saints qui sont plus particulièrement cités ont fait l'objet d'une homélie particulière, peut-être pas chaque année. Ces textes sont choisis parmi les nombreuses homélies, parfois anciennes, mais toujours d'actualité qui ont été prononcées au cours des eucharisties de semaine à l'église Saint Jean de Malte. Elles seront renouvelées chaque année afin de varier les accents portés sur tel ou tel aspect de la personnalité évoquée.

 

            Les très courtes indications hagiographiques ne sont là que pour rappeler quelques éléments, quelques dates. La plupart du temps, le contenu de l'homélie visite les grands événements qui ont jalonné la vie du saint.

           

            Quelques renseignements iconographiques, permettent de reconnaître les saints grâce aux attributs particuliers qui leur sont octroyés traditionnellement. (Pour le complément d'informations, consulter les ouvrages proposés dans la bibliographie).

 

            Ce "sanctoral" n'est pas un calendrier strict et rigoureux, ayant pour but de présenter le "saint du jour". D'autres sites en ont fait leur spécialité. Plus simplement, ce sanctoral souhaite offrir en partage, à l'aide d'une homélie, des éléments de réflexion susceptibles d'éclairer notre vie spirituelle à la lumière de "nos frères les saints de tous les temps".

 
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