AU FIL DES HOMELIES

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L'ŒUVRE DE LA RÉCONCILIATION

Ez 3, 16-21 ; Mt 9, 35 - Mt 10, 1
St Jean-Marie Vianney - (4 août 1993)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

V

oici d'abord deux brefs passages de l'homélie prononcée par le pape Jean-Paul II lors de son pèlerinage à Ars en octobre 1986.

"Le mot de salut est celui qui revient le plus souvent sur les lèvres de Jean-Marie Vianney. Il n'a cessé d'avertir ses fidèles, spécialement les âmes tiè­des, indifférentes, pécheresses, incrédules, du risque qu'elles couraient pour leur salut en refusant de sui­vre la voie de la foi et de l'amour tracée par le Sau­veur. Il voulait leur éviter de tomber, d'être perdues, éloignées de la lumière et de l'amour pour toujours. Mais il ajoutait, ce bon Sauveur est si rempli d'amour qu'Il nous cherche partout".

Le salut, qu'est-ce à dire pour saint Jean-Ma­rie Vianney ? Etre sauvé, être délivré du péché qui éloigne de Dieu, qui dessèche le cœur, risque de sépa­rer de l'amour de Dieu pour toujours ce qui serait le plus grand malheur. "Etre sauvé c'est vivre uni à Dieu, c'est voir Dieu. Etre sauvé c'est également être réintroduit dans une vraie communion avec les autres car nos péchés, bien souvent, consistent à blesser l'amour du prochain, la justice, la vérité, les respect de ses biens, de son corps, de ses droits humains. Tout cela est contraire à la volonté de Dieu. Il y a une solidarité profonde entre tous les membres du Christ. On ne peut L'aimer, Lui, sans aimer ses frères. Le salut permet donc de trouver une relation filiale avec Dieu et fraternelle avec les autres."

C'est le premier élément du ministère de saint Jean-Marie Vianney que Jean-Paul II souligne, l'an­nonce du salut aux pécheurs. Le deuxième trait est dans la logique du premier, c'est l'eucharistie. C'est à l'eucharistie qu'il voulait conduire ses fidèles repentis. Jean-Paul II disait : "Vous savez la place centrale qu'occupait la Messe dans chacun de ses journées, avec quel soin il s'y préparait et la célébrait. Il était très conscient que le renouvellement du Sacrifice du Christ était la Source des grâces de conversion. Il insistait aussi sur la communion, invitant les hommes dûment préparés à communier plus fréquemment, contrairement à la pastorale de l'époque. Vous savez encore que la présence réelle du Christ dans l'eucha­ristie le fascinait pendant et en dehors de la Messe. On le trouvait si souvent au pied du Tabernacle en adoration. Et ses pauvres paroissiens n'ont pas tardé à venir eux-mêmes saluer et adorer le Christ en son Saint-Sacrement. Le concile nous a heureusement permis de rénover nos célébrations eucharistiques, de les ouvrir à une participation communautaire, de les rendre vivantes, expressives, faciles à suivre. Je pense que le Curé d'Ars s'en réjouirait."

Annonce du salut, célébration de l'eucharistie. Ce sont les deux moments et c'est la raison du minis­tère sacerdotal. Le prêtre n'a pas d'autre raison d'être que de célébrer ce salut, pas pour lui mais pour les pécheurs. Cette célébration se fait dans le sacrement de Réconciliation qui est un sacrement incontourna­ble, même s'il est souvent délaissé parce qu'incompris, et il y a peut-être des raisons mais il ne faudrait pas en faire un alibi pour ne pas se confesser, puis dans l'eu­charistie qui est la source de la force et de l'énergie pour vivre cette réconciliation.

Il est vrai que ce double ministère et spécia­lement celui de réconciliation est pour un prêtre très difficile. On dit que Jean-Marie Vianney restait jus­qu'à dix-sept heures dans son confessionnal. Quand j'y passe deux heures, je trouve cela très fatigant. Mais s'il y passait tant de temps, c'est parce qu'il sa­vait cette importance capitale de la rencontre person­nelle, pas entre ses paroissiens et lui-même, il n'en avait que faire, mais entre ses paroissiens et Dieu par son ministère à lui qui était probablement plus pauvre que beaucoup de ses paroissiens. C'est pourquoi saint Jean-Marie Vianney rappelle aux prêtres que nous sommes que nous sommes envoyés "en cure" pour guérir, pour annoncer à temps et à contretemps le salut sans se décourager et sans envelopper cette an­nonce dans de multiples formes psycho-sociologiques ou autre chose, ce que parfois nous avons la tentation de faire parce que c'est beaucoup plus facile, beau­coup plus attrayant et beaucoup plus gratifiant.

Le prêtre n'est pas dans une paroisse pour lui-même et vous n'êtes pas là pour lui-même. Il est là au nom du Christ et vous y êtes pour le nom du Christ. Le prêtre n'est que le serviteur de ce salut, de cette réconciliation que le Christ Jésus vient célébrer avec son Église. Dans une paroisse le personnage le plus c'est la communauté chrétienne et son Seigneur. Il faut donc faire attention que la vie spirituelle, que la recherche spirituelle, que la vie paroissiale, que la pratique des sacrements, que la vie liturgique, que la rencontre sacramentelle soit bien voulue pour le Christ d'abord et non pas pour son serviteur. Et lui-même doit aussi toujours se dire que lorsque les autres le rencontrent au nom de son ministère, c'est d'abord le Christ qu'ils viennent chercher, le Christ qu'il doit livrer et non pas lui-même, sa vie, ses humeurs ou sa propre sainteté.

Voici un dernier paragraphe de cette homélie de Jean-Paul II : "Le Christ s'est bien arrêté ici, à Ars, au temps où Jean-Marie Vianney y était curé. Il s'est arrêté, Il a vu les foules des hommes et des femmes du siècle dernier qui étaient fatigués et abattus, des bre­bis sans berger. Le Christ s'est arrêté ici comme le Bon Pasteur. Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, disait Jean-Marie Vianney, c'est là le plus grand trésor que le Bon Dieu puisse accorder à une paroisse, un des plus précieux don de la miséri­corde divine."

Un des plus grands trésors que Dieu puisse accorder à une paroisse... Que la présence des prêtres dans l'Église d'aujourd'hui vous renvoie à vous-mê­mes, à votre vie spirituelle, à votre témoignage. Et si Jean-Marie Vianney a été la présence et le passage du Christ dans une paroisse, que chaque chrétien et cette paroisse soient pour les foules affamées et abattues d'aujourd'hui le passage du Christ Bon Pasteur qui les recherche pour les amener à son salut. Soyez donc témoins de la réconciliation et de l'eucharistie, non pas pour vous ni pour le plaisir des prêtres mais pour le salut du monde.

 

AMEN

 

 

 
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