AU FIL DES HOMELIES

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UN VISAGE NOUVEAU DU SACERDOCE

Ez 3, 16-21 ; Mt 9, 35 - Mt 10, 1
St Jean-Marie Vianney - (4 août 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

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ne figure très aimée, très connue et respectée que celle du saint curé d'Ars, saint Jean-Marie Vianney, il fait partie de ce siècle qui a donné de grand saints. Pensons à tous ces mouvements religieux, ces fondations de congrégations religieuses, qui ont eu soin de l'instruction, des malades, de toutes ces congrégations féminines ou masculines qui sont parties dans les colonies pour évangéliser. C'est vraiment un siècle de mouvement religieux très profond. Un siècle marqué aussi par des penseurs chrétiens dont on a encore les noms en tête, Bernanos, Péguy, en passant par Claudel, on peur aussi penser à de grandes figures comme sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, ou encore la bienheureuse Élisabeth de la Trinité. C'est un beau siècle de sainteté, même si hélas, l'architecture elle, n'a pas laissé de traces avantageuses et belles dans l'art.

Il y a aussi, et c'est un siècle assez paradoxal, une certaine incurie notamment au niveau du clergé. D'abord, le curé d'Ars a failli ne jamais être ordonné parce qu'il n'arrivait pas à apprendre le latin. Ce qui est dommage car il avait une qualité que d'autres n'avaient pas, il a toujours été un grand travailleur acharné, et même s'il n'arrivait pas à comprendre, il a essayé de saisir, de lire, d'étudier, sans cesse. C'est remarquable, parce que le clergé à son époque, s'il avait suffi de savoir le latin, ils le connaissaient, mais ensuite au niveau du travail intellectuel, ils étaient d'un ignorance crasse, voire d'un très grande pauvreté, ils ne travaillaient plus parce qu'ils étaient pour une grande part du clergé, parce qu'ils étaient tellement intermédiaires entre le peuple et Dieu, ils en étaient tellement les lieutenants, qu'ils faisaient tout à la place du peuple, et surtout, ils attendaient les hommages, les honneurs, la gloire que ce peuple devait leur rendre. Il est sûr, en plus, dans un siècle bouleversé, pensons qu'en 1905 il y a la séparation de l'Église et de l'État, on prend alors parti pour son clergé, quel qu'il soit ! Même si certains se considéraient un peu comme des autocrates dans leur paroisse, à défaut d'être des recteurs, il est certain que le visage du prêtre n'est pas du tout le visage tel qu'on va le découvrir dans le curé d'Ars. Je crois que c'est justement cela sa sainteté. Et l'on nous le dira plus tard, Jean XXIII écrira même une encyclique sur le saint curé d'Ars, c'est d'être un pasteur Pour nous, cela paraît évident aujourd'hui, mais à l'époque, ce ne l'était pas, être pasteur. On était prêtre, on était revêtu de la gloire du sacerdoce, on avait pignon sur rue, on était un personnage respecté, tellement respecté, vous le savez très bien, le personnage important du village dans ces cas-là c'était quand même l'instituteur, le curé et parfois le maire. Ce qui fait que le curé d'Ars apporte une véritable nouveauté dans le visage du sacerdoce. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il a conscience d'être au service des brebis, qu'il est au service du peuple qui lui a été confié. Et croyez-moi, Ars n'était pas une sinécure, il n'y avait pas assez de chrétiens pour faire vivre leur curé, et c'était une paroisse crottée, et l'évêque de Lyon l'avait envoyé là-bas justement pour se débarrasser de lui, parce qu'il pensait comme l'avait écrit lui-même le curé d'Ars, qu'il était un nigaud. Donc on n'allait pas donner une belle paroisse, bien plantureuse avec beaucoup de chrétiens, donc de l'argent, n'ayons pas peur des mots, à un imbécile de première.

Toujours est-il que le curé d'Ars, paradoxalement va attirer les foules. Et pourquoi ? Parce que les gens ont compris qu'il était un pasteur et qu'il voulait prendre soin des chrétiens. Il ne voulait pas les enfermer comme la plupart des autres curés dans le carton de la boîte à morale. Il n'avait pas enrubanné dans un jansénisme latent ou dans un moralisme exacerbé les chrétiens dont on sait très bien à l'époque, qu'avec la morale bourgeoise, qu'ils se contentaient souvent d'avoir les apparences comme de belles façades, mais l'intérieur était quand même plutôt pourri.

Le curé d'Ars veut atteindre au cœur de l'homme. Pour lui, il n'y a pas trente-six moyens, il n'y en a que trois : la pénitence qui conduit à la conversion, la prière qui conduit à l'intimité avec le Christ, et la liturgie. On se souviendra, je ne sais pas comment il a fait, mais il dépensait tout son salaire, il achetait les plus beaux ornements qui puissent être pour la gloire de Dieu, pour Lui, il n'y avait rien de trop beau. Et cette liturgie, avec ce qu'elle était à l'époque, il la soignait parce qu'il pensait que c'était ce qui procurait ultimement la communion avec Dieu. On ne s'étonnera d'ailleurs pour lui-même qu'il ait fait pénitence, parce que le berger est comme ses brebis, il n'est pas au-dessus, il est bien à leur service, et il devait leur montrer l'exemple. Lui-même dit : je ne pouvais pas me balader dans les champs sans prier, il était toujours en prière. Il s'extasiait, c'est le célèbre passage de ce pauvre paysan, dont le curé d'Ars disait, je ne sais pas ce qu'il faisait pendant plusieurs heures devant le saint Sacrement comme cela, pourtant, il ne passe pas pour un intellectuel, ou un grand théologien, ou un grand prieur, alors il pose la question à cet homme et lui demande : que faites vous ? Et l'autre répond : Je le vise, et Il m'avise, en parlant de Jésus qui était présent dans le saint Sacrement. Je le vise, c'est bien une image de paysan, je regarde ma vache, et elle m'avise, elle me regarde aussi et je ne peux pas faire autrement que d'être en face.

Donc cette prière-là, et ensuite, la liturgie. On sait qu'il a passé des heures entières au confessionnal. Ce qui est très intéressant d'ailleurs, c'est que le curé d'Ars était d'abord marqué lui-même par un certain moralisme. C'est grâce à saint Alphonse Marie de Ligori, que nous avons fêté, il y a peu de jours, un grand moraliste, qu'il a changé sa vision des choses, sur la vie des gens, sur leur misère et sur leur pauvreté, et qu'il a compris qu'il ne fallait pas les condamner et faire peser des poids encore plus grands, mais qu'il fallait leur dire au contraire combien, comme l'avait saint Paul et que l'avait repris saint Augustin : "où le péché a abondé, la grâce a surabondé". On comprendra qu'ensuite, on était capable d'entrer dans l'eucharistie, non seulement l'adoration du saint Sacrement, mais surtout de recevoir l'eucharistie à une époque, souvenez-vous, où l'on communiait fort rarement. Il a fallu l'instruction de saint Pie X toute récente, puisqu'il a été pape en 1910, pour que les gens communient au moins une fois par an, et si possible dès l'âge de raison.

Demandons au saint curé d'Ars de nous aider certainement à mieux vivre pour nous-même non pas ce qui dans sa figure nous paraît parfois comme très ténébreux, un peu poussiéreux, antique comme le dix-neuvième siècle nous l'a laissé parfois imaginer pour un certain système religieux. Le curé d'Ars était pour son époque un homme et un prêtre d'actualité, de son temps, et une figure tout à fait nouvelle. Qu'il nous donne de vivre un christianisme non pas vieillot, mais vraiment un christianisme de notre temps, où le souci ne soit pas personnel et individuel de sanctification, mais un souci de communion pour toute l'Église et un souci pour tous les hommes éloignés de l'Église, en leur proposant ce que cette Église a de meilleur, sa capacité de se retourner vers Dieu, quels qu'en soient les moyens, la pénitence et la conversion, c'est quelque chose de personnel, chacun fait ce qu'il veut et peut, par la prière, cette fidélité à l'intimité de Dieu, et surtout par la célébration des sacrements. La plus grande tentation qu'a eu le curé d'Ars, ce ne sont pas ces diableries, ce démon qui vient le titiller la nuit sous le lit, mais sa plus grande des tentations, cela a été de fuir, de partir de sa paroisse pour se réfugier dans un monastère, et pour être enfin tranquille. Un jour, il a écrit sur son carnet : "là où tu es, là est ta vocation !"

 

AMEN

 

 

 
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