AU FIL DES HOMELIES

Photos

POUSSE-TROUPEAU, LE CURÉ D'ARS

Ez 3, 16-21 ; Mt 9, 35 - Mt 10, 1
St Jean-Marie Vianney - (4 août 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l y a une seule façon dans l'Église catholique, au niveau théologique, de situer le prêtre, mais il est très courant qu'il y ait deux expressions, deux visions et deux conceptions du prêtre totalement différentes. L'un d'ailleurs s'oppose à l'autre, il y a une conception du type : le prêtre qui remplace le Christ, et l'autre, le prêtre qui est instrument du Christ.

Même aujourd'hui encore, après pourtant le Concile Vatican II, la théologie du sacerdoce se réfère plutôt à la première manière de concevoir le prêtre et l'on attribue au curé d'Ars, ou on le prie pour que nos prêtres soient comme lui. En pensant d'ailleurs que saint Jean Marie Vianney, exemple type de ce que doivent être les prêtres, les prêtres saints par excellence, pour le dire rapidement, remplacent, si ce n'est Jésus-Christ, au moins, notre vocation de chrétiens à être nous-mêmes prêtres. C'est sûr, c'est un sujet difficile. Il y a des prêtres dans l'Église, et pourtant, on dit de chacun d'entre nous que par notre baptême, nous sommes prêtres. Donc, la manière la plus simple c'est de situer que pour les chrétiens, c'est une manière de parler puisque les chrétiens ne célèbrent pas la messe. Bien que le Concile Vatican II dise dans la Constitution Sacro Sanctum Concilium que c'est le peuple de Dieu qui célèbre. Donc, première difficulté, les chrétiens sont prêtres, mais on s'arrange en disant : c'est une façon de parler !

Du coup, il y a les prêtres qui eux, célèbrent la messe, et donc les prêtres qui célèbrent la messe sont donc forcément au-dessus des chrétiens. Comme ils sont au-dessus des chrétiens, souvent des gens très gentiment vous demandent : priez à ma place, vous, vous savez prier … Notamment l'exercice sacerdotal du peuple de Dieu, c'est l'offrande sacrificielle de la prière. Le prêtre n'est pas dispensé de prier, ne me faites pas dire ce que je ne dis pas, mais la vocation première de l'exercice sacerdotal, c'est l'offrande, c'est l'action de grâces, c'est le sacrifice que Dieu agrée, et qu'est-ce qu'il agrée comme sacrifice ? celui de l'offrande de notre vie, de l'offrande de notre prière, celui de l'offrande de notre action de grâces. Ce qui fait que le prêtre ne peut pas être au-dessus du peuple chrétien, le prêtre ne peut que servir la prière sacerdotale du peuple de Dieu. Il ne peut faire que cela. Dès lors, la figure du curé d'Ars s'éclaire beaucoup mieux, parce que contrairement à ce qu'on lui fait dire souvent, il avait conscience d'être vraiment et seulement l'instrument entre les mains de Dieu, l'instrument dont Dieu se sert pour aider le peuple à exercer sa vocation de prière, d'offrande, et donc sa vocation de sacerdoce. Et c'est pourquoi on peut, je pense l'affirmer, le prêtre n'est jamais l'intermédiaire entre Dieu et le peuple. Il est vrai que c'est le sacerdoce Aaronique, sacerdoce qui se transmettait de père en fils comme un pouvoir et un privilège, ce qui faisait que les prêtres étaient une caste à part avec une manière de fonctionner et des privilèges qui faisaient qu'ils étaient un peu mieux que le peuple, et donc, entre Dieu et le peuple, mais ce n'est pas du tout le sacerdoce catholique, d'abord parce qu'on ne se succède pas de père en fils, d'une part, et d'autre part, parce que le prêtre à l'heure actuelle est bien, non pas l'intermédiaire, mais le serviteur d'un peuple qui est appelé à être directement en communion avec Dieu.

Par le baptême, nous sommes temples de l'Esprit, Dieu réside en nous, par la confirmation, nous grandissons sans cesse dans cette vie donnée à la naissance par Dieu, dans l'eucharistie, vous communiez tout directement dite réelle de Dieu. Et un prêtre de l'Ancien Testament était obligé d'offrir le sacrifice d'un animal au nom du peuple pour que Dieu puisse agréer et pardonner le peuple, mais le prêtre à l'heure actuelle ne remplace pas votre demande de pardon, il est simplement comme un instrument qui doit dire : au nom de Dieu, je te pardonne. Ce n'est pas lui qui pardonne, d'ailleurs, l'ancienne formule était plus juste : au nom de Dieu, tu es pardonné.

Une expression que j'aime souvent prendre, c'est que le prêtre n'est pas celui qui se place entre Dieu et le peuple, il est éventuellement pour le troupeau qu'est ce peuple de Dieu, un "pousse-troupeau", en disant, allez-y, allez vers les jardins du Seigneur. Il faut que le prêtre soit celui qui favorise le plus possible la communion qui existe de façon réelle, vivace et sacramentelle, entre chacun des chrétiens et Dieu.

Si le curé d'Ars est donné en exemple pour les prêtres, ce n'est pas pour que les prêtres soient au-dessus du peuple de Dieu. Quand un prêtre préside comme je le fais à l'eucharistie, il n'est que l'instrument qui signifie que c'est Jésus qui préside à notre eucharistie. Nous ne sommes que des instruments qui doivent accomplir dignement le fait de présider l'eucharistie parce que c'est le Christ qui nous préside, c'est lui qui est le vrai et le seul pasteur.

Je reviens à l'évangile. Je ne sais pas si vous avez entendu mais il y a une erreur fondamentale sur cet évangile. "La moisson est abondante, les ouvriers peu nombreux. Priez le maître de la moisson pour qu'il envoie des ouvriers à sa moisson". Vous pouvez interroger tous les chrétiens, il y a un mot clé : c'est la moisson. On ne prie pas pour avoir des semeurs, or, dans notre esprit, on pense toujours que Dieu demande des semeurs, et d'ailleurs certains prêtres pensent que dans ces cas-là, ils sont là, ils vont prendre le bon grain et le semer sur la route, dans les champs, etc … Mais, cela, c'est Jésus qui le fait c'est Jésus le semeur. Jésus ne demande pas de prier pour avoir des semeurs, il demande de prier pour avoir des moissonneurs. C'est très différent. Le moissonneur arrive, il prend la faucille et il ramasse ce que Dieu a semé, voilà l'exercice sacerdotal. Le prêtre ne remplace pas le semeur.

Peut-être alors que la figure si aimée du curé d'Ars sera aimée pour de bonnes raisons.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public