AU FIL DES HOMELIES

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LA PASTORALE DU CURE D'ARS

Ez 3, 16-21 ; Mt 9, 35 - Mt 10, 1
St Jean-Marie Vianney - (4 août 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

e qui a le plus desservi le curé d'Ars, c'est la manière dont on a conçu après sa vie de prêtre, les traits qu'on en a retenu et d'une certaine manière le personnage dans lequel on l'a enfermé. On a souvent cru que la sainteté du curé d'Ars était une sainteté uniquement conventionnelle de l'époque, appuyant sur les côtés qu'on suppose être les plus habituels : l'angoisse du salut, la sévérité des comportements, la méfiance vis-à-vis du monde, etc … On imagine que le curé d'Ars a été comme ça, je cois que c'est un anachronisme, c'est une manière assez profondément fausse de comprendre la vie et la personnalité du curé d'Ars.

En effet, si on le replace vraiment dans son contexte, un homme qui naît en 1786, qui connaît l'ancien régime uniquement dans son enfance, qui connaît ensuite quelques vagues échos à la campagne de l'effondrement et des bouleversements révolutionnaires, ensuite se dérobe face au service militaire et c'est son frère qui est pris à sa place. Ensuite, il est ordonné et il va mener une vie de curé de campagne dans le grand pourtour de la couronne lyonnaise. Si on regarde cette vie, il faut la resituer dans l'Église de son temps qui est très compliquée. C'est une Église qui se remet à peine de la tourmente révolutionnaire, qui veut absolument avoir et regagner point par point, pied par pied toutes les positions officielles qu'elle a connu auparavant. Que ce soit sous la Restauration, ou sous Louis-Philippe, que ce soit ensuite dans la première partie de l'Empire, dans tous ces moments que le curé d'Ars a vécu du point de vue de la vie de la société française à l'époque, le seul souci majeur des ecclésiastiques, c'est de redonner une place publique à l'Église, de faire respecter le culte, d'obtenir des privilèges, des concessions, d'obtenir une position privilégiée dans la société. Si vous relisez honnêtement les textes ou les témoignages concernant le curé d'Ars, vous vous apercevrez que étrangement, cela n'apparaît pas du tout. Et c'est cela sans doute un des côtés les plus miraculeux de la vie du curé d'Ars, c'est qu'il est complètement indépendant, comme déconnecté, débranché comme on dit aujourd'hui de cette espèce de course à la vie publique, à la position publique que requièrent l'Église et les ecclésiastiques.

Du coup, et je crois que c'est le génie de sa sainteté, c'est qu'au lieu de sa faire une figure de curé, ce qui était la préoccupation de tous les curés de l'époque, il fallait bâtir des églises, organiser des processions publiques, le curé d'Ars change complètement la perspective de sa pastorale, perspective qu'il n'a sans doute pas apprise au séminaire, et il pense que le vrai travail et le vrai souci du pasteur c'est de sauver les gens.

La vie du curé d'Ars, sa pastorale est une pastorale de l'urgence fondée sur la proximité. C'est pour cela qu'il va se retrouver dans ce ministère qui à cette époque-là était un ministère clé, celui de la confession. En réalité, c'est vrai que le curé d'Ars a bouleversé la figure du prêtre, mais pas exactement comme on le pense. C'est d'abord le fait de ce qu'il est spontanément, sans réflexion, car il n'avait pas lu les ouvrages de sociologie religieuse. Il n'avait pas lu Lacordaire, Guizot, Thiers et tous les autres, mais il a compris que la figure ministérielle n'était pas une figure ministérielle officielle, représentant la république auprès des paroissiens d'Ars, mais que c'était la présence du Christ auprès de ce petit troupeau qui lui était confié.

Après, sur la base de cela, cette réputation qui s'est faite sans le vouloir, de confesseur dérive de là. C'est parce qu'il avait le sens qu'une pastorale doit être incarnée, insérée dans un petit village d'Ars, Dardilly, etc … qui sont maintenant la banlieue lyonnaise large, et que c'était à qu'il devait comme pasteur être le porteur et l'annonciateur du Salut. Il est certain qu'il l'a fait avec toutes les angoisses qui étaient assez marquées dans le catholicisme de l'époque qui vivait une sorte de deuxième phase de jansénisme, c'est l'angoisse du Salut numéro un. Lui, le pauvre, il était aussi angoissé d'autant plus qu'il s'était dérobé à son devoir militaire quand il avait vingt ans et les officiers napoléoniens avaient réquisitionné son propre frère pour faire la campagne de Russie où il est mort. Il faut quand même comprendre que le curé d'Ars a vécu avec un mort sur la conscience pendant toute sa vie. On ne le dit plus, on ne le sait plus, mais c'est sans doute une des raisons pour lesquelles cet homme portait une angoisse extrêmement profonde parce qu'il savait qu'à cause de sa fuite dans les bois, c'est son frère qui était mort à sa place. Quand on vit avec cela toute sa vie, je comprend qu'on ait le sens de la miséricorde.

C'est précisément pour cela que le curé d'Ars a véritablement bouleversé l'image du prêtre et que d'une certaine manière, cela a beaucoup apporté à l'Église de France. C'est là que s'est remodelé le visage du prêtre, du curé officiel qui était au fond, un concordataire, c'était le pendant parfois plus encore que le maire dans le village. Donc, ce qui comptait avant tout c'était de faire régner l'ordre mais ce n'était pas nécessairement la préoccupation du salut spirituel des chrétiens. C'est cela qu'il a mis au cœur de sa vie de prêtre et de sa pastorale, et un jour, c'est devenu un saint. C'est parce qu'il aimait les gens qu'il était proche d'eux, parce qu'il comprenait les petites misères et tous les grands malheurs qui pouvaient s'abattre sur chacune de ses familles que petit à petit le curé d'Ars a élaboré sa méthode pastorale.

Je crois que plus grand tort qu'on peut lui faire c'est de vouloir limiter littéralement, parce que précisément lui-même a inventé quelque chose, ce n'est pas un saint à imiter, de toutes manières, il est inimitable. Il a inventé un chemin nouveau qui était celui pour les paroisses rurales de la banlieue lyonnaise de l'époque. Mais on peut lui demander qu'il suscite aujourd'hui d'autres témoins qui à travers un chemin pastoral profondément différent du sien, on ne fait plus la même pastorale avec la mondialisation, la globalisation et tout le reste des moyens modernes, mais inventer, retrouver le même dynamisme pastoral que celui qui a animé le curé d'Ars, parce qu'il exerçait son ministère à con époque, dans son temps, avec le souci tout simplement d'être le grand messager, l'unique messager du Salut pour ses frères.

 

AMEN

 

 

 

 
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