AU FIL DES HOMELIES

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DONNER AVEC JOIE

2 Co 9, 6-10 ; Jn 12, 24-26
St Laurent - (10 août 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

U

ne des caractéristiques de la fonction diaco­nale était le service des pauvres et ceci appa­raît d'une façon particulière dans le martyre de saint Laurent. Les diacres n'étaient pas des minis­tres pour assister le célébrant à l'eucharistie mais les organisateurs de la communauté chrétienne qui de­vaient veiller particulièrement sur ceux qui n'avaient pas de quoi se suffire à eux-mêmes. C'est la raison pour laquelle nous avons lu le passage de saint Paul qui exhorte à donner généreusement à l'occasion d'une collecte pour l'église de Jérusalem qui était dans une très grande détresse matérielle.

"Qui sème chichement récolte chichement ! Qui sème largement moissonnera largement !" "Dieu est assez puissant pour vous combler de toutes sortes de libéralités, afin de pouvoir donner largement aux autres." Nous sommes entre les mains de Dieu et c'est à la mesure de notre générosité avec nos frères que nous recevrons de la part de Dieu à travers d'autres frères. Lorsqu'on donne sans compter, on reçoit aussi sans compter. La pingrerie n'est pas le meilleur moyen d'amasser de quoi vivre. Il faut savoir avoir les mains aussi ouvertes pour donner que pour recevoir.

"Que chacun donne selon son cœur, non d'une manière chagrine ou contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie !" Le don que nous faisons de nos biens à nos frères quand les circonstances s'y prêtent, n'est pas un devoir qu'on accomplit avec peine. Il faut que ce don vienne du cœur et nous rem­plisse de joie. Si nous donnons en regrettant de don­ner, notre don, évangéliquement parlant, n'a pas de valeur. Peut-être que financièrement parlant il sera équivalent, mais évangéliquement il ne sert pas à grand-chose. Toutes les fois que nous donnons en regrettant de donner, il y a quelque chose qui ne va pas dans notre cœur. Et ceci ne s'applique pas d'ail­leurs aux richesses mais plus généralement à toute générosité. Quand nous décidons de faire tel effort ou de réaliser telle oeuvre difficile, si nous le faisons de manière contrainte, sans enthousiasme et sans joie, il vaudrait mieux ne pas le faire.

Je pense qu'il y a une règle dangereuse que pourtant sainte Thérèse d'Avila s'était donnée, c'était de faire toujours ce qu'il y avait de meilleur. Je crois qu'il vaut mieux faire ce qu'on est capable de faire, capable selon son énergie mais aussi capable selon son cœur. Il ne sert à rien de placer son idéal trop haut si, pour le réaliser, nous sommes obligés d'écraser notre cœur et notre personnalité, si nous sommes obligés de le faire finalement avec une certaine tris­tesse, voire parfois avec une certaine rancœur. Il ar­rive que nous fassions notre devoir d'une manière triste qui ne donne pas envie de nous suivre et de nous aimer. Or il faut que ce devoir devienne notre joie, c'est essentiel à la morale évangélique. Vous me direz : ce n'est pas évident, ce n'est pas facile. Je ne dis pas qu'on y arrive du premier coup, mais je pense que c'est là un but qu'il faut absolument se fixer. Et tant qu'on n'a pas atteint ce but, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas très bien dans notre vie intérieure et morale. Il faut que nous puissions adhérer à ce que nous faisons et le faire avec un don de nous-mêmes qui soit à la mesure du don de nos biens ou de nos efforts. "Dieu aime celui qui donne avec joie !" Ne nous sentons pas quittes parce que nous avons ac­compli notre devoir. Sachons qu'il faut que nous y mettions tout notre être, tout notre cœur.

C'est bien là le sens profond du martyre. Si l'Église vénère tellement les martyrs c'est qu'ils se sont élancés de toutes leurs forces et de toute leur joie pour se diriger vers le Seigneur. Il n'y sont pas allés à reculons. Ils ne sont pas allés au martyre en se laissant traîner ni même en serrant les poings ou à la force des poignets. Ils savaient, et le témoignage de beaucoup de martyrs le souligne, ils savaient que la force du Christ pouvait leur permettre de franchir ces épreuves. C'est pourquoi c'est avec une grande adhésion de tout leur être à la personne du Christ qu'ils acceptaient ce sacrifice ultime. Que les petits sacrifices que la vie courante nous demande, en particulier le don de nous-mêmes que la charité nous demande vis-à-vis de frè­res plus pauvres que nous, soit toujours un don de tout notre être et pas seulement un don de quelque chose, que nous nous donnions vraiment de tout notre cœur et avec joie.

 

AMEN

 

 

 
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