AU FIL DES HOMELIES

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L'ORGANISATEUR DE LA VIE CONCRÈTE

2 Co 9, 6-10 ; Jn 12, 24-26
St Laurent - (10 août 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Laurent, parce que l'histoire de son mar­tyre a eu un grand retentissement dans l'église de Rome, est devenu le prototype des martyrs de l'Église. Je voudrais aujourd'hui insister non sur le martyre mais sur un autre aspect de la sainteté de Lau­rent puisqu'il était diacre, et les deux choses ne sont pas indépendantes.

Qu'est-ce qu'un diacre ? Aujourd'hui la restau­ration du diaconat par le concile est encore trop ré­cente pour que cela soit devenu essentiel à nos yeux. Pourtant dans la structure de l'Église ancienne et dans la volonté du Christ, le diaconat est quelque chose de fondamental dans la communauté chrétienne. Cette communauté faite de tous les baptisés a besoin, pour se diriger vers le Christ, pour atteindre à son plein épanouissement dans la gloire, a besoin de serviteurs spirituels qui, choisis par le Christ, sont non pas des intermédiaires entre Dieu et les hommes, mais des serviteurs de la communauté dans son chemin vers Dieu. Ces serviteurs sont les évêques, les prêtres, les diacres. Évêques et prêtres ont d'abord et essentielle­ment une fonction de service strictement spirituel. Leur rôle c'est de célébrer l'eucharistie, de prêcher la Parole de Dieu, de donner les sacrements et d'être les ministres du pardon des péchés. C'est dire que les prêtres et les évêques sont d'abord ceux qui ren­contrent chacun des chrétiens pour leur communiquer la grâce de la vie même de Dieu par la célébration sacramentelle afin qu'elle vienne ressusciter leur cœur et le faire vivre de la vie même du Christ.

La fonction du diacre est complémentaire. Par rapport à celle du prêtre et de l'évêque c'est une fonc­tion matérielle ou plutôt spirituellement matérielle. Il s'agit de l'organisation de la communauté chrétienne dans sa vie concrète. Non plus dans les besoins sa­cramentaires de chacun des membres qui viennent avec leurs péchés, leurs souffrances, leurs maladies pour recevoir la grâce de Dieu, mais l'organisation de la vie quotidienne dans sa manière de s'exercer. Les diacres ont été choisis pour organiser la catéchèse, le soin des malades, l'aide aux pauvres et aux nécessi­teux, la structure de la célébration liturgique. Le rôle de chantre est un rôle diaconal aussi bien que le rôle de visiteur de malades ou de visiteur de prison, ou la préparation des enfants à leur entrée dans la commu­nion de l'Église par la catéchèse. Tous ces rôles étaient dans l'Église primitive assumés par les diacres de telle sorte que les prêtres, au lieu d'être submergés par ces tâches d'organisation étaient entièrement dis­ponibles pour la méditation de la Parole de Dieu, pour son enseignement, pour la célébration des sacrements.

C'est dire que beaucoup de charges très im­portantes étaient entre les mains des diacres. Il est très symptomatique de voir que de toutes ces charges, celle qui résumait le mieux la fonction diaconale c'était l'aide apportée aux pauvres. Toute cette organi­sation de l'Église se faisait finalement en fonction des plus petits, des plus pauvres. En raison de l'évangile, ils devaient être les premiers servis. C'est la raison pour laquelle les diacres avaient le souci de les loger, de les vêtir, de les nourrir, ce qui dans les Actes des apôtres constitue "le service des tables". Les diacres avaient d'innombrables services entre les mains et notamment les finances de l'Église dont le but premier était l'aide aux pauvres.

C'est dire que le diacre résume en lui cet as­pect de service qui est finalement la vocation de tous les chrétiens, car même s'il y a dans l'Église des mi­nistres, des serviteurs qui consacrent tout leur temps à la communauté, il n'en reste pas moins que tous les chrétiens sont aussi serviteurs les uns des autres et doivent aider leurs frères. Si saint Laurent a été mar­tyr c'est parce qu'il était diacre. Le service qu'il ac­complissait dans l'Église le mettait d'une certaine fa­çon beaucoup plus en avant que les prêtres, voire même que l'évêque dont la fonction strictement plus spirituelle était davantage intra-ecclésiale. Un diacre était en contact avec toutes sortes de gens dans ou en dehors de l'Église à cause de toutes les fonctions mul­tiples qu'il avait à remplir. Les deux grands martyrs que célèbre l'Église, saint Laurent et saint Etienne, étaient diacres. Ils résumaient en eux ce service de leurs frères. Et c'est ce service qui les a conduits au don ultime de leur vie car un martyr donne sa vie pour ses frères. C'est pour ses frères qu'il donne sa vie en union avec le Christ. Quand un martyr meurt c'est le Christ qui souffre et meurt en lui, c'est le Christ qui prend totalement possession de sa vie pour, à travers la mort, la conduire jusqu'à la résurrection. Le martyr est celui qui se dépossède totalement de lui-même dans un don de soi entièrement offert. Saint Paul disait : "Dieu aime celui qui donne avec joie". C'est le secret de tout service, de tout don, y compris du don de sa vie. On ne peut donner qu'avec joie. Celui qui donne par contrainte, celui qui se force à servir ses frères n'est pas dans la ligne de l'évangile. Apprenons à donner de tout notre cœur, de toute notre joie. Que ce don de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous avons soit l'épanouissement de nous-mêmes.

 

 

AMEN

 

 
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