AU FIL DES HOMELIES

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L'HUMOUR DES MARTYRS

2 Co 9, 6-10 ; Jn 12, 24-26
St Laurent - (10 août 2004)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

S

aint Laurent est un saint exceptionnel, tout de suite on a écrit les actes de son martyre, toute suite l'Église romaine l'a honoré d'une vigiles, tout de suite on a saisi le feu de cet homme, ce diacre qui n'avait qu'une envie c'était de suivre l'évêque de Rome dans son martyre. Cet homme quand on lui demande où sont les richesses de l'Église amène les pauvres avec lui, parce que les pauvres sont la richesse de l'Église, et cet homme quand il est sur son grill souffre sa passion, a assez d'humour pour dire : retournez, c'est cuit de ce côté, et mangez. Cette espèce de distance, cet humour que l'on constate chez tous les saints, jusque Thomas More par rapport à leur passion, quand ils donnent leur vie, avant le parfum qui va saisir leur corps, ils ont l'humour qu'ils renvoient à leurs oppresseurs.

Honorer un martyr, ce n'est pas reluquer les actes de leur passion, ce n'est pas simplement se rappeler d'un événement passé, mais c'est d'abord faire mémoire des martyrs d'aujourd'hui. J'ai eu le privilège pendant mes vacances d'entendre un confesseur de la foi. Je n'avais pas de papier, par de crayon, je vais essayer de me rappeler un peu deux ou trois choses. Ce qui m'a profondément touché, en 1978 en Russie, il découvre la foi d'une manière très providentielle. On lui avait donné un évangile, et comme personne ne l'ouvrait dans l'appartement où il était, on cachait l'argent dans l'évangile parce qu'on était sûr que personne n'irait chercher l'argent dans l'évangile. Il ignorait absolument tout, il n'était pas baptisé, il faisait partie d'une école de cinéma qui est très fameuse en URSS et il travaillait sur les films. Un jour, on l'a fait travailler sur la Passion, dans l'Évangile selon saint Matthieu de Pasolini. C'est en travaillant ce film qu'il s'est rendu compte que c'était vrai. Donc, il va commencer à croire, à pratiquer, les babouchkas ont eu peur en le voyant arriver parce qu'ils pensaient que c'était un indicateur du KGB, mais petit à petit, elles se sont rendues compte qu'il pleurait comme elles devant les icônes en les voyant, et petit à petit il a été intégré dans la communauté vieillissante puisqu'elle avait été martyre pendant cinquante ans de persécutions. Donc, le KGB le convoque et lui propose de partir en Occident, on ne voulait pas s'embarrasser de martyrs, puisque les martyrs étaient gênants, et il n'y avait déjà pas mal d'ennuis avec Sakharov. Mais lui préfère rester pour témoigner de sa foi dans les camps. Il va alors parcourir un certain nombre de camps en Sibérie avec toujours, ce qui m'a frappé dans son témoignage, cette espèce de distance, d'humour, et il n'a peur de rien. Chaque fois que j'ai eu l'occasion de rencontrer des confesseurs de la foi, c'étaient des hommes qui avaient franchi quelque chose, des hommes qui avaient été au-delà d'une sorte de peur qui peut nous être naturelle, parce qu'ils avaient déjà donné leur vie. Lui, quand il rentre dans une pièce de cinq mètres sur cinq mètres, où il y a vingt bandits de grand chemin qui sont là et qui l'attendent, tout de suite, il engage la conversation, il leur parle de l'amour de Dieu, tout de suite, ils demandent un signe, ils demandaient deux paquets de cigarettes, et la porte s'ouvre et il y a deux paquets de cigarettes qui arrivent ! Il y a toute une providence qui accompagne ces martyrs, il évangélise dans ce taudis à rats effrayant dont il nous a parlé, il évangélise ces vingt bandits qui étaient là. Il accompagne des condamnés à mort, et quand il faut célébrer la messe, un prêtre célèbre sur son propre corps puisqu'il n'y a pas d'autel … Ce qui m'a aussi frappé, quand il est sorti, il a crié cela au moment de son témoignage, quand il est sorti de la prison alors qu'il pensait y passer le restant de ses jours car on voulait vraiment le casser, il est sorti en citant saint Paul : "Mort, où est ta victoire, où est ton aiguillon ?"Ce martyr, ce confesseur de la foi pendant huit ans dans le goulag, ne s'est pas arrêté en si bon chemin, maintenant, il un peu un étranger pour son Église orthodoxe, parce qu'il a expérimenté aussi l'œcuménisme dans les camps, il est un peu en marge de son Église. Il a bien vu aussi certaines compromissions de l'Église dont il fait partie, il s'aperçoit aussi qu'il avait eu affaire autrefois à Poutine quand celui-ci était officier au KGB. C'est vraiment une sorte d'étranger sur la terre, avec son humour, avec son courage, avec cet homme qui n'a plus peur de rien, et maintenant, il s'occupe des enfants abandonnés dans les rues de Moscou. Il a failli recevoir un coup de hache de la part d'un policier, parce que la mafia est souvent mêlée à la police, mais il n'a plus peur de rien, comme ce Laurent.

Je terminerai par une autre chose qui m'a touché aussi parce qu'on avait prié pour lui il y a une vingtaine d'années, tous les jours, on priait pour lui. Il nous a dit avoir senti de manière très particulière, à l'intérieur de lui, comme si une main se posait sur son épaule, à mille kilomètres de là, comme si au moment où il luttait pour la foi, (il a jeûné pour avoir une Bible), comme s'il sentait la main de frères posée sur son épaule. Cela m'a touché profondément parce que je crois que le monde est un village, l'Église c'est le cœur de Dieu, et nous sommes tous, et nous pouvons faire beaucoup pour ceux qui souffrent pour leur foi, je pense à nos frères coptes, nos frères d'Irak. Le meilleur moyen je crois, pour témoigner notre proximité avec ces martyrs, de ces confesseurs, j'aurais pu vous parler beaucoup plus de cet Alexandre Igoroknikov, mais pour partager aujourd'hui encore, avec assez de force, la grâce soutient des hommes des femmes pour témoigner de leur foi, et que le meilleur moyen pour leur rendre hommage et leur venir en aide, c'est de prier pour eux, de penser à eux, et de célébrer l'eucharistie

 

 

 

AMEN

 

 
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