AU FIL DES HOMELIES

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LA LITURGIE DU MARTYRE

2 Co 9, 6-10 ; Jn 12, 24-26
St Laurent - (10 août 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

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rères et sœurs, le martyre de saint Laurent diacre de l'Église de Rome, diacre du papa saint Sixte II martyrisé deux jours avant son diacre, ce martyre est pour nous une occasion de réfléchir sur le sens du martyre et plus particulièrement sur les signes et les symboles caractéristiques dans l'histoire du martyre de saint Laurent.

Tout d'abord, saint Laurent était diacre de l'Église de Rome, ce qui à cette époque avait une signification très précise : le diacre, c'est le serviteur, c'est donc celui par excellence qui dans l'Église est au service de ses frères. Dans l'Église ancienne, cela se concrétisait particulièrement dans le service des pauvres car faute de Sécurité sociale ou de RMI, à l'époque, les pauvres étaient entièrement à la charge de leurs frères. Depuis toujours l'Église avait comme mission d'assurer la vie matérielle, la vie concrète des pauvres. C'est l'origine de l'argent que l'Église a ramassé pour d'abord assurer la subsistance des pauvres. C'est pourquoi un trait à la fois magnifique et très original du martyre de saint Laurent c'est que le persécuteur au courant de ses fonctions savait, que, chargé des pauvres, Laurent était chargé des finances de l'Eglise de Rome, et donc, il était une proie particulièrement intéressante puisqu'il ne s'agissait pas seulement de se débarrasser d'un chrétiens, mais aussi de recueillir par son martyre, l'agent qu'il avait amassé pour subvenir aux besoins des pauvres. C'est la raison pour laquelle Laurent n'a pas été martyrisé en même temps que le pape, qui lui avait une fonction plus spirituelle et intéressait moins le persécuteur, il a été réservé pour une part plus solennelle, plus efficace du martyre de cette Église de Rome. Nous fêtons saint Sixte le six août, et Laurent de dix, quatre jours après.

Quand Laurent vint devant le persécuteur, l'officier romain chargé de la faire abjurer ou de le condamner, on lui demanda de donner les biens de l"Église. Saint Laurent accepta de donner les biens de l'Église à son persécuteur, il demanda le temps pour rassembler cette fortune, et au moment fixé, il vint devant le juge en amenant avec lui tous les pauvres de l'Église de Rome en disant : voilà la véritable richesse de l'Église.

C'est déjà un aspect extrêmement profond et beau de ce martyre de saint Laurent, il a su reconnaître dans les pauvres, le visage du Christ et le présenter au persécuteur comme tel. Le Christ n'avait-il pas dit : "Ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le ferez".

Un deuxième aspect du mystère du martyre de saint Laurent, c'est que comme diacre il était chargé d'assister le célébrant pendant les mystères eucharistiques et dans toute l'Église ancienne, le diacre est plus particulièrement le ministre du calice, c'est-à-dire du sang du Christ. A l'offertoire, tandis que le prêtre élève l'hostie, le diacre élève le calice et de même à la fin du canon, quand ce pain est devenu Corps du Christ et le vin devenu Sang du Christ, et au moment de la communion, c'est normalement le diacre ou ceux qui l'assistent, qui est chargé de distribuer à ses frères le vin consacré. Il y a donc une analogie symbolique entre cette fonction du diacre chargé de donner à ses frères le Sang du Christ, et puis le martyre où Laurent offre son propre sang avec le Sang du Christ. On pourrait dire d'une certaine manière que la fonction liturgique du diacre l'avait accoutumé à ce don de soi-même du sang, qui pour les anciens est le signe même de la vie. Donner son sang, nous le disons encore aujourd'hui, c'est donner sa vie.

Par conséquent, saint Laurent en offrant son corps et son sang par le martyre, accomplissait d'une certaine manière le sens profond du geste liturgique qu'il avait accompli toute sa vie et qu'aujourd'hui encore les diacres sont chargés d'accomplir.

Il y a un troisième signe symbolique dans le martyre de Laurent : il a été martyrisé par le feu. Il a été brûlé vif, ce qui n'est pas un cas rare dans l'Antiquité, c'était une manière courante de mettre à mort les condamnés, de les supplicier. Nous avons aussi un témoignage admirable de l'évêque saint Polycarpe de Smyrne qui fut lui aussi immolé par le feu, et ses disciples nous disent que la flamme enveloppa son corps comme la voile d'un navire, et que son corps brûlait dans ce feu comme un pain offert à Dieu. Pour Laurent de même le feu qui l'a consumé est le signe d'un autre feu. Le feu est un symbole d'une grande richesse, c'est évidemment d'abord le symbole de la mort, de la destruction et c'est en ce sens que Laurent meurt par le feu, mais en même temps le feu est aussi ce qui purifie, comme on dit que l'or est purifié au creuset. Ainsi, le feu symbolise le passage de la vie terrestre encore marquée par le péché au bonheur éternel où purifiés de toutes fautes, nous pouvons entrer pleinement dans la béatitude de Dieu.

Mais le feu a encore d'autres particularités, il est aussi la lumière qui illumine, et à ce titre il est le symbole de la foi qui est cette lumière qui illumine notre cœur. C'est ce que nous disions tout à l'heure dans l'oraison qui commençait cette eucharistie : le martyre de saint Laurent illumine nos cœurs et l'histoire de l'Église. Le feu réchauffe aussi, c'est ce qui apporte le bien-être, le bonheur et pour cette raison aussi le feu est devenu le signe de l'amour. N'oubliez pas que le jour de la Pentecôte, quand l'Esprit Saint, l'Esprit d'amour a été répandu sur l'Église, il s'est manifesté sous la forme de langues de feu qui se sont déposées sur chacun des disciples. saint Paul nous dira que le feu de la charité a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.

C'est pourquoi on a pu dire de Laurent que le feu matériel qui détruisait son corps n'était qu'une lointaine image de ce feu intérieur qui brûlait dans son cœur, le feu de l'amour de Dieu qui lui permettait de supporter les souffrances de son martyre parce que l'amour est plus fort que la souffrance, plus fort que la mort et c'est le sens même de la résurrection.

Que cette fête du martyre de saint Laurent nous invite tout à la fois nous invite à nous laisser illuminer par le feu de l'Esprit, à nous laisser purifier de toutes nos fautes, par ce feu qui décape, qu'il nous invite aussi à laisser grandir dans notre cœur un amour assez grand pour nous dévorer intérieurement de façon plus vrai et plus efficace encore que toute menace de martyre comme ce feu qui a dévoré le corps de saint Laurent.

Que l'intercession des martyrs nous invite avec le Christ et avec eux à donner notre vie, c'est-à-dire notre sang pour le Christ et pour nos frères.

 

AMEN


 

 

 

 
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