AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'HUILE DE LA GRÂCE

Os 2, 16-17+21-22 ; Mt 25, 1-13
Ste Claire - (11 août 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

V

eillez,car vous ne savez ni le jour ni l'heure!" Cette parabole des dix vierges n'est pas d'abord une parabole sur la prévoyance, moins encore un conseil de ne pas partager avec ceux qui n'ont pas, ce serait tout à fait contraire à l'esprit de l'évangile. Toutes les paraboles ont une pointe c'est-à-dire un point précis sur lequel porte l'essentiel de la parabole, le reste est une histoire qui orchestre cette idée centrale sans que tous les détails soient nécessai­rement à transposer au niveau spirituel.

Il est évident que la pointe de ce récit, ce sur quoi Jésus veut attirer notre attention, c'est l'immi­nence de la venue du Seigneur et en même temps l'impossibilité de savoir son moment exact, donc la nécessité de préparer son cœur à cette venue, c'est-à-dire de l'attendre avec un cœur rempli de sa pensée, de cette huile de la grâce, de cet amour rayonnant, que nos lampes puissent être allumées, rayonnantes, bril­lantes au moment où le Seigneur viendra sans que nous sachions le moment exact de sa venue.

Les vierges sages ont su préparer leur lampe c'est-à-dire leur cœur à la venue du Seigneur. Elles ont su, au moment où Il était là, s'élancer à sa suite, sans être préoccupées par d'autres détails non encore résolus dans leur vie. Ceci nous éclaire sur la sainteté en général et la sainteté de sainte Claire en particulier. Les textes de la liturgie mettent au-devant de tout, la pauvreté. Il ne faudrait pas nous tromper sur la signification exacte de cette pauvreté. Pour sainte Claire comme pour saint François elle ne consistait pas à ne pas avoir de quoi manger, de quoi satisfaire les besoins essentiels de la vie. Certes, François a vécu dans une grande pauvreté matérielle et Sainte Claire aussi à sa suite. Mais ceci n'est que la surface des choses, ce n'est pas la signification spirituelle authentique de leur pauvreté. On ne construit pas la sainteté sur un manque, on ne construit pas la sainteté sur le désir de se priver, ce n'est pas une ascèse, ce n'est pas d'abord une sorte de masochisme qui ferait qu'on serait content de manquer de quelque chose d'essentiel. Pour saint François et pour sainte Claire, la pauvreté est intimement liée à la joie. C'est une pauvreté positive parce que cette pauvreté c'est d'abord, dans leur cœur, l'immensité du désir de la venue du Christ. S'ils sont pauvres, c'est parce qu'ils ne sont pas attachés aux choses, et s'ils sont, de fait, matériellement dé­pouillés de beaucoup de nécessités, c'est parce que leur cœur est ailleurs. Leur cœur est capté par autre chose. Et ils n'ont plus le temps de s'occuper des né­cessités, de la nourriture, du vêtement, de l'habitat. Leur cœur est tout centré sur un désir autre qui acca­pare toute leur attention. Alors ils ne se privent de manger pour le plaisir d'avoir faim, ils ne se privent pas de vêtements chauds pour le plaisir d'avoir froid, ils sont inattentifs à la nourriture, au vêtement ou à la maison parce que leur cœur est tout rempli d'un désir fondamental qui l'emporte sur tous les autres désirs et qui concentre totalement leur psychologie.

Ce désir c'est le désir de la venue du Christ. C'est pour cela que nous lisons cet évangile des dix vierges. Claire comme François ont vécu entièrement dans l'attente de Jésus, dans l'attente à tout instant de la venue du Christ, de sa venue au dernier jour, de sa venue au jour de leur mort, de sa venue quotidienne, permanente par tous les événements, par toutes les circonstances de la vie qui, toutes ont un sens en fonction de ce Christ qui vient et qui ne cesse de ve­nir. Un Christ dont la venue n'est pas pour plus tard, mais dont la venue est imminente, non seulement parce qu'on ne sait pas le jour de sa mort, mais parce que c'est une venue constamment renouvelée, cons­tamment répétée. Pour celui qui sait y faire attention, le Christ ne cesse de se manifester, le Christ ne cesse de venir. Il ne cesse de remplir notre cœur par d'in­nombrables petits signes qui nourrissent notre atten­tion, qui nourrissent notre désir, qui nourrissent notre passion de le rencontrer et de le voir.

C'est cela la vraie pauvreté de François et de Claire. C'est pour cela que cette pauvreté est joyeuse, non pas une pauvreté triste parce qu'on se priverait mais une pauvreté qui est en marche, une pauvreté enthousiasmée, une pauvreté qui court vers le Christ et qui laisse tomber beaucoup de choses parce qu'on n'a pas le temps de les traîner après soi, parce qu'il faut être loger, parce qu'il faut être vif et rapide. Alors bien sûr, nous ne sommes pas capables de la même pauvreté que ces saints probablement parce que nous n'avons pas un assez grand désir du Christ. Il nous faut recevoir cette leçon ou plutôt cet appel, cette séduction. Ce qui est le plus important dans notre vie c'est d'attendre le Christ, c'est d'être tendu vers Lui, c'est de le désirer vraiment. Ce désir relativise tout le reste, non pas supprime les autres nécessités mais leur donne leur vraie place qui est seconde et donc se­condaire. Que le désir du Christ grandisse dans notre cœur, qu'Il prenne la première place et donne à notre vie sa vraie orientation et la vraie hiérarchie des va­leurs.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public