AU FIL DES HOMELIES

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LE COMBAT POUR LA LIBERTÉ

Jg 13, 8-25 ; Mt 12, 1-8
Ste Claire- (11 août 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous reconnaissons en Claire et François d'Assise cette sorte de clarté qui ne peut ve­nir que de l'intérieur, se rend visible sur leur visage aux yeux de leurs contemporains. Tous deux ont été, au douzième siècle des figures nouvelles de sainteté, parce qu'on pouvait voir la réalité de la paix, la sérénité qui émanait d'eux, une sorte de tendresse retrouvée comme si elle avait été enfouie dans le monde de ses origines et qu'on l'avait oubliée. Plus encore ils ont inaugurée "la sainteté personnelle", ils ont inauguré dans l'Église que non seulement des communautés, par des règles précises, peuvent et doivent répondre à la sainteté que Dieu leur demande, mais plus encore que tout homme, avec ce qu'il est, ses extravagances comme ses exigences extérieures, peut et doit répondre à cette même vocation d'appro­che de Dieu.

La première chose du monde qu'ils ont voulu éviter c'est la violence et le pouvoir, le pouvoir de l'argent mais aussi le pouvoir plus subtil des clercs et des prêtres en étant des figures d'abandon à l'intérieur même de l'Église. Ils sont arrivés à un moment donné de l'histoire humaine où, quittant des collectivités très structurées des villages, on commençait à voir appa­raître une nouvelle race de gens, les commerçants, qui allant de village en village colportaient des idées nou­velles, colportaient une nouvelle façon de vivre. Sur­tout est né, à ce moment-là, l'individu et sa spécificité. Et Claire et François vont prendre le même chemin de réponse personnelle à Dieu, trouvant assez rapide­ment des frères et des sœurs pour répondre selon des voies nouvelles jamais connues dans l'Église.

En ce jour, nous sommes héritiers de cette fa­çon nouvelle de voir les choses qui ne rentre pas dans les normes. François résistait à la création d'un "or­dre" franciscain et Claire renonça au bout de trois ans à la charge d'abbesse qu'on lui avait imposée, pour devenir "sœur parmi les sœurs" disant elle-même qu'elle avait plus de joie à obéir qu'à commander. N'empêche qu'elle se levait parfois la nuit pour re­monter la couverture de telle ou telle sœur qui s'était découverte en dormant et risquait de prendre froid, manifestant réellement non seulement sa tendresse de sœur et de mère mais finalement celle que Dieu nous demande d'avoir les uns pour les autres. Une sorte d'initiative et de liberté telle que l'un et l'autre trou­vaient dans leur cœur des idées nouvelles pour signi­fier l'amour et la tendresse de Dieu. Mais ce ne fut pas sans combat, sans un combat acharné que la joie clas­sique de François cache mal, que l'allégresse de Claire cache mal. Au fond d'eux-mêmes il y avait une exi­gence terrible de réconcilier à tout crin l'humanité qu'il y avait en eux.

Demandons à Claire et François de nous don­ner l'idée et l'envie d'une voie nouvelle de sainteté pour nous et pour le monde, que leur innovation en ce douzième siècle continue à alléger notre cœur. Em­pruntons la même voie de sagesse et de sainteté que Dieu nous demande sans fréquenter des chemins trop anciens qui ne sont pas les nôtres pour donner à l'Église, encore aujourd'hui, ces figures d'hommes et de femmes libres qui répondent de tout leur corps et de tout leur cœur à l'appel de l'amour de Dieu. En ce huit centième anniversaire de la naissance de sainte Claire, ayons à cœur de la prier pour qu'elle ouvre notre propre cœur à la vocation qui est la nôtre en notre temps.

 

 

AMEN

 

 
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