AU FIL DES HOMELIES

Photos

CLAIRE ET FRANÇOIS

Sg 8, 17-21 ; Mt 19, 1-12
Ste Claire- (11 août 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

es textes sont propres à Sainte Claire et saint François d'Assise. Tous deux ont été aimés et choyés dans leur famille. François y a appris cet amour par sa mère. Il avait découvert cette ten­dresse, cette tendresse bienveillante, cette tendresse qui surveille chaque geste de l'enfant et qui modèle, dans le cœur de l'enfant, l'attente d'un amour et le désir d'un amour toujours plus grand. De même, on suppose aussi que Claire, dans sa famille, avait connu auprès de ses parents, cette même tendresse et ce même amour.

Et pourtant tous deux vont vivre une rupture par rapport à leur milieu familial, comme si l'amour qui les avait fait grandir, qui les avait fait naître à la vie humaine, dont ils s'étaient rassasiés, avait, un jour, commencé à les étouffer. Tout adolescent éprouve à un moment ce paradoxe difficile à comprendre : l'amour de ses parents qui le fait grandir, il doit s'en séparer un jour et se lancer dans la vie loin de la pro­tection de ce premier amour. Et la seule façon de s'en rendre compte c'est de considérer, à des deux degrés divers, l'amour parental dont il est si redevable mais qui a cette étape de sa vie, l'étouffe. Il est long de naître et de devenir un homme. Claire et François en ont fait l'expérience eux-mêmes avec les célèbres scènes du dénuement de François sur une place d'As­sise où il rend à son père tous ses vêtements et de­mande à l'évêque de le couvrir de son manteau. Claire va le vivre dans une autre scène non moins célèbre lorsqu'elle demandera à ce même François de lui cou­per les cheveux et de lui permettre de vivre, comme les frères qui s'étaient rassemblés autour de lui, une vie radicalement donnée à l'évangile. Il faut bien comprendre que chez ces deux êtres-là, avec ce même désir de lumière, de clarté telle la lumière qui brille sut Assise, était né un désir de conformité à l'évangile dès leur enfance. Mais ce désir s'était heurté à l'im­possibilité de le vivre auprès de ses parents et les avait poussés, l'un et l'autre, à se séparer, à partir dans l'in­connu et à demander à Dieu qui les avait accueillis de les aider à vivre cet impossible amour, au jour le jour.

Lorsque nous sommes confrontés, nous qui ne sommes ni Claire ni François, à cette radicalité, au désir vigoureux d'aimer la pauvreté, nous éprouvons comme une émotion, souvent trop passagère d'ail­leurs, un sentiment que quelque chose de bien, de grand, de noble et de beau s'est écrit dans la vie de ces deux personnes. Mais notre émotion retombe quelque peu lorsque nous constatons notre attachement per­sonnel aux biens de ce monde. Le bien est un élan qui est le fruit d'un travail. Il faut nous méfier de ce que nous confondons souvent ces élans de générosité, cette envie de faire le bien ou d'être bien, qui sont un peu comme une petite pulsion qui traverse notre vie spirituelle et psychologique mais qui n'aident pas notre vie à se conformer à l'évangile. Le bien à faire, le bien à être c'est, pour François et Claire, une confrontation systématique, quotidienne avec la force de l'évangile, avec sa puissance, avec son côté irré­ductible, avec ce que je n'ai pas encore compris de l'évangile et qui doit se révéler à moi, avec la disci­pline d'attendre de Dieu, toujours, à être de plus en plus pauvre, à recevoir de Lui qui est le Crucifié, non pas la consolation mais la conformité, conformité à la Parole.

Demandons, pour nous, de savoir nous rendre pauvres des relations que nous avons avec notre en­tourage et qui peut-être étouffent quelque peu notre vie, et nous empêchent en vraie liberté de recevoir et d'accueillir l'amour de Dieu. Et demandons au Sei­gneur de nous mettre au travail pour faire fructifier en nous un véritable élan de bien qui nous permette d'être fidèles serviteurs de l'évangile.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public