AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'AMOUR TRINITAIRE

Est 13, 8-11 + 15-17 ; Jn 15, 18-21
St Hippolyte et St Pontien - (13 août 1991)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

es textes que nous venons d'entendre nous parlent tous de la persécution et du martyre puisque c'est grâce au martyre que saint Hip­polyte a pu être réconcilié avec l'Église et entrer dans le Royaume aux côtés du pape saint Pontien.

Pourtant je voudrais vous parler d'un autre aspect de saint Hippolyte, le plus important pour l'histoire de l'Église à savoir que, passionné par la liturgie et particulièrement par les rubriques comme le sont un peu tous les intégristes ou intégrisants, il nous a laissé un ouvrage très précieux "La Tradition apos­tolique" dans lequel il nous retrace la liturgie telle qu'elle était vécue à Rome au début du troisième siè­cle, vers l'an 200. Dans aucune autre région de l'Église, nous n'avons des documents aussi anciens en matière liturgique.

Ce petit ouvrage nous décrit les ordinations, le baptême, l'eucharistie. La prière eucharistique n°2 s'inspire précisément du texte d'Hippolyte de Rome. Je voudrais vous parler de la place de l'Église dans la théologie de saint Hippolyte telle qu'elle se manifeste à travers son ouvrage, car même s'il a été anti-pape, il avait une très haute idée de l'Église.

Je relève trois points. Le premier c'est sa des­cription du baptême qui est aussi bien un baptême d'adulte qu'un baptême d'enfant. Il se déroule dans la nuit de Pâques, après un long catéchuménat qui l'a préparé et l'entrée dans l'Église se fait par un contact personnel du nouveau chrétien avec tous les degrés de la hiérarchie. Cela commence par un contact avec un laïc qui est son parrain qui l'introduit dans la commu­nauté, se portant garant de ses intentions, et qui lui découvre les mystères de cette communauté. Ce par­rain est essentiellement un catéchiste qui, en tant que laïc vivant de sa foi, partage ce mystère avec celui qui veut y être introduit. Ensuite la préparation devient plus intense et la lutte contre le démon met le caté­chumène en rapport avec les exorcistes, des clercs inférieurs chargés de prier pour que ces futurs chré­tiens soient délivrés de l'esprit du monde et de toutes les passions du prince de ce monde. Au moment du baptême proprement dit c'est un diacre qui descend dans la piscine baptismale pour immerger le catéchu­mène dans l'eau et verser sur sa tête, par trois fois, au nom de la Trinité, l'eau baptismale. Au sortir de la piscine baptismale, le nouveau chrétien est oint sur tout son corps par un prêtre et enfin il est conduit jusqu'à l'évêque qui achève cette onction sur le front, ce qui est l'ancêtre de notre sacrement de confirma­tion qui, à cette époque, faisait corps avec le baptême. Quand le nouveau chrétien est ainsi entré en contact personnel, direct avec l'évêque qui est le chef, le père et le centre de la communauté chrétienne, alors il en fait vraiment partie et ceci se manifeste par le baiser de paix que lui donne l'évêque et qu'il va partager avec tous les chrétiens rassemblés dans l'église, ce baiser de paix qui est celui de la messe, de l'eucharis­tie.

Il y a là une très belle idée de l'Église comme une société très organisée, hiérarchisée et le nouveau venu y entre non pas par un contact administratif, lointain, mais extrêmement direct et personnel sacra­mentel au sens fort du terme avec tous les membres de cette communauté depuis les laïcs, les diacres, les prêtres jusqu'à l'évêque.

Le deuxième point c'est qu'Hippolyte de Rome a une formule qui lui appartient en propre pour les doxologies. On appelle doxologie le petit refrain qui termine soit les psaumes, "gloire au Père, au Fils, au saint Esprit !" soit les oraisons, "Par Jésus-Christ ton Fils Notre Seigneur ..." Hippolyte la formule de la façon suivante : "Afin que nous Te louions et Te glo­rifions, Toi, Père, par Ton enfant Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit, dans la Sainte Église !" Toutes les fois Hippolyte nomme la sainte Église aux côtés de la Trinité parce que la louange que nous adressons au Père, au Fils et à l'Esprit, c'est cette exultation de toute la communauté chrétienne, de toute l'Église qui ainsi se trouve jointe de façon immédiate et en conti­nuité avec la Trinité. Il y a là quelque chose de très beau et de très grand.

Le troisième point c'est qu'Hippolyte est le seul à nous rapporter un rite particulier de la messe baptismale. Les nouveaux baptisés faisaient aussitôt leur première communion car l'eucharistie n'était pas séparée du baptême. Cette communion de la nuit de Pâque comportait un triple calice. Après avoir reçu le corps du Christ on leur proposait d'abord un calice d'eau pour signifier le bain, afin que l'homme inté­rieur, c'est-à-dire l'âme, obtienne les mêmes effets que le corps. De même qu'on avait lavé le corps en le plongeant dans l'eau, de même on "lavait" l'âme en prenant cette boisson comme une ablution intérieure. "Ensuite un calice de lait et de miel pour indiquer l'accomplissement de la promesse faite à nos pères." Il s'agit de la terre promise, l'entrée dans l'Église est l'entrée dans le paradis. Cette terre promise n'était qu'une étape qui renvoyait à celle du ciel où nous serons abreuvés de la douceur de Dieu. Le troisième calice était celui du sang du Christ.

Vous le voyez donc, pour Hippolyte, l'Église est à la fois étroitement unie à la Trinité, l'Église est une société qui accueille dans son sein les nouveaux venus en les mettant en contact intime avec chacun des membres de cette communauté, puis l'Église, c'est le paradis dans lequel nous connaissons dès mainte­nant, la douceur de Dieu, parce que la terre promise est déjà commencée ici-bas, nous sommes déjà dans le Royaume.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public