AU FIL DES HOMELIES

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SAUVEGARDER L'UNITÉ DE L'ÉGLISE EN UN LIEU

Est 13, 8-11 + 15-17 ; Jn 15, 18-21
St Hippolyte et St Pontien - (13 août 2003)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

'épisode que nous célébrons aujourd'hui avec les deux figures de saint Pontien et Hippolyte est à vrai dire un épisode un peu triste comme je vous le disais au départ, une sorte de lutte intérieure dans l'Église mais en même temps un événement si­gnificatif et enrichissant, cela peut nous aider à com­prendre un certain nombre de choses.

De quoi s'agissait-il au départ ? Tout sim­plement d'une élection, puisque à cette époque-là tous les évêques, pas seulement à Rome mais partout étaient élus en général et choisis par le presbytérium et éventuellement approuvés par l'assemblée. De ce pont de vue-là, il n'y a que Rome qui a gardé le sys­tème démocratique, de toute façon, elle l'a retiré à tout le monde, mais elle l'a gardé pour elle. En tout cas à cette époque-là, Rome choisissait ses évêques, c'était le danger, qu'il y ait de temps à autre des réticences et des refus. En l'occurrence, quand on a choisi saint Callixte, Hippolyte a réagi négativement. C'était un prêtre extrêmement savant, qui connaissait toute la tradition, qui était parfaitement à l'aise dans la théolo­gie et l'analyse de la Bible, nous sommes dans les années 220 à peu près, il est un des rares théologiens de l'Église de Rome, il faut bien le dire depuis saint Justin, il n'y en a pas eu beaucoup à l'époque. Donc, est-ce qu'il a été mortellement blessé parce qu'il n'avait pas été élu évêque ? Ce n'est pas exclure, il était un peu vaniteux. Toujours est-il qu'il a mené une vie impossible au pauvre pape qui avait été élu qui s'appelait Callixte. Ce pape est resté célèbre parce que c'est un de ceux qui a organisé les cimetières, il était de très modeste extraction, et donc Hippolyte l'a ac­cablé de son mépris, Callixte avait eu la malen­contreuse idée de permettre que les dames romaines épousent des esclaves et que ces mariages soient vali­des, ce qui pour saint Hippolyte était une chose ab­solument inadmissible, cela ne se faisait pas. Donc, un pape qui permettait cdes choses pareilles, ce n'était pas possible !

Hippolyte a carrément mené une sorte de dis­sidence et il est devenu littéralement un anti-pape, il ne s'est peut-être pas fait couronné à l'époque, parce que je pense que les rites étaient plus simples, mais il a provoqué vraiment la division de l'Église de Rome. On est très miséricordieux pour certains péchés, divi­ser une Église, et beaucoup moins pour d'autres, c'est une chose assez étrange Hippolyte a quand même un très très grave péché sur la conscience d'avoir fait vivre l'Église de Rome pendant quinze années, dans une division totale, et d'avoir mené cela rondement, sans jamais céder. Le martyre efface tous les péchés, c'est de la chance. Il menait déjà la vie impossible dans l'Église de Rome, et quand on a choisi un suc­cesseur à Callixte, on a choisi Pontien, celui que nous fêtons aujourd'hui, et celui-ci n'avait pas de raison de céder à Hippolyte en lui disant : parce que tu es plus savant que moi, tu vas être pape. Pontien, est élu pape à la suite du pape légitime, il n'a pas cédé et la colère d'Hippolyte a été encore plus excitée, et il s'est encore davantage opposé à Pontien qu'à Callixte.

Les choses se sont résolues par un événement idiot. L'empereur, vers 230, voulant persécuter l'Église, s'est aperçu qu'il y avait des divisions dans l'Église de Rome. Comme l'empereur n'était pas géné­ralement un théologien, mais comme un bon politi­cien, il faisait feu de tout bois, il a pensé que pour faire plus simple, il fallait les arrêter tous les deux, ce qu'il fit, et les a envoyés aux mines de Sardaigne, ce qui à l'époque était quand même la condamnation maximale, équivalente à un camp de concentration.

Là, tous les deux, à défaut de s'unir quand il s'agissait de défendre l'unité de l'Église, ils se sont unis pour témoigner du Christ. Ils sont morts tous les deux, je ne sais pas s'ils se sont faits des hexomologè­ses et des embrassements mutuels pour se dire qu'ils avaient eu tort, mais ils sont morts tous les deux comme des témoins du Christ puisque l'empereur n'a pas fait de différence pour faire souffrir l'un et l'autre, et comme tous les deux souffraient au nom du Christ, finalement cela les a réconciliés. On n'a pas les der­nières nouvelles de la gazette du camp de concentra­tion de Sardaigne, mais on peut penser quand même qu'ils se sont remis d'accord.

Ce n'est que plus tard, car vous le savez, c'est toujours comme cela dans l'Église, les ombres et les taches, on essaie de les gommer un peu, et l'on a fait revenir solennellement les ossements d'Hippolyte et de Pontien et on les a associés, comme si tout à coup tout était merveilleux. Peut-être qu'un jour on enter­rera côté à côte Cardonnel, Monseigneur Lebèbvre, etc … en disant que c'étaient tous des martyrs de la liturgie moderne ! On ne sait jamais, avec Rome, on peut toujours avoir des surprises. Effectivement, c'est à peu de choses près ce qui s'est passé, d'un coup, on a trouvé que c'était très très bien, c'était magnifique, c'était une belle page de l'histoire, mais en réalité, ce n'était pas très drôle du tout !

La seule petite réflexion que je veux en tirer qui est un peu plus sérieuse que ce que j'ai dit, quoi­que ce que je viens de dire est vrai, c'est un peu dit sur le mode humoristique, mais c'est vrai, c'est un peu comme cela, donc la seule chose que je voudrais en tirer, c'est ceci, c'est qu'on n'est pas loin de cette si­tuation. Le conflit Hippolyte-Callixte, puis ensuite Hippolyte-Pontien ce sont des conflits de tendance. Pour Hippolyte, c'est le conservateur, on a toujours fait comme cela, et si le pape permet le mariage des riches romaines avec des pauvres esclaves et qu'il valide sacramentellement, c'est l'horreur, parce qu'on ne l'a jamais fait. Callixte, de ce point de vue-là, ap­porte quelque chose du point de vue du sens de la miséricorde, de la gestion de la vie de la communauté en fonction des situations. Il arrive de temps en temps que dans l'Église on tienne compte des situations pour changer les options pastorales, pour l'instant, ce n'est pas vraiment le cas, mais il y a eu des époques où on l'a fait. On est face à deux tendances. La différence entre l'époque d'Hippolyte et Pontien et la nôtre, c'est que chez nous, finalement, on fait prévaloir les conflits de tendances sur par exemple, cette idée fon­damentale que l'Église est en un endroit et qu'elle doit être en communion parce qu'elle est en un endroit et qu'elle doit avoir un seul évêque. Aujourd'hui, on aurait plutôt tendance à dire que cela n'est pas grave s'il y a plusieurs tendances, cela ne fait si on va plutôt chez celui-ci que chez celui-là. Mais à ce moment-là on perd de vue l'idée de l'unité de l'Église parce que l'Église est là, rassemblée en un lieu.

C'est pour cette raison que je pense que l'his­toire d'Hippolyte et de Pontien peut nous faire réflé­chir sur la manière dont on conçoit l'Église. Si on conçoit l'Église comme une sorte de mouvement, de tendances, de sensibilités comme on dit aujourd'hui pour essayer d'être le plus flou ou artistique possible, ce n'est pas très bon, ce n'est pas suffisant. L'Église est d'abord l'Église parce qu'elle est l'Église de Dieu à tel endroit. Donc, la communauté romaine, même divisée par Hippolyte gardait ce sens que l'unité était la véritable valeur. Plus tard, on ne l'a pas toujours fait. C'est un peu dommage, et c'est sans doute cela qui a engagé un certain nombre de schismes et de ruptures, parce qu'à ce moment-là on mettait en avant des manières de penser, d'agir, différentes.

Aujourd'hui, on est un tout petit peu sur la balançoire. A certains moments, on privilégie l'aspect institutionnel, mais de nos jours, ce n'est pas très bien vu, et à d'autres moments au contraire, on privilégie l'aspect sensibilité : je m'y retrouve plutôt dans ce groupe que dans tel autre. Mais je crois qu'il faut sa­voir que l'Église ne tient que parce qu'elle est d'abord l'Église de Jésus-Christ qui est une en ce lieu. C'est d'abord cela la référence. Quand on sait cela, de temps en temps peut-être que l'on constate des divisions et des tensions, mais on sait très bien que ces divisions et ces tensions ne doivent pas l'emporter sur l'idée fondamentale qui est donnée, ce qu'on appelle l'Église diocésaine, l'Église du lieu. A ce titre-là, on peut prier pour que ces éminents romains Hippolyte et Pontien, Callixte aussi par la même occasion, redonnent à l'Église contemporaine le sens de l'Église locale, c'est-à-dire, dans un lieu, que ce soit à Rome, que ce soit à Aix, à Paris ou à Berlin. La première chose qui compte, avant les combats d'idées, avant les combats de tendances, c'est l'unité de l'Église qui est rassem­blée là voulue par le Christ comme "une" en cet en­droit. Je crois que c'est un bienfait immense, cela fait partie du mystère même de l'unité de l'Église que nous vivons aujourd'hui.

 

AMEN

 

 

 
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