AU FIL DES HOMELIES

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DEUX VISAGES DE SAINTETÉ

Est 13, 8-11 + 15-17 ; Jn 15, 18-21
St Hippolyte et St Pontien - (13 août 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

D

ans le cheminement de Pontien et Hyppolite, le mot Passion prend un relief assez intéressant, et ce mot chemin aussi dans l'histoire de ces deux saints.

La passion de deux hommes, je dirais plutôt de deux clans à Rome, la passion de la vérité, au risque de la charité, puisque d'une part il y a le clan des progressistes, des laxistes, représentés par le pape de l'époque, Pontien, qui est enclin à laisser les veuves riches à pouvoir se remarier avec les esclaves (on ne sait pas si les esclaves se mariaient par amour de la jeune veuve ou par amour de l'argent), et aussi le laxisme de ce clan romain, puisqu'ils auraient plutôt tendance à accepter dans l'Église ceux qu'on appelle les "lapsi", c'est-à-dire les chrétiens qui ont renié le Christ au moment de la persécution. Pour certains chrétiens, on trouvait que c'était mettre à un niveau assez bas la nouvelle religion chrétienne qui aurait dû rester plutôt une religion de purs. Une fois qu'on avait fauté, il n'était pas question de pouvoir revenir dans le sérail.

D'un côté donc, les progressistes et les laxistes, de l'autre côté, le défenseur de la tradition et de la pureté, j'ai nommé Hyppolite, celui qui veut s'ancrer dans la Tradition de l'Église, et celui, vous l'avez bien compris qui refuse l'intégration dans l'Église de ceux qui sont tombés. Arrive ce qui devait arriver bien sûr, d'un côté le pape, de l'autre côté celui qu'on appelle un anti-pape.

Passion de la vérité ou des idéaux au risque de faire chuter la charité, c'est vrai que dans notre manière de fonctionner actuelle, c'est le genre de chose qui nous choque énormément. L'Église qui devrait représenter l'unité, qui devrait représenter la charité, présenter comme cela à l'extérieur, une vie aussi gauloise, avec des gens qui se tapent dessus à longueur de journée pour faire réussir leurs propres idées, ce n'est certes pas ce que le Christ voulait. C'est vrai que souvent, nous vivons quelque chose de similaire, nous les chrétiens d'Occident, quand nous allons en Orient, et que nous découvrons dans les Églises d'Orient, et notamment à Jérusalem, des Églises qui ne s'aiment pas beaucoup.

Le mot passion va prendre un relief très différent dans le cœur de ces deux hommes le jour où ils vont se faire arrêter par l'empereur. En fait, il y a plusieurs manières de lire le mot "vérité". En réfléchissant sur la vie de ces deux hommes, je ne pouvais pas m'empêcher de reprendre ce dialogue entre Pilate et Jésus : "Qu'est-ce que la vérité ?" Qu'est-ce que la vérité quand nous essayons de la vérifier à l'aune de nos idées, ou à l'aune des autres ? En fait la vérité commence à prendre son authentique relief le jour où l'on ne la vérifie plus uniquement par rapport aux autres, et par rapport à mes idées, mais dans une expérience où ce ne sont plus les idées qui sont en jeu, mais la vie physique. A ce moment-là, on passe de cette passion des idées, des idéaux, de la vérité, à la passion de la Passion. Non plus la passion de mes petites traditions extérieures, mais à la Passion du Christ. On en revient à ce qui est la pierre d'angle de notre vie chrétienne, la mort et la Résurrection du Christ. De cette manière, saint Pontien de son côté, saint Hyppolite de l'autre nous donnent à réfléchir sur l'acte du don de soi.

Je lisais, il y a quelques jours un article d'un historien qui s'appelle Paul Wein, un grand spécialiste de l'antiquité romaine, et qui disait cette phrase très belle : j'aurais voulu être comme Jean-Pierre Vernant. C'est un autre historien, aussi de l'antiquité, mais des grecs. Ce que Paul Wein enviait à Jean-Pierre Vernant, ce n'était pas son intelligence de l'antiquité grecque, ce n'était as la brillance de son esprit, c'était que tout simplement, Jean-Pierre Vernant, pendant la guerre, avait pris position en entrant dans la résistance, ce que Paul Wein n'avait jamais fait.

Je pense qu'au moment où Pontien et Hyppolite se retrouvent traînés par les soldats romains, et envoyés au Goulag en Sardaigne, je crois que ces deux hommes ont été dépouillés de toutes ces petites passions qui les habitaient au jour le jour, la passion de leurs idées, et ils se sont retrouvés nus face à leur vie, face à la souffrance et à la mort. C'est là que peut-être, l'un comme l'autre, dans leur cœur dépouillé de tout ce qui les faisait batailler l'un contre l'autre, c'est dans cette nudité que ces deux hommes ont redécouvert le véritable sens de la passion de la vérité. Savoir enfin, un jour, poser un acte quand on se retrouve dans une expérience que l'on n'a pas choisi. Je trouve très beau que face à cette mort, on retrouve deux hommes très différents. Je pense qu'Hyppolite, lui qui recherchait la pureté est mort en pur, lui qui jugeait mal les lapsi, grâce à Dieu n'est pas tombé, mais en même temps, il a eu face à lui l'expérience d'un homme miséricordieux qui n'était pas tombé non plus.

La leçon qu'on pourrait garder de ces deux saints, c'est la leçon que nous donne Pontien. C'était un homme exigeant avec lui-même, mais extrêmement miséricordieux pour les autres, ce que ne savait pas être Hyppolite.

Frères et sœurs, en ce jour où nous célébrons le martyre de Pontien et d'Hyppolite, sachons à l'image de Pontien, être à la fois exigeants dans notre recherche du Christ et dans notre vie, mais sachons aussi être miséricordieux dans le cheminement de nos frères et de nos sœurs.

 

 

AMEN

 

 
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