AU FIL DES HOMELIES

L'AUTRE ASPECT DE LA RESURRECTION

Ap 11, 19- Ap 12, 10 ; 1 Co 15, 20-26 ; Lc 1, 39-56
Assomption de la Vierge Marie – Année A (15 août 2017)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Nous fêtons aujourd’hui le mystère de la Résurrection. Ce n’est pas étonnant puisque nous le fêtons de façon constante. Si on baptise, si on célèbre l’eucharistie, si les péchés sont pardonnés, si on se marie et si on célèbre la joie de la prière, de la rencontre de Dieu, la joie d’être une Eglise, c’est en raison de la Résurrection. Ce sont autant de manières de fêter la Résurrection.

Mais nous oublions souvent que la Résurrection revêt deux aspects. Dans la formulation de la foi, « Je crois en Dieu », nous disons « Pour nous les hommes et pour notre salut, Il est ressuscité d’entre les morts ». Cela veut dire que la Résurrection comprend deux volets, deux aspects absolument indissociables. Le premier est celui que nous fêtons dans la nuit de Pâques lorsque nous proclamons que le Christ est ressuscité et que nous échangeons des vœux : « Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité ! » C’est la Résurrection source, source de vie, c’est le Christ vivant ressuscité qui a vaincu la mort pour toute l’humanité. Cet aspect est fondamental. Il a été le démarrage de l’existence de toute l’Eglise et de toutes les communautés chrétiennes. C’est cette proclamation du Christ ressuscité, source de vie, que nous fêtons encore aujourd’hui. Cela c’est la Résurrection source.

Mais il y a un autre aspect : « Pour nous les hommes, Il est ressuscité ». Il y a non seulement la source, mais il y a aussi le terrain à féconder et à arroser avec la source de la Résurrection. Ce terrain, c’est nous. Quand on parle de la Résurrection, on ne devrait jamais dissocier les deux aspects : le Christ, source de la Résurrection et nous, récepteurs vivifiés, sauvés, réanimés par la Résurrection. C’est le deuxième aspect du mystère de la Résurrection, non plus la source mais les bénéficiaires. C’est exactement le sens de la fête que nous célébrons aujourd’hui.

Quand nous disons que Marie est montée aux cieux, nous ne parlons pas d’une sorte de translation physique. Nous disons que la Résurrection du Christ comme source est venue vivifier, d’abord et avant toutes les autres créatures humaines, la Vierge Marie. Nous voulons dire que dès le moment où le Christ est ressuscité, Il n’a cessé de vouloir que s’accomplissent en plénitude dans le cœur, dans le corps et dans la vie de sa mère, les fruits de la Résurrection qu’il avait obtenue pour toute l’humanité.

Cette fête est donc importante. Marie, à la différence du Christ, est totalement du côté de la création, des créatures. Elle est créée absolument comme nous et c’est elle qui, la première, a reçu la plénitude de la Résurrection pour être elle-même signe, – « un signe est apparu dans le ciel » –, le signe que chacun d’entre nous commence de façon moins plénière, plus progressive dans sa propre histoire, la plénitude de la Résurrection du Christ qui nous est ainsi donnée.

Frères et sœurs, cette fête est importante. Nous l’avons un peu domestiquée dans le sens d’une fête mariale, parfois comme une sorte de réconfort affectif, maternel, un peu féminin parce que la religion chrétienne avec le Christ serait un peu trop masculine. Cela n’a pas grand-chose à voir car l’essentiel est le fruit que porte la Résurrection dans l’existence individuelle de celle qui avait donné au monde le Fils de Dieu en l’accueillant dans sa propre chair, en lui donnant naissance. Cela veut dire qu’il y a une continuité incroyable mais réelle entre la source de la Résurrection, lorsque Jésus meurt et ressuscite d’entre les morts, et le moment où Il entre dans son Royaume, où Il commence à faire entrer une créature, la Vierge Marie sa mère, dans ce mystère de sa propre Résurrection. C’est donc le signe aussi que chacun d’entre nous, qui que nous soyons, à partir du moment où nous avons été marqués par le sceau du baptême, nous commençons à entrer dans ce Royaume de Dieu, dans cette plénitude de la Résurrection.

L’Assomption est figurée par une assomption de ce monde dans l’autre monde pour nous montrer la continuité entre ce que l’Eglise vit sur la terre et la continuité de ce que l’Eglise est appelée à vivre et qu’elle commence déjà à vivre dans la chair et dans l’existence de la Vierge Marie dans les cieux. Depuis que le Christ est ressuscité, il n’y a plus de rupture entre la terre et le ciel. Cela ne veut pas dire qu’on se croit au paradis tous les jours, c’est une illusion qu’il vaut mieux effacer de notre cœur, de notre intelligence et de notre imagination. Mais désormais, à partir du moment où le Christ est ressuscité, cette puissance de vie de la Résurrection ne cesse d’irriguer, quelque soient les circonstances, les motifs, la manière de vivre de chacun d’entre nous, même dans les moments les plus déroutants et les plus déconcertants, cette force de la Résurrection continue à agir pour nous conduire au Royaume des cieux. Quand on baptise aujourd’hui un enfant, c’est ce que l’on veut dire : en lui, dans son cœur, est nouée la plénitude de la Résurrection qui le rattache déjà à ce Royaume de Dieu. Il est déjà citoyen du ciel et nous sommes aussi déjà citoyens du ciel. La première citoyenne du Royaume de Dieu est la Vierge Marie qui, la première, a reçu la plénitude de cette Résurrection. C’est le sens de cette première lecture un peu mystérieuse que nous avons lue. C’est l’histoire d’une femme qui apparaît dans le temple, qui accouche et met au monde un enfant, puis disparaît parce qu’elle est conduite au désert, menacée par la présence d’un dragon. C’est la manière dont l’auteur de l’Apocalypse a voulu évoquer cette question. Si vous relisez attentivement ce très beau texte, un peu ésotérique, vous verrez que c’est précisément ce qu’il veut dire.

Qu’est-ce que la femme ici ? C’est aussi l’Eglise, déjà bénéficiaire de la Résurrection. Dans tous les cas, que ce soit la Vierge Marie personnellement ou l’Eglise collectivement, c’est déjà la Résurrection qui agit. L’Eglise met au monde le Christ ressuscité pour qu’Il continue, à travers nous, d’enfanter à la Résurrection. C’est cela qui est si beau dans cette fête, croire que désormais nous sommes de modestes traits d’union entre le statut de l’Eglise ici bas sur la terre et l’Eglise déjà accomplie dans le Royaume en la personne de la Vierge Marie ; et croire que notre métier, notre fonction, notre responsabilité de chrétien consistent à transmettre ainsi de génération en génération, à travers l’histoire, cette puissance de la Résurrection. Que cette fête du 15 août ranime en nous le goût de la Résurrection et de la vie éternelle.

Ce dogme de l’Assomption a été proclamé très tard par Pie XII – 1954 –, et on s’est demandé pourquoi il avait ajouté un dogme. La raison est très profonde. Dans les années 1950, après les terribles épreuves des guerres mondiales, il y a eu une sorte de tassement dans la vie spirituelle et culturelle non seulement de l’Occident mais de l’humanité tout entière : on s’est rendu compte que les hommes avaient fait des œuvres de mort, sans espérance, sans avenir et sans but. La proclamation du dogme a sans doute voulu dire qu’il y a toujours le dragon qui se ballade en essayant de tuer les enfants de la femme en travail, mais en même temps ce dragon est déjà vaincu, et la plénitude de la Résurrection est déjà entrée au cœur même de l’humanité où elle continue sa force de travail. Un véritable travail aussi douloureux qu’un accouchement et c’est pour ça qu’il est normal que l’Eglise vive dans des conditions de salles d’accouchement : le moment même de la naissance est toujours un moment inouï par la nouveauté de l’enfant qui vient au monde et aussi par les souffrances de la mère, même si depuis quelque temps on a un peu amélioré la question, grâce à Dieu.

Frères et sœurs, essayons tous ensemble de retrouver cette plénitude et cette force de la Résurrection comme le lien entre ce monde-ci, notre existence actuelle, et l’existence à laquelle nous sommes destinés pour entrer pleinement dans la vie éternelle, dans la vie du Royaume où le Christ a fondé Lui-même la plénitude de ce qu’Il voulait réaliser : le dessein de Dieu où Marie est la première figure accomplie de ce projet. Amen.

 
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