AU FIL DES HOMELIES

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ATTENTIF AUX PLUS PAUVRES

Ac 20, 28-32 ; Jn 21, 15-17
St Pie X - (21 août 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

S

 

aint Pie X a été pape à une époque difficile, non seulement parce que c'était la veille d'une guerre mondiale, mais surtout parce que c'était, pour l'Église, le commencement d'une crise profonde, qui a atteint à un tel point la mentalité de beaucoup de chrétiens que, dans un premier temps on a beaucoup reproché au pape Pie X et à ceux qui l'ont aidé dans cette oeuvre, d'avoir si fortement, si fermement condamné ce qu'il a appelé le modernisme. Cela a été dit de façon très courante que le modernisme était une invention de toutes pièces faite par le Vatican, que les thèses, dites modernistes, n'avaient jamais été professées par personne, que c'était l'amalgame de pensées très diverses. Et pourtant, avec le recul, on se rend compte avec quelle prescience, quelle perspicacité, avec quel sens de la foi, ce Pape a compris le danger que courait l'Église devant, non pas peut être une doctrine aussi articulée qu'une hérésie classique de l'histoire de l'Église, mais cette sorte de mode diffuse qui, petit à petit, s'insinuait dans tous les esprits et qui consiste, en fin de compte, en une certaine mondanisation de la foi. Sous prétexte de mettre la foi de l'Église, l'attitude de l'Église, la pensée chrétienne en harmonie avec le monde dans lequel elle vit, avec la société dans laquelle elle doit se déployer, finalement on diluait tout ce qui est l'essentiel, le cœur du message chrétien dans une sorte de philosophie, de philanthropie assez vague, susceptible de rallier un peu tout le monde autour d'un projet plutôt flou, un projet qui appelait charité ce qui n'aurait été qu'une simple bienveillance, qui appelait ouverture d'esprit une tolérance qui mettait à peu près toutes les opinions sur le même plan, et beaucoup d'autres choses dont nous avons été nous-mêmes profondément atteints, même à notre insu, sans le vouloir, parce que c'est devenu une opinion courante, commune qui, pendant toute la première partie de ce vingtième siècle et encore aujourd'hui, hante et déforme la justesse du regard de beaucoup de cœur chrétiens même de bonne volonté.

Je me souviens que, quand le pape Pie X a été canonisé, François Mauriac qui est par ailleurs un très bon écrivain, un très grand catholique et qui a dit de très belles choses touchant la foi ou le cœur de l'homme, François Mauriac a écrit dans son bloc-notes qui, à l'époque paraissait je crois dans l'Express "ce saint n'est pas de ma paroisse." Il est bien dommage que François Mauriac ait été de si courte vue et qu'il ait, au fond, suivi la mode du moment, et qu'il ait préféré caricaturé cette figure de Saint Pie X plutôt que de comprendre le message profond qui, par lui, nous était adressé. Je crois que l'œuvre de saint Pie X sera de mieux en mieux comprise à mesure que nous avançons et qu'il restera comme le pape de l'humilité. C'était un pauvre, un enfant de pauvre, et il est resté toujours un pauvre. Ce n'était pas du tout un grand bourgeois ou un aristocrate passionné de conservatisme ou de réaction. C'était un homme humble, proche des humbles, un pasteur qui savait que le troupeau avait besoin de vie et d'eau fraîche et de vérité.

C'est pourquoi cet homme humble fut un homme ferme, un homme de solidité. Je lisais tout à l'heure une anecdote de la vie de Saint Pie X qui me semble bien résumer à la fois cette humilité et cette force, cette fermeté. On lui recommandait un prêtre de l'aristocratie, de noble naissance, docteur en théologie, pour en faire un évêque, et l'on soulignait à quel point ce serait un évêque parfait. Pie X, probablement parce qu'il connaissait le candidat et en avait perçu les failles, répondit d'un trait : "Il y eut un vicaire qui n'était ni noble ni docteur, on s'est pris à en faire un curé, cela ne l'a rendu ni noble ni docteur. On a fait de ce curé un évêque, cela ne l'a toujours pas rendu noble ni docteur. Cet évêque fut choisi comme pape, ce pape n'est toujours pas noble ni docteur d'université. Et bien, c'est ce pape qui, aujourd'hui, vous dit non." Cette anecdote montre à la fois l'humilité, la simplicité et aussi la fermeté de quelqu'un qui sait quelle responsabilité il a entre les mains, et elle est très caractéristique de l'âme de saint Pie X.

Il ne faudrait pas oublier aussi que, dans le même temps, ce pape a été celui de la louange, celui qui a voulu restaurer la beauté dans l'Église, qui a tellement fait pour que le chant grégorien soit resplendissant de toute sa richesse, pour que la liturgie soit réformée. Bien avant les réformes de Pie XII, bien avant le Concile de Vatican II, déjà saint Pie X avait commencé à ouvrir cette voie, et si nous pouvons célébrer dans la beauté, dans la splendeur, en sachant ce que nous disons parce que le Concile nous a permis de célébrer dans notre langue, tout cela c'est, d'une façon lointaine à saint Pie X que nous le devons.

De même, si nous communions si fréquemment et si les enfants communient dès l'âge de six ou sept ans, c'est aussi à Saint Pie X que nous le devons.

Un pape qui est celui de la louange, un pape qui est celui de la vie du Christ répandu dans le cœur de tous, dans le cœur des plus pauvres, des plus petits, des plus jeunes.

Demandons au Seigneur, d'ouvrir notre cœur, de ne pas nous laisser aller aux caricatures et aux modes et de comprendre qu'il y a certains moments, et c'est ce que Pie X a vécu, où il faut savoir dire non tout simplement à un certain laisser-aller, à un certain entraînement de la pensée ou des mœurs (dans son cas c'était plutôt la pensée qui était en jeu) pour maintenir la foi au Christ et son héritage tel qu'Il nous l'a donné.

 

AMEN

 
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