AU FIL DES HOMELIES

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SAINT PIE X : LE PASTEUR

Ac 20, 28-32 ; Jn 21, 15-17
St Pie X - (21 août 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

es deux textes que nous avons lus aujourd'hui nous donnent les traits principaux de ce qui fait le pasteur, de ce qui, intérieurement, structure la vocation pastorale. Je retiendrai du pas­sage des Actes des apôtres trois traits.

Tout d'abord, le troupeau confié au pasteur "a été acquis par le sang du Fils de Dieu." Si la fonction pastorale est quelque chose de si grave, de si profond, c'est parce que les fidèles, les croyants, chacun d'entre nous, nous avons été acquis au prix du sang de Jésus. Celui qui reçoit la charge du troupeau, du peuple chrétien, ne reçoit pas la charge d'un groupement quelconque, fût-ce un groupement de spiritualité, il ne reçoit pas seulement la charge de gens qui doivent être conduits vers un "mieux" spirituel, vers un appro­fondissement de leur vie, il reçoit la charge de gens qui ont été sauvés au prix du sang du Fils de Dieu. C'est donc un héritage d'une valeur exceptionnelle. Rien n'est plus précieux que le peuple qui a eu pour prix le sang même de Dieu. Puisque c'est Jésus qui a tout donné pour le salut des hommes, avoir la charge d'aider ces hommes à réaliser ce salut, c'est la chose la plus importante du monde. Rien ne demandera plus de soin pour rendre compte d'une telle charge. C'est pourquoi d'ailleurs, le pasteur qu'il soit pape évêque ou prêtre, celui qui a ainsi la charge inouïe du trou­peau doit pouvoir lui aussi, si c'est nécessaire, donner sa vie, jour après jour, ou éventuellement donner son sang pour le troupeau.

Le deuxième point : c'est l'Esprit Saint qui a établi les pasteurs gardiens pour paître l'Église de Dieu. On n'est pas pasteur parce qu'on a des capacités spéciales, on n'est pas pasteur parce qu'on a envie de l'être, on n'est pas pasteur parce qu'on se sent appelé à être pasteur. Sur la vocation pastorale, sacerdotale, il y a là une équivoque qu'il faut lever. On n'est pas pasteur à partir d'un sentiment intérieur, fût-ce le sen­timent d'un appel. On est pasteur parce que l'Esprit Saint établit comme tel. Personne ne peut revendi­quer, au nom d'une vocation dont il aurait senti en lui-même la naissance, personne ne peut revendiquer le droit d'être le pasteur. On est pasteur si l'Esprit Saint par l'organe d'autres pasteurs, de l'évêque quand il s'agit des prêtres, du pape quand il s'agit des évêques, des cardinaux quand il s'agit du pape, si l'Esprit Saint vous le demande. C'est une charge trop grave pour que qui que ce soit puisse croire en être capable. Et autant on peut découvrir en soi la vocation à une vie monastique, à une vie consacrée, à donner son temps pour le Seigneur, et l'Église se doit d'aider ceux qui se sentent cette vocation à la réaliser, autant personne ne peut dire : Je suis fait pour être prêtre, quoi que vous en pensiez. Vous savez que saint Pie X n'imaginait pas une seconde qu'il puisse un jour devenir pape puisqu'en allant au conclave, il avait déjà pris son billet de retour. C'est donc quelque chose qui vient d'ailleurs et qui, en aucune manière ne peut être pos­sédée.

Le troisième point, c'est qu'à la fin du texte saint Paul dit : "Je vous confie à la parole de la grâce de Dieu." Le pasteur n'est qu'un instrument, ce n'est pas lui qui garde le troupeau, c'est la parole de Dieu, plus précisément "la parole de la grâce de Dieu "cette parole de la miséricorde, de la tendresse, de la prévenance, de la gratuité de Dieu. Le pasteur n'est qu'un instrument, un instrument dont Dieu se sert, mais celui qui garde le troupeau, qui le sanctifie, le seul qui puisse agir ainsi, c'est Dieu, par l'œuvre de sa grâce. Par conséquent, le pasteur, quelles que soient ses responsabilités et même si ce sont les responsabilités les plus hautes, sait que ce n'est pas lui qui agit mais la grâce de Dieu qui est toute-puissante.

Et cela m'amène à une dernière remarque qui, elle, est tirée de l'évangile. Jésus confie son troupeau à Pierre au moment même où Pierre, après avoir re­nié, vient de recevoir le pardon du Christ. C'est donc que le pasteur n'est pas un surhomme, n'est pas un être exceptionnel : c'est un pécheur comme les autres, comme Pierre. Et c'est dans la découverte de sa pro­pre médiocrité, de sa propre pauvreté, de son humilité qu'on peut accepter la charge de pasteur. Seule la mi­séricorde de Dieu, seul le pardon de Dieu peut donner à un homme, pécheur comme les autres, limité comme les autres, faillible comme les autres, de rece­voir la charge d'aider ses frères, de donner à ses frères le salut, la grâce de Dieu.

Tels sont les fondements de la vocation pasto­rale : recevoir en charge un peuple qui a été acquis par le sang même du Christ, recevoir cette charge de 1'Esprit-Saint, la recevoir comme un instrument de la grâce de Dieu et la recevoir dans l'humilité de celui qui sait qu'il ne peut que compter que la miséricorde du Seigneur. Prions pour tous ceux qui sont appelés par Dieu à remplir ce ministère afin qu'ils le vivent dans la motion de l'Esprit Saint.

 

AMEN

 
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