AU FIL DES HOMELIES

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DÉSIRER LA SAINTETÉ

Ac 20, 28-32 ; Jn 21, 15-17
St Pie X - (21 août 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

e crois en l'Église Sainte !" Il est bien évident que, à l'œil humain, l'Église n'a rien de cette sainteté. Quand nous nous regardons nous-mê­mes d'abord, mais c'est toujours par là qu'il faut com­mencer et quand nous regardons l'Église à travers ce qu'elle vit, elle n'a pas grande allure de sainte. Mais la foi est bien antérieure, bien plus profonde et nous conduit de façon bien plus lointaine que les événe­ments immédiats, que les événements de l'histoire ou de la sociologie ou de la psychologie des chrétiens ou de l'Église. Oui, je crois en l'Église Sainte, tout sim­plement parce que l'Église n'existe que parce que le Christ a donné sa vie pour elle. Et le Christ est "le saint de Dieu", le Christ est le "Dieu parmi nous", Il est la tête de l'Église. Et si la tête est sainte, toute l'Église est déjà sainte puisque, à l'image de notre corps, elle vit par la tête.

Ce n'est pas une illusion ni même la procla­mation d'un idéal lointain que cette profession de foi "Je crois en l'Église Sainte !" C'est tout simplement l'adhésion de la foi, non pas de la raison, à la sainteté de Dieu c'est-à-dire à la vérité de Dieu et à la vérité de l'Église que nous sommes. Mais cette sainteté du Christ est remise entre nos mains, elle fait partie du "don de la foi". Et si la foi est l'adhésion à cette vérité elle soit être aussi, c'est son côté humain, le travail très lent de cette vérité dans le cœur de l'homme quand il l'accepte librement et qu'il dispose tout ce qu'il est à cette sainteté et à cette vérité : "Seigneur, tu sais tout, Tu sais bien que je T'aime !" Mais tu sais tout, le meilleur de moi comme le pire, le meilleur de ton Église comme le mire. C'est cette remise de tout ce que nous somme d'humain à la vérité et à l'amour de Dieu qui constitue la sainteté de l'Église à travers sa chair, à travers son humanité, à travers notre vie.

Lorsqu'on célèbre un saint, comme Pie X ou les autres d'ailleurs, peu importe : la sainteté d'un pape ou d'un berger c'est la même, on ne célèbre pas la perfection de ses qualités humaines, parce qu'il y a des gens qui ne sont pas saints et qui ont des qualités presque parfaites. On ne célèbre pas l'humain d'un homme. On célèbre le fait que l'humain fait partie de la sainteté de Dieu. Cela dans la logique même de l'Incarnation. Et ceci est très important pour nous, car notre sainteté, ce n'est pas notre travail pour que notre humain devienne parfait, moralement parfait. Non, cela n'est pas la sainteté chrétienne. Mais c'est bien plus cette adhésion profonde de tout ce que nous sommes, de tout ce que le Christ connaît de nous et de l'Église, à ce qu'Il est Lui-même. Nous ne célébrons pas la sainteté d'un homme, nous célébrons la sainteté de l'Église qu'un homme a acceptée totalement dans sa vie, quels que soient ses défauts, quelles que soient ses limites, le Pape Pie X en avait autant que d'autres, mais il a fait en sorte que ses limites ne limitent pas la sainteté, la vérité de l'œuvre de Dieu en lui. C'est cela que nous allons demander.

Nous avons une notion de la sainteté extrê­mement individualiste, extrêmement personnaliste, au sens où elle se restreint à nous-même. Cela non plus n'est pas chrétien, c'est un peu français, un peu hexa­gonal. L'Église est sainte et nous ne serons saints que dans la mesure où nous épouserons la sainteté de l'Église. Un Père du concile, un évêque, faisait tous les jours cette prière : "Seigneur, convertis l'Église, mais commence par moi". Et un autre disait : "Lors­que nous pointons le doigt pour dénoncer les péchés, les limites de l'Église, nous oublions que trois autres doigts sont pointés vers nous", ce qui veut dire que nous avons à nous convertir personnellement trois fois plus. Ce sont des images, mais c'est cela auquel nous invite aujourd'hui saint Pie X, à entrer dans une vision de notre sainteté personnelle qui ne soit rien d'autre que celle de la sainteté de l'Église c'est-à-dire du don de la vie du Christ pour nous.

Et quand Pie X a voulu que, dès le plus jeune âge, les petits enfants puissent communier au corps et au sang du Christ, c'est cette perception de la sainteté qu'il a eue. La sainteté ne dépend pas de ce que nous sommes, même pas de notre âge de raison, d'ailleurs qu'est-ce que cela veut dire ? mais elle dépend du don de Dieu pour nous.

Et au fond, aujourd'hui, il faudrait aller encore plus loin que Pie X et permettre, dans l'Église catholique, que les petits enfants communient dès leur baptême. C'est cela le sens profond de l'immersion de tout l'humain avec son péché, avec ses limites, avec ses faiblesses dans la vie même de Dieu.

J'achève sur une pensée de Jacques Maritain que je cite de mémoire : "Il faut toujours désirer la sainteté pour soi et pour l'Église, même si nous en sommes très éloignés et même si nous sommes dans le péché et dans le mal. Le jour où nous abandonnons cet idéal et ce désir de sainteté, non seulement nous trahissons l'amour de Dieu pour nous, mais nous trahissons le monde même."

 

AMEN

 

 

 
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